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Les prix des produits de base industriels ont fléchi au début de la pandémie mondiale de COVID-19, mais ont changé de cap quelques mois plus tard pour amorcer une progression soutenue qui s’est poursuivie jusqu’à tout récemment. Le cuivre, qui sert d’indicateur des métaux industriels, est passé de 2,08 $ la livre en mars 2020 à un prix record de 4,88 $ en mai de cette année, puis a chuté de 20 % au cours des dernières semaines.

Lorsque l’escalade s’est élargie à l’ensemble des métaux industriels, les observateurs ont de plus en plus souvent évoqué la possibilité d’un supercycle des marchandises, c’est-à-dire une progression des prix qui dure plusieurs années, voire une décennie. Récemment, cependant, des brèches sont apparues dans ce scénario :

  • Le gouvernement chinois a entrepris de redéfinir l’économie du pays afin qu’elle dépende moins des investissements financés par emprunts dans les infrastructures et l’immobilier (des secteurs gourmands en marchandises). Les autorités chinoises ont également mis en garde les entreprises contre les achats de marchandises à des fins spéculatives.
  • Parallèlement, le secteur manufacturier mondial a été perturbé au cours des neuf derniers mois par les problèmes des chaînes logistiques, notamment des pénuries de puces informatiques et de conteneurs d’expédition. Les conséquences de ces perturbations se sont particulièrement fait sentir du côté des fabricants automobiles, lesquels sont de grands consommateurs de métaux.
  • Aux États-Unis, la construction de logements a fortement ralenti. De plus, l’enveloppe consacrée aux nouvelles infrastructures pourrait n’être que de 1 000 milliards de dollars, au lieu des 2 000 milliards de dollars annoncés par l’administration Biden, et il n’est même pas certain que le Congrès l’approuve.

Ces derniers développements soulèvent une question importante dans l’esprit de nombreux investisseurs :

Le recul récent des prix de certains produits de base n’est-il qu’une pause dans une longue progression ? Ou la flambée des prix est-elle déjà terminée pour l’essentiel ?

Jim Allworth a demandé à Chris Beer, premier gestionnaire de portefeuille, Actions mondiales et nord-américaines, RBC Gestion mondiale d’actifs Inc., ce qu’il en pense.

Jim Allworth – Chris, selon vous, pourquoi croit-on à un supercycle des marchandises ? Le simple fait que les prix augmentent depuis un an ne saurait être la seule raison, n’est-ce pas ?

Chris Beer – S’il ne fallait nommer qu’une seule raison, je crois que ce serait le fait que les décideurs partout dans le monde semblent résolus à appuyer – ou à exiger – l’utilisation d’énergies durables et décarbonisées. L’Europe et la Chine mènent le bal à ce titre ; elles ont adopté des politiques strictes en vue d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Les États-Unis ont plutôt choisi de laisser le marché soutenir le développement d’une économie plus propre. Divers conseils d’administration se sont engagés à réduire nettement le bilan carbone de leur société au cours des trente prochaines années. Dans tous les cas, cette transition va nécessiter l’électrification d’une part beaucoup plus importante de l’économie.

D’importantes quantités de métaux, comme le cuivre, l’acier, le nickel, le lithium et le cobalt, seront essentielles pour construire des sites de production et de stockage d’énergie renouvelable, électrifier certaines activités à fortes émissions, comme l’aciérie, le raffinage du pétrole, et le transport ferroviaire et maritime, remplacer les automobiles à moteur à combustion interne par des véhicules électriques (VE), ou encore adopter de nouvelles technologies pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

D’après nous, l’idée du supercycle repose en grande partie sur le fait que la demande de ces intrants sera largement supérieure à la hausse de la consommation observée habituellement en période de croissance économique.

Cependant, certains facteurs pourraient être surestimés. L’énergie renouvelable, solaire ou éolienne, par exemple, représente déjà la majeure partie de la nouvelle capacité de production dans les pays développés. Or, ce changement s’est fait au détriment de la construction de nouvelles centrales conventionnelles. De la même façon, les VE remplacent les automobiles à essence, sans que les ventes totales de véhicules augmentent. Ils nécessitent assurément moins d’intrants conventionnels, ce qui laisse entrevoir des répercussions négatives nettes sur les pièces et le service.

Le simple fait d’utiliser plus de ces métaux ne signifie donc pas nécessairement que la croissance économique globale sera plus rapide qu’elle ne le serait autrement. Cet espoir – tacite – a peu de chance de se concrétiser, selon nous. Cela dit, nous pensons que les métaux pourraient connaître leur heure de gloire grâce au virage vert de l’économie, puisqu’ils joueront un rôle crucial dans cette transition ; la demande de métaux est susceptible de dépasser largement le niveau habituel au cours des prochains cycles économiques.

Les métaux industriels en hausse
Variation relative des prix du cuivre, du minerai de fer et du nickel depuis juillet 2019 (31 juill. 2019 = 100)
The line chart shows the monthly change in the prices of iron ore, copper, and nickel between July 31, 2019 and July 27, 2021.

Le graphique linéaire montre la variation mensuelle des prix du minerai de fer, du cuivre et du nickel entre le 31 juillet 2019 et le 27 juillet 2021. Les prix sont ramenés à 100 au 31 juillet 2019. Après avoir chuté en deçà de 100 au début de la pandémie mondiale de COVID-19, les prix des trois métaux ont progressé dans l’ensemble depuis avril 2020.


Cuivre

Mineral de fer

Nickel

Sources : Thomson Reuters, FactSet ; données au 27 juill. 2021

Si le nombre de VE produits augmentait de 20 % par an de 2019 à 2030 – un pari audacieux, mais pas impossible –, alors la quantité de cuivre utilisée chaque année monterait d’environ 1,4 million de tonnes métriques, soit environ 4 % de la demande totale. C’est beaucoup, mais pas assez pour avoir un effet déterminant.

Après 2030 cependant, même si la croissance des ventes de VE devait ralentir de moitié pour s’établir à 10 % par année, sachant que le taux s’applique alors à un chiffre plus important, le segment des VE deviendrait rapidement l’un des principaux moteurs de la croissance de la demande totale de cuivre. Ainsi, à notre avis, le remplacement des véhicules à moteur à combustion interne par des véhicules électriques a une incidence nette positive sur la consommation de cuivre, mais la majeure partie de ces retombées ne profiteront pas au marché avant 2030.

Comme vous l’avez mentionné, la production de VE n’est qu’un des nombreux facteurs liés au virage vert de l’économie mondiale qui détermineront l’avenir des produits de base industriels.

Oui, les facteurs sont nombreux, mais dans la plupart des cas, l’incidence attendue sur la consommation de métaux ne sera probablement pas significative avant au moins une dizaine d’années. Par exemple, il existe un certain nombre de nouvelles technologies prometteuses en matière de réduction des émissions, comme le captage du carbone ou encore le remplacement du charbon cokéfiable dans le processus de fabrication de l’acier par de l’hydrogène produit à l’aide d’électricité tirée de sources renouvelables. Ces idées suscitent beaucoup d’enthousiasme, mais jusqu’à présent, elles ne sont mises à l’essai qu’à une petite échelle.

On peut aussi penser aux parcs éoliens en mer, dont les turbines contiennent beaucoup de cuivre et d’acier. Un nombre impressionnant de grands projets éoliens ont été annoncés dans la dernière année. Toutefois, on sait que seule une partie d’entre eux seront réalisés et pour ceux qui le seront, il faut souvent prévoir un délai considérable avant que la construction démarre et que le site produise de l’électricité. Il faut dire aussi que ces projets sont assujettis à un processus d’autorisation long et à des considérations politiques épineuses, et que la construction dépend souvent de la conclusion d’un contrat à long terme de vente à un prix raisonnable sur le plan économique. Or, ces contrats sont émis au compte‑gouttes.

Quel est le poids de la Chine sur les perspectives du cuivre et des autres métaux industriels ?

Eh bien, la réponse courte serait : « énorme ». Pour la plupart des métaux, la Chine consomme plus de la moitié de la quantité produite annuellement dans le monde. Depuis une vingtaine d’années, c’est elle qui génère la plus grande partie de la croissance de la consommation de métaux de base. Or, au cours de cette période, la modernisation et l’urbanisation étaient les principales priorités des autorités chinoises. En 1990, plus de 60 % de la population de la Chine vivaient dans des collectivités agricoles en zones rurales ; aujourd’hui, cette proportion est inférieure à 20 %. Durant cette période d’urbanisation rapide, le gouvernement a beaucoup encouragé la construction d’infrastructures et de logements en milieu urbain, puis l’établissement d’une industrie lourde hautement capitalistique. Plus récemment, les décideurs ont cherché à réorienter l’économie afin qu’elle dépende moins des investissements en immobilisations financés par emprunts et se tourne plutôt vers les secteurs de la consommation et des services.

La plupart des prévisionnistes s’attendent à ce que l’économie de la Chine ralentisse davantage au cours de la prochaine décennie et à ce qu’elle devienne moins capitalistique. La consommation de produits de base industriels par la Chine ne devrait donc pas croître aussi rapidement que dans le passé. À notre avis, la Chine restera un gros joueur pour le sous-secteur des métaux, mais ne sera plus une source importante de croissance dynamique.

Ne pouvant plus compter autant que par le passé sur la Chine pour soutenir la demande de produits de base industriels, et comme le virage vert de l’économie mondiale n’aura probablement pas d’impact significatif sur la consommation des produits de base avant une dizaine d’années, comment devrait évoluer la relation entre l’offre et la demande pour le cuivre ?

Les stocks sont bas à l’heure actuelle, ce qui normalement constituerait un facteur favorable, mais la faiblesse de la demande en provenance de la Chine jugule les prix en ce moment. Trois gros projets miniers seront lancés au cours de l’année et augmenteront la production. L’offre devrait donc augmenter et avoir un effet légèrement défavorable. Nous croyons que les États-Unis et l’Europe ne sont qu’à mi-chemin de l’expansion économique actuelle ; la croissance des bénéfices est forte et un programme de dépenses dans les infrastructures sera probablement approuvé sous une forme ou une autre aux États-Unis.

Les conditions de la demande seront donc nuancées, mais pas faibles pour autant. Même si l’offre augmentera vraisemblablement au cours de l’année à venir, il ne faut pas oublier que le monde aura de plus en plus besoin de cuivre affiné chaque année, pour suivre une croissance même modérée de la demande. Par le passé, il a toujours fallu que les prix grimpent pour accélérer la production ; il ne faut donc pas s’attendre à une chute de prix, mais plutôt à une hausse, notamment lorsque la demande suscitée par le virage écologique de l’économie mondiale gagnera en importance vers la fin de cette décennie et par la suite.

Qu’en est-il du minerai de fer, dont le marché est tout aussi important ?

Les exportations mondiales de minerai de fer, dont la Chine est le plus gros consommateur, représentent 600 milliards de tonnes métriques. Comme nous l’avons mentionné plus tôt, la Chine a réorienté son économie vers les services et la consommation, au détriment des investissements en infrastructures et en immobilisations. Par conséquent, l’utilisation d’acier en Chine pourrait plafonner. Par contre, elle pourrait augmenter en Inde et dans d’autres pays émergents. À court terme, nous pensons donc que la demande restera raisonnablement forte dans de nombreux pays développés, ne serait-ce que parce que les problèmes qui ont touché les chaînes logistiques mondiales au cours des deux dernières années ont provoqué un rapatriement de certaines usines.

Il est important de savoir par ailleurs que la croissance de l’offre de minerai de fer est limitée. Un projet de grande envergure vient de commencer en Afrique. Il produira un jour de 20 à 50 millions de tonnes métriques de minerai de fer chaque année, mais pendant quelques années seulement, pour un coût d’au moins 20 milliards de dollars. Encore une fois, des prix élevés, probablement supérieurs à leur niveau actuel, seront sans doute nécessaires pour stimuler les investissements de manière à répondre à une augmentation de la demande, même modeste.

Comme la demande de la Chine pour des produits de base industriels pourrait plafonner, ou du moins ne pas croître aussi rapidement qu’au cours des dernières décennies, l’avenir est plutôt incertain. Sachant cela, y a-t-il encore lieu de penser que nous nous trouvons dans un supercycle ?

Si on parle d’une tendance haussière des prix qui s’étend sur plusieurs années, c’est le cas, selon nous. Par contre, nous ne croyons pas que l’ascension fulgurante des prix observée l’an dernier puisse continuer au même rythme. Les perspectives à long terme de la demande s’améliorent avec le temps, mais celles de l’offre demeurent limitées à la suite d’une longue période de sous-investissements. Encore une fois, nous croyons qu’une hausse de prix sera nécessaire pour que l’offre des principaux métaux suive le rythme de la croissance de la demande, même modeste.


Chris Beer dirige l’analyse des secteurs de l’énergie et des matières à RBC Gestion mondiale d’actifs. Il possède plus de 25 ans d’expérience dans la recherche et l’analyse de sociétés de ressources naturelles, surtout de sociétés minières de métaux précieux et de métaux de base. Ses connaissances acquises en tant que géologue de terrain pendant quatre années et son expérience dans le secteur des placements contribuent à enrichir ses analyses.

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