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Par Gopa Nair, CFA

  • L’équation politique semble exceptionnellement favorable au secteur des soins de santé au cours du présent cycle.
  • En raison de la COVID‑19, les investisseurs ont mis l’accent sur l’importance du secteur pour le maintien d’une économie en croissance et productive.
  • Les thèmes de longue durée que sont le vieillissement de la population, la nécessité d’optimiser les dépenses liées à la santé, et la convergence des soins de santé et de la technologie offrent à notre avis de nombreuses occasions de croissance au sein du secteur.

Vince Lombardi, le légendaire entraîneur de football américain, a dit une fois qu’il ne s’agissait pas de savoir si vous tombez, mais si vous vous relevez. M. Lombardi aurait sans doute aimé le profil actuel du secteur des soins de santé : il a connu sa part de difficultés au cours de l’année écoulée, mais il n’a cessé de se relever, de faire fi des coups et de poursuivre sa course.

L’attention portée aux soins de santé l’an dernier découlait surtout de la possibilité qu’en cas de victoire d’un démocrate progressiste à l’élection présidentielle de 2020 aux États‑Unis, un éventuel régime Medicare pour tous soit adopté et mine grandement les modèles d’exploitation des sociétés de gestion des soins. Cependant, Joe Biden, démocrate plus traditionnel, est le candidat désigné de son parti. Par ailleurs, comme il a participé à l’élaboration et à l’introduction de l’Affordable Care Act, qui prévoyait un partage des activités entre les compagnies d’assurance privées et le gouvernement, nous croyons que la probabilité qu’un projet Medicare pour tous ébranle à nouveau le secteur a diminué.

L’avènement de la COVID‑19 a aussi aidé le secteur. La pandémie révèle que les virus et les maladies n’ont pas été éradiqués et que les sociétés qui mènent des recherches novatrices pourront susciter des découvertes médicales et voir leurs succès récompensés. La diminution des craintes relatives à un régime Medicare pour tous et l’optimisme grandissant quant à la mise au point d’un vaccin pour le traitement de la COVID‑19 ont soutenu les actions liées aux soins de santé. Ce secteur surpasse le S&P 500 depuis le début de l’année et se classe au quatrième rang de l’indice pour le rendement.

Rendements sectoriels du S&P 500 depuis le début de l’année
Rendements sectoriels du S&P 500 depuis le début de l’année graphique

Les rendements du secteur des soins de santé ont surpassé ceux du S&P 500 depuis le début de l’année.

Source : FactSet, données au 19 juin 2020,

À moins de quatre mois des élections, les politiciens pourraient commencer à tourner leur attention vers l’augmentation des coûts des médicaments d’ordonnance, sujet important pour l’électorat américain. Lors du cycle électoral de 2015‑2016, le secteur des soins de santé a été volatil, car les trois principaux candidats à la présidence ont fait du prix des médicaments un point central de leurs campagnes après une hausse vertigineuse de 5 000 % du prix au détail du traitement antiparasitaire Daraprim. L’indice NASDAQ de la biotechnologie, qui se situait à l’époque (juillet 2015) à un sommet historique, a ensuite chuté à cause des craintes qu’une loi soit adoptée pour réduire ou plafonner les prix des médicaments. Donald Trump a remporté l’élection, mais sa promesse de faire baisser les prix des médicaments n’a jamais débouché sur une loi.

Augmentation annuelle moyenne du prix courant (brut) des médicaments d’origine
Average annual list (gross) price increases for brand-name drugs graphique

Le rythme des augmentations annuelles du prix des médicaments continue de fléchir.

Source : Analyse par le Drug Channels Institute des données de SSR Health ; d’après environ 1 000 médicaments d’origine dont les ventes de produits aux États‑Unis sont rendues publiques par environ 100 sociétés qui sont ou étaient cotées en bourse.

Prenez deux cachets et rappelez‑moi demain

Au cours des cinq dernières années, l’industrie pharmaceutique a pris acte des préoccupations soulevées par les représentants élus, les organismes de réglementation et les groupes de défense des patients. Même si les prix courants des médicaments continuent de croître, le rythme des hausses annuelles a quelque peu diminué, plusieurs sociétés ayant tenté de freiner les prix. En 2015, l’augmentation annuelle moyenne du prix des médicaments d’origine aux États‑Unis avoisinait 13 %, mais elle a diminué chaque année pour atteindre environ 5 % en 2019, Cette tendance devrait selon nous se poursuivre.

Les initiatives visant à enrayer l’escalade des prix des médicaments sont populaires au sein des partis démocrate et républicain. Toutefois, nous ne prévoyons pas que des lois seront adoptées à cet effet cette année, étant donné l’impasse au Congrès et la priorité actuellement donnée au redémarrage de l’économie. Quoi qu’il en soit, vous trouverez ci‑dessous les principales propositions soumises pour remédier à la montée des prix des médicaments.

Sommaire des principaux projets de réforme des prix des médicaments
Programme pilote : indice international des prix pour la partie B
Loi visant à réduire les prix des médicaments d’ordonnance
(Prescription Drug Pricing Reduction Act, ou PDPRA) [S. 2543]
Loi visant à réduire maintenant les prix des médicaments
(Elijah Cummings Lower Drug Costs Now Act) [H.R. 3]2
Loi visant des coûts moindres et plus de traitements
(Lower Costs, More Cures Act) [H.R. 19]

Nota : 1. La partie B de Medicare couvre les services médicaux et les soins en consultation externe. 2. Après l’adoption du projet de loi H.R. 3 par la Chambre des représentants en décembre, suivant les lignes de parti dans l’ensemble, le sénateur McConnell (rép. Kentucky) l’a déclaré « mort‑né » au Sénat, et la Maison‑Blanche a menacé d’imposer son veto. 3. Selon la loi intitulée Medicare Prescription Drug, Improvement, and Modernization Act (MMA), une prestation pour les médicaments d’ordonnance a été créée en vertu de la partie D de Medicare, et il est interdit au gouvernement de négocier le prix de ces médicaments au nom des bénéficiaires de Medicare.

Sources : Centers for Medicare and Medicaid Services, RBC Marchés des Capitaux, RBC Gestion de patrimoine.

Les données fondamentales des sociétés de soins de santé semblent intéressantes

Malgré le bond impressionnant d’environ 40 % réalisé par le S&P 500 après ses creux de mars, les valorisations du secteur des soins de santé nous semblent attrayantes par rapport à celles de l’indice. À l’heure actuelle, ce secteur présente un ratio cours/bénéfice (C/B) prévisionnel (P2021) d’environ 15 fois, soit moins que celui du S&P 500, tout en offrant une croissance des bénéfices raisonnable par rapport à celle des autres secteurs. Même si le secteur peut être volatil lors d’une année électorale, nous croyons que plusieurs thèmes de placement justifient ses perspectives de croissance à long terme, quel que soit le contexte politique.

  • Vieillissement de la population : D’après le Census Bureau, l’année 2030 marquera un tournant aux États‑Unis, car tous les baby‑boomers seront alors âgés de 65 ans et plus. Cette cohorte représentera donc 21 % de la population, contre 17 % à l’heure actuelle. Qui plus est, en 2034, les États‑Unis compteront plus d’aînés que d’enfants pour la première fois de l’histoire. Les dépenses de santé par habitant étant plus élevées pour les gens âgés de 65 ans et plus, nous nous attendons à ce que le vieillissement de la population accentue le recours à des médicaments d’ordonnance, à des actes médicaux et à l’hospitalisation.
  • Adoption de soins fondés sur la valeur : Le rythme d’accroissement des dépenses de santé aux États‑Unis nous apparaît trop soutenu. En 2019, les États‑Unis ont consacré un total d’environ 18 % de leur PIB, ou près de 4 billions de dollars, à la santé, soit beaucoup plus que les autres pays développés, qui y allouent habituellement de 10 % à 11 % de leur PIB et qui obtiennent souvent de meilleurs résultats. Même si les dépenses de santé par habitant aux États‑Unis sont supérieures, la qualité des soins n’y est pas vraiment meilleure. En raison de la hausse des coûts des soins, le système de santé se réoriente et délaisse les modèles de rémunération à l’acte au profit d’une optimisation de la valeur des soins. Le patient est ainsi placé au centre : les fournisseurs de soins comme les hôpitaux et les médecins sont rémunérés en fonction de l’évolution de l’état de santé du patient par rapport au coût de la prestation des soins. À notre avis, une meilleure gestion du traitement des maladies chroniques permettra non seulement aux patients de recouvrer plus rapidement la santé à moindre coût, mais obligera aussi les prestataires à utiliser des solutions technologiques et à gagner ainsi en efficacité.
  • Télémédecine : La convergence de la sécurisation infonuagique des données, de la vidéoconférence de qualité supérieure et de la distanciation sociale a accéléré la transition vers la télémédecine. Les consultations médicales virtuelles offrent un double avantage : un diagnostic plus rapide et une solution commode pour les patients. La télémédecine est une option pratique pour les gens pressés et pour ceux qui sont incapables de quitter leur domicile ou qui vivent dans des régions où l’accès à des soins de qualité fait défaut. En outre, la télémédecine permet aux hôpitaux et aux médecins de faire facilement un suivi auprès des patients pour surveiller leurs progrès, modifier le traitement au besoin et déterminer si des soins en personne plus urgents sont requis. Grâce à un suivi fréquent, les problèmes de santé peuvent être décelés plus tôt, ce qui limite les coûts de traitement.
  • Intégration verticale : Un autre thème à signaler est l’intégration verticale dans le réseau de prestation des soins de santé. Ainsi, les sociétés s’unissent par voie d’acquisitions afin d’offrir sous le même toit un éventail de services comme l’assurance maladie, la pharmacie, les soins de courte durée, les soins infirmiers, les soins de santé à domicile et l’analyse des données. Une société qui intègre verticalement l’ensemble des services peut mieux exploiter son infrastructure et coordonner les soins afin d’améliorer le traitement et l’expérience du patient. En outre, la combinaison des demandes de règlement des frais médicaux et de remboursement des médicaments, ainsi que des données et des analyses, procure des avantages qui aideront à remédier à l’escalade des coûts des soins de santé et à réduire le gaspillage dans le système.
Croissance des bénéfices et ratios C/B prévisionnel des secteurs du S&P 500
 Croissance du BPA (sur 12 mois)Ratio C/B prévisionnel
SecteurP2020P2021P2020P2021
Énergie n.s. n.s. n.s. 37,0 x
Consommation discrétionnaire -57,4 % 115,4 % 63,7 x 29,6 x
Immobilier 1,5 % 7,6 % 24,6 x 23,1 x
Technologie de l’information 1,1 % 15,2 % 26,0 x 22,6 x
Services de communications -15,5 % 23,0 % 25,1 x 20,4 x
S&P 500 -22,1 % 29,0 % 24,8 x 19,2 x
Consommation de base -2,6 % 7,9 % 20,7 x 19,2 x
Matières -21,2 % 28,3 % 24,1 x 18,8 x
Produits industriels -47,6 % 77,4 % 32,3 x 18,2 x
Services publics 1,0 % 6,1 % 18,4 x 17,3 x
Soins de santé -1,4 % 15,9 % 17,6 x 15,2 x
Finance -36,9 % 37,5 % 17,1 x 12,4 x

Source : FactSet ; données au 19 juin 2020 ; les données pour le secteur immobilier tiennent compte des flux de trésorerie d’exploitation ajustés et du ratio prix/flux de trésorerie d’exploitation ajustés.

Facteurs positifs à long terme + risque politique moindre = rendement supérieur

L’adoption de mesures législatives importantes en matière de contrôle des prix des médicaments n’est pas chose facile, même lorsqu’un parti politique est à la fois maître de la Maison‑Blanche et du Congrès. Il en est ainsi à cause de l’existence de points de vue opposés au sein d’un même parti et de la participation antérieure du secteur des soins de santé à la mise en forme de la législation. Nous ne savons pas qui de M. Biden ou de M. Trump remportera l’élection présidentielle, mais à notre avis, ni l’un ni l’autre ne représenterait une menace pour le secteur des soins de santé ou pour les sociétés pharmaceutiques en particulier. Si M. Trump est réélu, nous pensons que la situation restera généralement inchangée (le rythme d’augmentation des prix diminuera en raison des pressions politiques et de l’autoréglementation du secteur). Si M. Biden l’emporte, la couverture offerte par l’Affordable Care Act sera sans doute élargie afin de procurer aux Américains non assurés un meilleur accès aux médicaments d’ordonnance, ce qui compenserait en partie, à notre avis, les pressions sur les prix.

Les prix des médicaments d’ordonnance devraient être un enjeu de l’élection à venir, comme lors des précédentes. Cependant, les risques de mauvaises nouvelles ne devraient pas constituer une raison d’éviter le secteur des soins de santé, qui conserve de saines perspectives fondamentales soutenues par les puissantes tendances à long terme décrites ci‑dessus. Les risques politiques étant jugés moins grands que lors des élections précédentes, nous croyons que le secteur offre une combinaison attrayante, à savoir un ratio C/B inférieur à la moyenne et une croissance des bénéfices supérieure à 10 %, ainsi qu’une très faible sensibilité, voire aucune, aux fluctuations du cycle économique causées par la COVID‑19, auxquelles une grande partie du reste du marché pourrait être vulnérable.


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Gopa Nair, un employé de RBC Dominion valeurs mobilières Inc., société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États‑Unis a participé à la préparation de la présente publication. Cet individu n'est ni inscrite ni qualifié en tant qu’analyste de recherche auprès de l’organisme américain Financial Industry Regulatory Authority (« FINRA ») et, comme il n'est pas associé à RBC Gestion de patrimoine, il pourrait ne pas être assujetti au règlement 2241 du FINRA régissant les communications avec les entreprises visées, les apparitions publiques et les opérations sur valeurs mobilières dans les comptes des analystes de recherche.