alarm clock with world map on face

Après une pause de plusieurs années, des risques géopolitiques réapparaissent sur fond d’échanges agressifs entre la Corée du Nord et les États-Unis, d’essais de missiles correspondants et de nouvelles sanctions économiques.

Il peut être difficile de tenir compte de ce climat ou de toute menace géopolitique véritable dans les décisions sur les placements étant donné le large éventail de résultats possibles, dont certains s’accompagnent d’enjeux élevés.

De surcroît, le conflit oppose, d’une part, un jeune dirigeant imprévisible et, d’autre part, un nouveau président imprévisible qui a fait campagne en prônant une politique étrangère non interventionniste, mais qui intervient de plus en plus dans de nombreuses régions du monde. Puis il y a les intérêts vitaux de la Corée du Sud ainsi que les rôles des pays voisins (Chine, Russie et Japon).

Le différend avec la Corée du Nord survient alors que les marchés boursiers se situent tout juste en deçà de sommets historiques et que l’économie mondiale et les bénéfices des sociétés continuent de donner des signes de vigueur. Autrement dit, les marchés ont de bonnes raisons de faire abstraction des risques géopolitiques, tant qu’ils n’atteignent pas un niveau dangereux.

Nous examinons les répercussions d’incidents géopolitiques antérieurs sur les actions, soulignons les éléments qui pourraient présager un danger en lien avec la Corée du Nord, et discutons des règles de base pour tenir compte des risques géopolitiques lors de la prise de décisions relatives aux portefeuilles.

Les 10 plus grandes armées selon le personnel actif10 largest militaries by active personnel

Sources: RBC Marchés des Capitaux, RBC Gestion de patrimoine, Banque mondiale, OCDE

Tension et relâchement

Dans le passé, les marchés boursiers ont réagi aux affrontements militaires de façon moins marquée qu’on pourrait le penser.

L’indice S&P 500 a fléchi de 6,3 %, en moyenne, lors des 17 conflits militaires survenus depuis la Deuxième Guerre mondiale qui figurent dans le tableau. La réaction du marché a duré en moyenne seulement 30 jours. Parfois, les actions se sont inclinées à l’approche d’un conflit, alors que les tensions s’intensifiaient, puis elles se sont redressées peu après qu’il ait débuté.

Toutefois, comme pour tout échantillon restreint, des écarts notables ont été observés. Les marchés n’ont pas échappé à la volatilité et aux pertes. Certains événements ont provoqué des corrections de plus de 10 % et ont porté un coup à l’économie.

Réactions de l’indice S&P 500 à divers actes de guerre ou de terrorisme depuis la Deuxième Guerre mondiale

S&P500 responses to acts of war

* D’autres facteurs économiques et liés à la politique monétaire ont eu une incidence négative sur le nombre de jours qu’il a fallu au marché pour regagner le terrain perdu ; cela n’est pas pris en compte dans le nombre moyen de jours de bourse requis pour regagner le terrain perdu. Sources: RBC Gestion de patrimoine, RBC Gestion mondiale d’actifs, Wikipédia, The National Security Archive de l’Université George Washington, U.S Naval Institute. Les données tentent de saisir toute influence avant les événements.

Par exemple, l’indice S&P 500 a chuté de 15 % quand les États-Unis ont bombardé le Cambodge durant la guerre du Vietnam, et il a cédé 16 % quand l’Irak a envahi le Koweït. Les attaques terroristes du 11 septembre ont entraîné un déclin de presque 12 %. Tous ces événements sont survenus pendant des récessions et ont probablement prolongé ou exacerbé les périodes de faiblesse économique.

Il peut sembler surprenant que le marché n’ait pas réagi plus fortement à la crise des missiles à Cuba ou à la guerre des Six Jours en Israël compte tenu de leur gravité. La leçon semble être qu’une agression militaire ou une guerre importante sur le plan géopolitique n’entraîne pas forcément une grande liquidation des marchés boursiers. De nombreuses circonstances influent sur les rendements boursiers, quel que soit le moment.

Lors de la crise des missiles à Cuba, l’indice S&P 500 avait déjà plongé de 26 % dans les mois précédant la confrontation. Ce « krach éclair » s’expliquait bien davantage par des valorisations extrêmement élevées, la résorption d’excès sur les marchés et des mécanismes de négociation que par les tensions géopolitiques. Il se peut que cette chute ait eu pour effet d’atténuer la liquidation subséquente durant la crise.

Évidemment, les marchés boursiers locaux pourraient être plus durement perturbés par des confrontations militaires ou une attaque terroriste grave si des civils et des infrastructures sont durement touchés.

Simulations de crise

Les éléments susceptibles de présager un danger lié à toute tension future dans la péninsule coréenne sont sans doute l’or, le marché des obligations d’État sud-coréennes et certaines devises.

Lorsqu’une crise éclate, l’or est habituellement la valeur refuge. Le métal jaune a bondi de 5 % quand la Corée du Nord a récemment réalisé des essais de missiles de longue portée et suscité des discours enflammés. Si des tensions refont surface, l’or sera probablement avantagé ; autrement, il devra surmonter certaines difficultés à court terme.

Le marché obligataire de la Corée du Sud est à l’affût, car le taux des obligations d’État à dix ans dépasse maintenant de peu celui des titres comparables du Trésor américain, après avoir longtemps été inférieur. À notre avis, cet écart se creusera si les risques d’un conflit militaire s’intensifient à nouveau, car les taux obligataires grimperaient probablement en Corée du Sud alors qu’ils pourraient diminuer aux États-Unis (les cours obligataires évoluant en sens contraire).

Les taux des swaps sur défaillance de crédit sont une autre importante mesure du risque. Le coût d’une assurance contre une défaillance des obligations d’État sud-coréennes à cinq ans a bondi de 22 % en seulement trois jours quand la perspective d’un accrochage militaire entre la Corée du Nord et les États-Unis s’est accrue. Selon cet indicateur, le risque d’une défaillance des titres d’État de la Corée du Sud est maintenant presque égal à celui des obligations d’État de la Chine.

Parmi les devises, le won de la Corée du Sud est un indicateur évident. Il a cédé 2,7 % par rapport au dollar durant la récente période de tensions. Par contre, le franc suisse et le yen japonais, souvent considérés comme des devises refuges, se sont appréciés en regard du dollar quand l’affrontement verbal s’est intensifié.

Taux des swaps sur défaillance des obligations d’État à cinq ans

(en points de base de dollars US)

credit default swap rates chart

Sources: RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données prises en compte jusqu’au 25 août 2017

Quel est votre niveau d’aisance?

De façon plus générale, les incertitudes relatives à la Corée du Nord soulèvent une question pertinente pour les investisseurs boursiers : dans quelle mesure faudrait-il tenir compte des risques géopolitiques dans les décisions de placement ?

Dans un budget, il est difficile de prévoir les risques géopolitiques puisqu’ils sont souvent inquantifiables et qu’ils comprennent une multitude de scénarios complexes que le marché n’est peut-être pas en mesure de reconnaître ou de cerner. Des événements géopolitiques peuvent survenir inopinément, comme les attaques terroristes du 11 septembre. À d’autres moments, les marchés mondiaux peuvent s’affoler comme ils l’ont fait quand l’Irak a envahi le Koweït.

Pour établir la part des actions, les investisseurs seraient avisés de supposer que d’importants risques géopolitiques peuvent parfois survenir et pousser le marché des actions vers un repli temporaire de 5 % à 10 % ou même une correction plus profonde et plus durable.

Si l’actuelle pondération en actions d’un investisseur ne peut pas résister à ces types de fléchissements, il pourrait y avoir un déséquilibre entre la pondération des actions, d’une part, et les besoins en liquidité, la tolérance au risque et l’horizon de placement, d’autre part, qui devrait être corrigé. Les fonds destinés aux actions devraient faire l’objet d’une répartition à long terme compte tenu des grands soubresauts que peut subir (et subit habituellement) le marché des actions.

En définitive, le marché évalue les répercussions économiques possibles à mesure que se déroulent les événements géopolitiques. Des indicateurs comme la confiance des consommateurs et des entreprises, les ventes au détail et l’activité manufacturière, de même que les prix des marchandises, tendent à établir si un événement géopolitique aura une incidence temporaire ou durable sur les marchés et les économies.

Vérification d’entretien

L’embrasement en Corée du Nord nous rappelle que le temps est toujours bien choisi pour les investisseurs de vérifier si la part de leurs actions convient à leur profil financier complet et si la répartition de leurs actions correspond correctement, entre autres, à leurs besoins en liquidités, à leur tolérance au risque et à leur horizon de placement.

Que les préoccupations liées à la Corée du Nord s’intensifient ou non, nous recommandons d’atténuer le risque en réduisant la part des actions ou les positions dans certains secteurs ou titres ayant grimpé en flèche durant la reprise. Les risques géopolitiques accrus mettent ce message en évidence.


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