3d render of Europe map Earth globe

Par Frédérique Carrier

L’économie de la zone euro a surmonté la crise et amorcé une phase de croissance durable et supérieure. Ce contexte favorable s’est traduit par des bénéfices de sociétés encore plus élevés. Les actions européennes nous semblent attrayantes étant donné l’amélioration des perspectives de bénéfices et les valorisations relativement peu élevées.

Tout semble très différent

Après des années de croissance inférieure au potentiel, l’Europe a pris un nouveau départ. En 2017, les principaux risques politiques ont été évités, avec notamment une lourde défaite d’un important parti eurosceptique lors de l’élection en France. Les investisseurs peuvent donc maintenant se concentrer avec plus de confiance sur l’amélioration marquée des données économiques.

Il est encourageant de constater que la reprise dans la zone euro est généralisée et que tous les pays gagnent maintenant du terrain.

Le raffermissement de la demande intérieure a été le principal facteur de cette embellie, les marchés du travail continuant de prendre du mieux. Le chômage, bien qu’encore excessivement élevé, se situe maintenant à un creux de huit ans de 8,8 %, près de 7 millions d’emplois ayant été créés. Les réformes du marché du travail en France devraient, avec le temps, contribuer au maintien de cette tendance.

Tous les pays connaissent maintenant une croissance

Répartition géographique des taux de croissance du PIB

europe chart 1

Sources : Haver Analytics, RBC Marchés des Capitaux ; * AELE : Association européenne de libre-échange

Les indices PMI sont en territoire expansionniste, au-dessus du seuil de 50
La France présente l’amélioration la plus forte.

europe-chart2-fr-in-page

Sources : Markit, Haver Analytics, RBC Marchés des Capitaux ; indices PMI = indices des directeurs d’achats

L’amélioration des perspectives d’emploi a entraîné une hausse du revenu et de la confiance des ménages. Cette situation n’est nulle part plus manifeste qu’en Allemagne, où la confiance des consommateurs frôle un sommet de 30 ans. La confiance des consommateurs dans la zone euro, un bon indicateur de la vigueur de la consommation, est positive pour la première fois depuis janvier 2001.

En outre, les investissements des entreprises, restés faibles depuis le début de la reprise, ont commencé à croître. Comme l’endettement des sociétés demeure contenu, les dépenses en immobilisations pourraient devenir un important moteur de l’économie. Étant plus sollicitées, les usines se heurtent maintenant à des contraintes de capacité, ce qui incite les entreprises à investir à nouveau.

Évolution des investissements dans les principales économies
L’amélioration des perspectives de
croissance a stimulé les investissements.

europe chart 3

Sources : Haver Analytics, RBC Marchés des Capitaux

Une attitude qui semble plus ferme ?

Malgré ces améliorations notables au sein de l’économie, la Banque centrale européenne (BCE) maintient pour l’instant son programme d’assouplissement quantitatif, quoiqu’à un rythme beaucoup plus lent. L’inflation, bien que désormais en hausse, reste à un très bas niveau de 1,4 %, nettement sous la cible de 2,0 % de la BCE du fait de capacités inutilisées considérables toujours présentes dans l’économie et de l’effet déflationniste d’un euro fort. Le président de la BCE, Mario Draghi, a indiqué qu’une hausse de 10 % de l’euro retranche 0,35 % au taux d’inflation. Par conséquent, malgré la reprise, la BCE n’a que légèrement relevé ses prévisions d’inflation, soit à 1,5 % pour 2018 et à 1,7 % pour 2020.

Cela dit, le ton des discussions à la BCE devient plus ferme alors que le dynamisme de la reprise ne cesse de surprendre par sa vigueur. Les investisseurs doivent s’attendre à ce que la BCE demeure prudente, surtout parce qu’elle voudra éviter de resserrer la politique monétaire trop tôt, comme elle l’a fait en 2011, une décision qui avait replongé la région dans une récession.

RBC Marchés des Capitaux croit que la BCE continuera d’acheter des obligations à un rythme de 30 G€ par mois jusqu’en septembre et qu’elle annoncera ensuite une réduction finale faisant passer les achats à zéro sur une période d’au moins trois mois. Comme les orientations de la BCE tablent sur un relèvement des taux ne survenant que bien après ce moment, nous n’attendons pas la première hausse des taux avant le milieu de 2019. La région devrait ainsi profiter d’une politique monétaire accommodante pendant plus d’un an.

La demande intérieure robuste, le redémarrage des investissements des entreprises et la politique monétaire accommodante sont de bon augure pour la durabilité et la résilience du redressement actuel. Pour 2018, RBC Marchés des Capitaux anticipe une croissance du PIB de 2,2 % sur 12 mois, soit un taux plus élevé que la tendance pour une deuxième année consécutive.

À notre avis, ce contexte robuste soutiendra la croissance des bénéfices des sociétés. En raison de leurs coûts fixes élevés, essentiellement attribuables aux coûts de la main-d’œuvre, les sociétés européennes bénéficient d’un levier d’exploitation élevé. Ainsi, une croissance des revenus entraîne habituellement une expansion des marges d’exploitation et une hausse proportionnellement plus grande des bénéfices. Dans l’ensemble, les prévisionnistes tablent sur une croissance des bénéfices des sociétés de l’ordre de 5 % à 9 % en 2018 et en 2019, ce qui semble réaliste, à notre avis.

Certains craignent que la vigueur de l’euro nuise à ces prévisions. Puisque les entreprises de la région tirent un peu plus de la moitié de leurs revenus de l’étranger, un euro fort a toujours miné les bénéfices des sociétés, car une appréciation soutenue de 10 % de la devise tend à réduire le bénéfice par action de la zone euro de plus de 5 % en moyenne.

Cependant, comme la région exporte de plus en plus de produits à valeur ajoutée, elle semble davantage en mesure d’imposer des hausses de prix. Les bénéfices seront sans doute légèrement moins sensibles à toute vigueur de l’euro, selon nous.

Les risques pesant sur nos perspectives

Des risques entourent ces perspectives favorables.

Le risque politique pourrait resurgir en raison de l’élection générale prévue en Italie le 4 mars 2018. Les politiciens vont possiblement tenter de tirer parti de l’euroscepticisme qui est bien ancré dans ce pays, créant un risque de mauvaises nouvelles. Le Mouvement 5 étoiles, le parti favori jusqu’à récemment, a mis la pédale douce à ses propos anti-UE même s’il soutient des politiques populistes qui seraient vraisemblablement néfastes pour l’économie.

Compte tenu des sondages actuels, notre scénario de base prévoit qu’aucun parti ne sera capable de s’assurer d’une majorité, et qu’un gouvernement de coalition sera formé. Par conséquent, une administration présentant un danger potentiel pour l’UE devrait être évitée, mais un gouvernement de coalition éclectique pourrait ne pas être en mesure d’introduire les réformes dont le pays a bien besoin.

Il y a également le risque que la BCE réduise les mesures de relance de façon plus musclée que prévu si les tensions inflationnistes s’accentuent dans la foulée d’une augmentation des salaires réels, et le risque d’un cycle de relèvement des taux d’intérêt plus précoce.

Enfin, même si la région bénéficie d’une reprise cyclique, des changements structurels demeurent nécessaires, à notre avis. Pour assurer la pérennité de l’union monétaire, une intégration accrue est requise sur les plans budgétaire et politique, et l’union bancaire, qui en est encore à ses balbutiements, doit évoluer. Si on ne s’attaque pas à ces questions, une crise pourrait bien se reproduire quand la croissance économique faiblira.

Stratégie en matière d’actions

Nous recommandons de surpondérer la région. Les valorisations sont plus élevées en ce moment ; le ratio cours-bénéfice (C/B) prévisionnel s’établit à 15 alors qu’il était à 11 il y a trois ans. Cependant, dans un contexte historique, les valorisations ne dépassent pas de beaucoup leur moyenne à long terme de 15, et pourraient donc encore augmenter, selon nous. Relativement parlant, la région continue d’offrir des cours très intéressants, inférieurs de 5 % à 9 % à ceux aux États-Unis d’après le ratio C/B prévisionnel sur 12 mois ajusté en fonction des secteurs. Cet escompte nous paraît raisonnable à cette étape-ci du cycle.

La faiblesse européenne serait-elle chose du passé ?

Indice MSCI Europe hors Royaume-Uni divisé par l’indice S&P 500
(ratio des niveaux des indices)

La tendance semble s’être interrompue.

europe chart 4

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données prises en compte jusqu’au 12 janvier 2018

Compte tenu de la reprise cyclique, nous privilégions les sociétés axées sur l’économie intérieure, y compris les banques bien capitalisées, qui devraient tirer parti d’une croissance soutenue des prêts.

Les investisseurs pourraient aussi s’intéresser au marché boursier de l’Espagne, qui a cédé quelque 8 % et s’est révélé le plus faible d’Europe au deuxième semestre de 2017 en raison de la crise en Catalogne. Les actions espagnoles se négocient maintenant à un ratio C/B prévisionnel de 13,4 fois pour 2018 et à un ratio cours/valeur comptable de 1,4. Comme nous l’avons mentionné dans l’article « Pression en Espagne » paru dans le numéro de Perspectives mondiales hebdomadaires du 5 octobre 2017, nous nous attendons à ce que la crise soit endiguée. Les niveaux de l’activité économique en Espagne ont quelque peu faibli, mais ils demeurent robustes, alors que le marché obligataire a fait peu de cas de la crise.

Les sociétés européennes à petite capitalisation offrent des occasions, mais il importe d’être sélectif. Malgré leur gain de plus de 30 % en 2017, la prime par rapport aux grandes capitalisations n’est pas aussi élevée que dans le passé et une certaine hausse est donc encore possible.


Déclarations exigées
Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes non américains : Frédérique Carrier, une employée de Gestion de portefeuille Banque Royale du Canada (U.K.) Limitée, une société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine - États-Unis, a participé à la préparation de cette publication. Cette personne n'est ni inscrite ni qualifiée en tant qu'analyste de recherche auprès de la Financial Industry Regulatory Authority («FINRA») et ne peut pas être assujettie au Règlement 2241 de la FINRA, qui régit les communications avec les sociétés touchées. , les apparitions publiques et les opérations sur titres dans les comptes des analystes de recherche.