Intensification du conflit au Moyen-Orient : Combien de temps va-t-il durer et quelle sera l’ampleur des perturbations?

Analyse
Perspectives

Les prix du pétrole menacent de dépasser 100 $ le baril, tandis que la valorisation de l’indice S&P 500 fait face à une pression croissante. RBC Marchés des Capitaux examine différentes hypothèses concernant la durée du conflit, les perturbations potentielles du marché de l’énergie et les répercussions sur les actions.

Partager

3 mars 2026

Par Le Comité des Services-conseils en gestion mondiale de portefeuille

La nouvelle crise au Moyen-Orient – la plus importante depuis l’intervention militaire américaine en Irak et d’une portée beaucoup plus large – a déjà eu des répercussions sur les marchés mondiaux de l’énergie et les prix des métaux précieux, et elle menace les marchés boursiers.

Bien que la situation soit extrêmement fluide quelques jours après le début du conflit, nous suivons l’évolution de la situation de très près avec nos partenaires de RBC Marchés des Capitaux.

Les extraits ci-dessous proviennent de rapports publiés ces derniers jours par deux experts de RBC Marchés des Capitaux au sujet de la crise et, plus particulièrement, des marchés mondiaux de l’énergie et du marché boursier américain.

Helima Croft | Chef, Stratégie mondiale en matière de marchandises, RBC Capital Markets LLC

Possibles répercussions sur les prix de l’énergie : la durée du conflit est le facteur déterminant.

  • La trajectoire des prix de l’énergie dépendra de la durée et de l’ampleur des perturbations découlant de ce conflit. Si la guerre prend fin dans quelques jours, la prime de risque sur le pétrole diminuera probablement.
  • Si le conflit s’éternise, les prix du pétrole pourraient atteindre 100 $ le baril, comme nous et les experts régionaux avons averti, et les prix mondiaux du gaz [naturel] pourraient atteindre au minimum leur plus haut niveau depuis le premier trimestre de 2023.
  • Selon ce que nous comprenons, les dirigeants de la région ont mis en garde Washington contre les risques de contagion que comporte une autre confrontation avec l’Iran et ils ont indiqué qu’un prix du baril de pétrole à 100 $ était une réelle possibilité et un danger évident. Étant donné que Washington vise un changement radical du régime, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) pourrait croire qu’il peut prévaloir dans une guerre d’usure, si le président Donald Trump n’est pas prêt à engager des forces terrestres. Certains planificateurs militaires ont prévenu que les attaques aériennes à elles seules ont rarement produit un changement de régime complet, même si l’anéantissement des hauts dirigeants est possible sans troupes sur le terrain.
  • Nous pensons également que les dirigeants à Washington pourraient regretter de ne pas avoir reconstitué sa réserve stratégique de pétrole si le conflit se prolonge. En revanche, la Chine s’est affairée à reconstituer ses réserves stratégiques, ses dirigeants étant possiblement inquiets d’une perturbation de l’offre. Encore une fois, si le conflit s’avère un bref échange de coups de feu, la hausse des prix du pétrole sera probablement passagère et les participants au marché se concentreront de nouveau sur les données fondamentales. En revanche, les prix risquent d’augmenter considérablement si le conflit se prolonge au-delà de quelques jours et si le CGRI poursuit une stratégie de survie axée sur l’exploitation des points sensibles du président Trump en matière d’économie.

En raison de la crise au Moyen-Orient, les prix du pétrole ont rebondi de leur récent creux.

Prix des contrats à terme sur le pétrole brut, par baril en dollars américains

Prix des contrats à terme sur le pétrole brut, par baril en dollars américains
  • Brent
  • West Texas Intermediate (WTI)

Sources : RBC Gestion de patrimoine et Bloomberg, données jusqu’au 2 mars 2026.

Le graphique illustre les prix des pétroles bruts Brent et West Texas Intermediate de janvier 2021 au 2 mars 2026. Le prix des deux types de pétrole a évolué de façon similaire au cours de la période. Il a commencé à 51,80 $ pour le Brent et à 48,52 $ pour le WTI. Les prix ont ensuite augmenté et commencé 2022 à un peu moins de 80 $. Après avoir flambé, ils ont dépassé 120 $ le baril en mars 2022 à la suite de l’intervention russe en Ukraine, puis après avoir reculé un peu, ils ont de nouveau dépassé 120 $ en juin 2022. Les prix ont ensuite reculé au milieu de 2023 pour s’établir à environ 70 $, puis ils ont fluctué dans une large fourchette, avec une tendance à la baisse, atteignant 67 $ pour le Brent et 62 $ pour le WTI à la mi-février 2026. Les prix sont repartis à la hausse, atteignant 77,74 $ pour le Brent et 71,23 $ pour le WTI, le 2 mars 2026.

Perturbations : transport du pétrole et du gaz naturel liquéfié par le détroit d’Hormuz.

  • Même si l’Iran n’a pas encore officiellement déclaré vouloir fermer le détroit d’Hormuz, la circulation des pétroliers a déjà été considérablement ralentie depuis que des navires ont été récemment pris pour cible dans le détroit et dans le golfe d’Oman. Dimanche [1er mars], seuls sept pétroliers et un gazier, dont trois pétroliers fantômes, ont traversé le détroit, tandis qu’ils étaient 56 le vendredi [27 février, avant les premières frappes] à naviguer dans le détroit. Même si le CGRI n’est peut-être pas en mesure de fermer physiquement le détroit d’Hormuz, nous pensons qu’il peut efficacement utiliser des petits bateaux, des mines, des drones et des missiles pour faire en sorte que les assureurs et les sociétés de transport maritime continuent d’éviter le détroit jusqu’à la fin des hostilités. La plupart des principaux assureurs mettront probablement fin à la couverture des risques de guerre en cas de navigation dans le détroit, à compter du 5 mars, à minuit, heure de Londres.
  • Des rapports contradictoires concernant la stratégie de la Maison-Blanche ont circulé. Certaines déclarations du gouvernement laissent entrevoir une volonté de reprendre les négociations, tandis que d’autres témoignent d’une volonté de s’engager dans une campagne militaire de plusieurs semaines. Cette dernière augmenterait la probabilité d’une hausse des prix [de l’énergie] beaucoup plus marquée s’il n’y a pas de plan viable pour assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Hormuz. Nous mettons particulièrement en garde contre le biais de récence. Lors des événements de juin 2025 (date du précédent conflit militaire entre Israël/États-Unis et l’Iran), certains participants au marché ont peut-être mal évalué la volonté de l’Iran à utiliser des tactiques asymétriques pour internationaliser le coût de l’action militaire conjointe d’Israël et des États-Unis et assurer la préservation du régime.
  • Il a déjà été annoncé que le ministre des Affaires étrangères de l’Irak, Fuad Hussein, a discuté avec son homologue saoudien des risques que susciterait la fermeture du détroit. Aux prises avec une capacité de stockage limitée, l’Irak devra probablement suspendre sa production si le pays ne peut utiliser la voie navigable pour ses exportations vers le sud (3,5 Mb/j).

L’indice européen du gaz naturel a été, par le passé, très sensible aux contraintes de l’offre.

Contrats à terme sur le gaz naturel TTF néerlandais, par mégawattheure (MWh) en euros

Contrats à terme sur le gaz naturel TTF néerlandais, par mégawattheure (MWh) en euros

Sources : RBC Gestion de patrimoine et Bloomberg, données jusqu’au 2 mars 2026.

Le graphique montre l’évolution de l’indice des contrats à terme sur le gaz naturel TTF néerlandais, en €, de janvier 2021 au 2 mars 2026. Il a commencé à 19,12 € le mégawattheure (MWh) et a grimpé à 180 € le MWh en décembre 2021, peu avant l’intervention militaire russe en Ukraine. Après un recul, il a bondi pour atteindre 227 €/MWh en mars 2022, lorsque l’Allemagne a suspendu la certification du gazoduc Nord Stream 2 qui devait transporter du gaz russe. Après un nouveau recul, il a atteint 339 €/MWh, lorsque l’Allemagne a suspendu le transport de gaz russe par le gazoduc Nord Stream 1. Puis, il a chuté considérablement au milieu de 2023, atteignant environ 23 €/MWh. Le prix du gaz naturel européen a évolué dans une fourchette d’environ 23 €/MWh à 56 €/MWh depuis. Le 10 décembre 2025, il a touché un creux de 26,60 €/MWh. Depuis, il a augmenté et s’est établi à 44,51 €/MWh le 2 mars 2026.

Qu’en est-il des autres voies de transport de l’énergie dans la région?

  • Malgré la présence d’oléoducs, comme l’oléoduc est-ouest de l’Arabie saoudite (capacité de 7 Mb/j) et l’oléoduc de pétrole brut d’Abu Dhabi aux Émirats arabes unis (ADCOP, dont la capacité est de 1,5 Mb/j), pouvant théoriquement atténuer les répercussions de la fermeture du détroit d’Hormuz de quelques millions de barils par jour au rythme d’exploitation actuel, il existe tout de même d’importants risques et facteurs limitatifs. Nous tenons à souligner que les deux infrastructures risquent de se trouver dans la mire du conflit, auquel cas les dommages causés aux installations pourraient éliminer entièrement cette option. Ce genre d’attaques a déjà eu lieu, comme en 2019, lorsque l’oléoduc est-ouest avait été la cible des drones Houthi qui avaient endommagé deux stations de pompage et entraîné l’arrêt temporaire du transport de pétrole brut par l’oléoduc. De plus, les exportations redirigées vers la mer Rouge seraient également vulnérables. Il est aussi important de noter que certains producteurs régionaux, comme le Koweït et le sud de l’Irak, n’ont pas accès à d’autres trajets.

L’augmentation de la production de l’OPEP pourrait être inutile.

  • L’absence de voies maritimes utilisables rend essentiellement sans intérêt toute augmentation de la production, car la majeure partie des barils de l’OPEP dans la région pourrait rester bloquée sur place si la guerre se prolonge.
  • À notre avis, les producteurs de l’OPEP+ ont atteint leur capacité production maximale, à l’exception de l’Arabie saoudite. Par conséquent, le manque de capacité de production limitera l’incidence de l’annonce d’une augmentation de la production sur le prix du baril. De plus, toute augmentation au-delà du niveau atteint lors de la guerre des prix d’avril 2020 nécessiterait probablement l’utilisation des réserves. Même dans ce cas, l’utilisation des barils de réserve serait considérablement limitée si les voies navigables essentielles ne peuvent être empruntées. L’utilisation des réserves n’est d’aucune utilité s’il n’y a pas de voies maritimes navigables.

Capacités militaires iraniennes.

  • Même si une attention particulière a été accordée aux stocks de missiles de l’Iran, nous croyons que le large arsenal iranien de véhicules aériens sans pilote (UAV) pourrait lui procurer les ressources nécessaires pour poursuivre ses attaques asymétriques et provoquer l’escalade du conflit. Certains experts militaires établissent déjà des comparaisons avec le conflit entre la Russie et l’Ukraine, dans lequel les deux protagonistes utilisent des UAV pour mener des attaques perturbatrices contre des infrastructures et pour combler le manque de missiles. Cette fin de semaine [du 28 février au 1er mars], Téhéran a déjà lancé sa gamme de drones kamikazes « maison » et bon marché contre diverses cibles au Moyen-Orient, y compris des bases américaines et des sites civils au Bahreïn, en Irak, au Koweït, au Qatar et aux Émirats arabes unis.

Lori Calvasina | Chef, Stratégie sur actions américaines, RBC Capital Markets LLC

Sur le marché boursier américain, tout pourrait dépendre du marché du pétrole.

  • Les actions pourraient être principalement tributaires du marché pétrolier. Nous laissons nos collègues responsables de la stratégie en matière de marchandises et de la recherche au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, qui surveillent la situation du détroit d’Hormuz [voir ci-dessus], établir les prévisions de prix du pétrole. En ce qui nous concerne, nos prévisions optimistes à l’égard des actions américaines en 2026 demeurent inchangées. Toutefois, nous pensons qu’il est important de surveiller de près la dynamique du marché pétrolier, étant donné qu’il y a une corrélation inverse de -40 % entre l’indice S&P 500 et les prix du pétrole depuis la COVID-19 [depuis le premier trimestre de 2020]. À notre avis, le principal enjeu n’est pas la flambée à court terme des prix du pétrole. Selon nous, ce serait plutôt les répercussions durables sur les prix du pétrole, ce qui, selon nous, pourrait nuire davantage à la confiance à divers degrés.

Les actions ont commencé à refléter les risques avant le début du conflit.

  • Le marché boursier américain commençait déjà à tenir compte de l’escalade dans la région à l’approche de la fin de semaine [du 28 février au 1er mars]. L’indice S&P 500 stagne depuis le début de 2026, freiné par une liste assez longue de préoccupations – craintes concernant l’IA et les marchés privés, publication de résultats décevants par les sociétés, valorisations élevées et intensification de différents risques géopolitiques… Selon nous, il est juste de dire que les fluctuations de l’indice S&P 500 cette année et l’excellent rendement du secteur de l’énergie reflétaient dans une certaine mesure l’augmentation du risque géopolitique.

Les valorisations pourraient baisser.

  • L’augmentation de l’incertitude géopolitique n’est pas bonne pour les ratios cours-bénéfice de l’indice S&P 500, qui sont déjà sous pression. Lorsque l’incertitude géopolitique augmente fortement, la première chose qui nous vient habituellement à l’esprit est que le ratio cours-bénéfice prévisionnel de l’indice S&P 500 a tendance à subir des pressions. Cela témoigne de l’un des mécanismes de transmission des conflits géopolitiques et des risques aux actions… Au cours des dernières années, le ratio cours-bénéfice médian de l’indice S&P 500 s’est détérioré lorsque l’incertitude concernant la sécurité nationale a fortement augmenté au printemps 2025 (droits de douane du jour de la libération), au premier trimestre de 2022 (invasion de l’Ukraine par la Russie) et au premier trimestre de 2020 (COVID-19). Cela s’est aussi produit au début de 2003, lorsque les États-Unis se préparaient à envahir l’Irak.

Le marché boursier américain s’est récemment stabilisé à un niveau élevé après une forte remontée.

Indice S&P 500

Indice S&P 500

Sources : RBC Gestion de patrimoine et Bloomberg, données jusqu’au 2 mars 2026.

Le graphique illustre l’évolution de l’indice S&P 500 du 1er janvier 2021 au 2 mars 2026. Il s’est établi à 3 736, puis a grimpé jusqu’à 4 700 au début de 2022. Après un recul, il a touché un creux de 3 577 le 12 octobre 2022. Il a ensuite fortement progressé pour atteindre 6 932 fin décembre 2024, avant de connaître un important recul en avril 2025. Il a atteint de nouveaux sommets en 2025. À la fin de 2025 et au début de 2026, il s’est stabilisé dans une fourchette étroite relativement élevée, clôturant à 6 881 le 2 mars 2026.

Garder un œil sur la confiance des entreprises et des consommateurs

  • L’incertitude et un risque géopolitique élevé sont devenus caractéristiques de la conjoncture post-COVID, mais ils pourraient peser sur la confiance. Nous pensons principalement aux répercussions de la situation géopolitique sur la confiance des entreprises (lorsque l’incertitude est en baisse, mais demeure élevée), étant donné que le sujet des conflits géopolitiques est très souvent abordé lors des conférences téléphoniques sur les résultats des sociétés cotées depuis la COVID-19. Pour l’instant, il faut s’attendre à ce que les dirigeants d’entreprise continuent de dire qu’ils composent avec des difficultés externes. De plus, nous surveillerons également les répercussions de la récente évolution de la politique étrangère des États-Unis sur la confiance des consommateurs (qui s’est stabilisée à des niveaux extrêmement bas dans les sondages du Conference Board et de l’Université du Michigan) et sur les résultats des sondages d’opinion publique (dans lesquels les électeurs n’approuvent pas vraiment la politique étrangère).

Ne faites pas trop confiance aux études sur le rendement passé des marchés boursiers.

  • Nous conseillons de ne pas trop porter attention aux études qui suggèrent de toujours acheter des actions lors de l’annonce de mauvaises nouvelles sur le plan géopolitique. Nous sommes optimistes à l’égard du marché boursier américain cette année, mais [notre étude des épisodes précédents] nous rappelle qu’il est très difficile de prévoir les conséquences sur le marché, lorsque les événements géopolitiques sont examinés de manière isolée. Un événement géopolitique est habituellement une pièce d’un grand casse-tête.

RBC Gestion de patrimoine est une division opérationnelle de Banque Royale du Canada. Veuillez cliquer sur le lien « Conditions d’utilisation » qui figure au bas de cette page pour obtenir plus d’information sur les entités qui sont des sociétés membres de RBC Gestion de patrimoine. Nous n’approuvons ni ne recommandons le contenu de cette publication, qui est fourni à titre d’information seulement et ne vise pas à donner des conseils.

® / MC Marque(s) de commerce de Banque Royale du Canada utilisée(s) sous licence. © Banque Royale du Canada 2026. Tous droits réservés.


Entrons en contact


Nous voulons discuter de votre avenir financier.

Articles connexes

Tarifs douaniers : une victoire sur le plan des revenus, mais pas une solution au déficit

Analyse 8 minutes de lecture
- Tarifs douaniers : une victoire sur le plan des revenus, mais pas une solution au déficit

L’Europe peut-elle saisir le moment?

Analyse 8 minutes de lecture
- L’Europe peut-elle saisir le moment?

Trump : au revoir Powell, bienvenue Warsh

Analyse 9 minutes de lecture
- Trump : au revoir Powell, bienvenue Warsh