L’informatique quantique, la prochaine course technologique

Analyse
Perspectives

Si l’IA est sur toutes les lèvres en ce moment, l’informatique quantique pourrait bien être la prochaine grande révolution technologique. Même s’il est difficile de prédire quand elle sera commercialement viable, de nombreux gouvernements la considèrent déjà comme l’un des piliers de la compétitivité économique à long terme et de la sécurité nationale.

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20 mai 2026

Frédérique Carrier
Première directrice générale et chef, Stratégies
de placement - RBC Europe Limited

Principaux points

  • L’informatique quantique permet d’explorer simultanément plusieurs solutions, contrairement à l’IA, qui excelle dans la reconnaissance de schémas à partir de grands ensembles de données.
  • La possibilité que l’informatique quantique puisse craquer les systèmes de chiffrement mondiaux qui protègent les secteurs de la défense et de la finance a incité les gouvernements à en faire une priorité stratégique.
  • Cette technologie est encore loin d’être commercialement viable, car d’importants obstacles techniques subsistent, malgré les avancées réalisées.
  • Encore au stade précommercial, cette technologie façonne les écosystèmes de recherche et les orientations géopolitiques, et elle devrait offrir des occasions de placement intéressantes dans les prochaines décennies.

Potentiellement capable de compromettre les systèmes de chiffrement qui sécurisent les infrastructures mondiales de la finance, les communications et la défense, et susceptible d’ouvrir la voie à des percées majeures dans les domaines de la science des matériaux, de l’industrie pharmaceutique et de la logistique, l’informatique quantique s’est imposée au cœur des débats politiques et des discussions au sein des conseils d’administration.

Nous passons en revue les principes fondamentaux de cette technologie, la comparons à l’IA et évaluons les défis techniques et commerciaux qui subsistent, avant d’aborder la concurrence géopolitique qui façonne son développement et d’examiner pourquoi l’informatique quantique mérite l’attention des investisseurs.

Informatique quantique 101

Les ordinateurs quantiques sont des machines qui exploitent les propriétés de la physique quantique — les lois qui régissent le comportement des particules aux niveaux atomique et subatomique — pour stocker des données et effectuer des calculs. Pour mieux comprendre ce concept, on peut le comparer à un ordinateur classique et recourir à l’analogie d’un interrupteur.

Un ordinateur classique fonctionne un peu comme un interrupteur très rapide. Chaque élément d’information est stocké sous la forme d’une unité de base, appelée « bit », qui peut être soit à l’état « éteint » (0), soit à l’état « allumé » (1). Même les supercalculateurs les plus puissants n’effectuent en réalité qu’une quantité colossale de ces opérations binaires (allumé/éteint) chaque seconde.

L’ordinateur quantique, quant à lui, utilise des bits quantiques, ou qubits, comme éléments de base pour stocker et traiter l’information. Cependant, au lieu d’être de simples unités d’information binaires « allumé » ou « éteint », ou (0) ou (1), les qubits peuvent exister dans une combinaison des deux à la fois, se comportant davantage comme un gradateur que comme un interrupteur. En effet, en mécanique quantique, les particules subatomiques peuvent exister dans plusieurs états à la fois, une propriété appelée la « superposition ».

Dans la pratique, il est possible de créer des qubits à l’aide de divers systèmes quantiques, comme des circuits supraconducteurs sur des puces spécialisées, des ions piégés (atomes chargés isolés piégés dans des champs électromagnétiques) ou des photons (particules de lumière), qui doivent tous être contrôlés avec précision.

Grâce à la superposition, l’informatique quantique peut explorer simultanément de nombreuses solutions possibles, au lieu de les vérifier une à une. Cela permet à l’ordinateur de coordonner efficacement les calculs d’une manière inaccessible aux ordinateurs classiques.

Cela ne signifie pas pour autant que les ordinateurs quantiques soient plus rapides pour toutes les tâches. En fait, pour des utilisations courantes, comme les feuilles de calcul, ils ne sont pas plus utiles. Les ordinateurs quantiques sont plutôt de puissants explorateurs de possibilités. Ils sont particulièrement doués pour s’attaquer à des problèmes précis où le nombre de réponses possibles est trop important pour les tester une par une, car ils peuvent explorer simultanément de nombreuses solutions possibles — par exemple, optimiser les flux de circulation ou analyser des codes de sécurité.

La résolution de ce type de problèmes dépasse les capacités des ordinateurs actuels, même à l’ère de l’IA.

Avantages et risques des technologies quantiques

Avantages potentiels : Les technologies quantiques pourraient procurer d’importants gains de productivité et des avantages concurrentiels dans plusieurs secteurs.

  • Médecine et soins de santé : Amélioration de l’imagerie médicale pour la détection précoce des tumeurs; accélération du séquençage de l’ADN et de la découverte de médicaments.
  • Science des matériaux : Amélioration de la détection des défauts et du contrôle qualité; développement de matériaux plus résistants et plus légers.
  • Secteurs de l’énergie et de l’extraction : Meilleure localisation des ressources et identification précoce des défaillances des équipements; amélioration du captage du carbone et de l’exploitation du réseau électrique.
  • Chimie : Simulation des réactions moléculaires permettant une meilleure compréhension des interactions moléculaires.
  • Finances : Amélioration de l’analyse des risques, de l’optimisation des portefeuilles et du règlement des opérations.
  • Transports et logistique : Solutions aux problèmes d’itinéraires et de planification.
  • Communications : Renforcement de la sécurité des données pour les infrastructures essentielles au moyen de réseaux quantiques sécurisés.

Risques : Les technologies quantiques présentent un certain nombre de menaces auxquelles il faut s’attaquer.

  • Fragilisation des normes de chiffrement actuelles : Les ordinateurs quantiques pourraient compromettre les méthodes de chiffrement qui protègent les systèmes financiers et les infrastructures essentielles. En réponse à cela, des normes de cryptographie post-quantique sont en cours d’élaboration.
  • Renforcement de la surveillance : Les capteurs quantiques pourraient soulever des préoccupations en matière de protection de la vie privée, car ils sont capables d’outrepasser les barrières physiques comme les murs.
  • Sécurité nationale : Les progrès en matière de cryptanalyse et l’élargissement des capacités des armes et des systèmes de détection militaires pourraient compromettre la sécurité nationale, incitant les pays à accélérer la course au développement des technologies quantiques.

Source : RBC Gestion de patrimoine; OCDE, « An overview of national strategies and policies for quantum technologies » (décembre 2025) (en anglais seulement)

La technologie quantique et l’IA

L’IA actuelle excelle dans la résolution de problèmes impliquant de grandes quantités de données et des schémas clairs. L’IA est capable de reconnaître des images, de comprendre le langage, de prédire des tendances et de recommander des actions, car elle a appris à partir de millions d’exemples passés.

En revanche, l’informatique quantique trouve son utilité dans l’exploration d’un nombre colossal de combinaisons possibles, là où il n’existe pas forcément de schéma clair à apprendre et où tester chaque possibilité une par une prendrait beaucoup trop de temps, même pour le superordinateur le plus rapide.

Loin d’être des outils concurrentiels, l’IA et l’informatique quantique peuvent au contraire être complémentaires. Concrètement, l’IA pourrait aider à sélectionner les options les plus prometteuses, tandis que l’informatique quantique pourrait les explorer plus efficacement.

Contrairement au développement actuel de l’IA, qui repose largement sur des investissements colossaux dans des puces spécialisées, des infrastructures infonuagiques et de grands centres de données, les technologies quantiques d’aujourd’hui sont davantage portées par des avancées scientifiques que par la taille des installations.

Cette situation s’explique par le fait que la technologie en est encore à l’étape de la recherche. Ses progrès restent freinés par des problèmes scientifiques fondamentaux, comme la stabilisation des qubits, la réduction des taux d’erreur, ainsi que le contrôle et la mesure des systèmes quantiques avec une précision suffisante. À l’heure actuelle, une percée dans le domaine de la physique ou de l’ingénierie suffit à améliorer les perspectives de cette technologie. C’est pourquoi tant des équipes de petite taille et hautement spécialisées, que des laboratoires universitaires ou des entreprises en démarrage peuvent se retrouver à l’avant-garde de la recherche et du développement quantiques.

Défis liés à la technologie quantique

La technologie de l’informatique quantique progresse à grands pas, mais il reste plusieurs défis fondamentaux à relever sur les plans scientifique, technique et de l’écosystème avant de pouvoir la déployer de manière fiable.

Principes physiques

Les systèmes quantiques sont extrêmement fragiles et sensibles aux perturbations environnementales les plus infimes, comme les fluctuations de température minimes, les vibrations les plus légères et les rayonnements parasites. Ainsi, lorsqu’ils sont perturbés, les qubits perdent leurs propriétés quantiques.

Pour réduire ce risque, les systèmes quantiques doivent fonctionner dans des environnements hautement contrôlés, souvent à des températures extrêmement basses (-269 °C ou -452 °F, des niveaux proches du zéro absolu, la température théoriquement la plus basse possible) et à l’intérieur de systèmes fortement blindés, comme des boîtiers métalliques et des environnements de laboratoire spécialisés. Cependant, même dans de telles conditions, le maintien de la stabilité des qubits demeure l’un des principaux défis scientifiques de l’informatique quantique.

Mise à l’échelle

Même si les scientifiques peuvent stabiliser des qubits individuels, la construction de grands ordinateurs quantiques fiables présente un nouvel ensemble de défis en matière d’ingénierie et de fabrication. Les calculs quantiques nécessitent non seulement un grand nombre de qubits, mais aussi que ces qubits fonctionnent ensemble et restent stables suffisamment longtemps pour mener à bien un calcul. Or, à l’heure actuelle, les qubits ne restent généralement stables que pendant de très courtes durées, ce qui signifie que des erreurs peuvent encore se produire fréquemment.

À mesure que les chercheurs tentent de faire évoluer cette technologie en ajoutant davantage de qubits, le défi s’amplifie, car chaque qubit supplémentaire introduit de nouvelles sources potentielles d’interférence.

Pour améliorer la fiabilité, les scientifiques ont recours à des techniques de correction d’erreurs quantiques, qui consistent à regrouper de nombreux qubits physiques en un seul qubit logique afin de détecter et de corriger les erreurs pendant les calculs. Cette approche est comparable à celle du système de positionnement global (GPS) qui utilise les signaux d’un réseau de satellites pour déterminer une position précise, plutôt que de se fier à un seul signal. Si cette technique améliore la fiabilité, elle augmente également le nombre de qubits nécessaires, ce qui rend les systèmes beaucoup plus volumineux et plus difficiles à mettre au point.

De plus, comme les machines quantiques nécessitent des systèmes de refroidissement complexes, des matériaux spécialisés et des environnements hautement contrôlés, passer de petits systèmes expérimentaux à des machines pouvant être produites de manière fiable à grande échelle et à un coût raisonnable représente un défi de taille pour l’industrie.

Comme bon nombre de ces difficultés ne sont pas entièrement résolues, il n’existe pas d’architecture éprouvée pour les ordinateurs quantiques, à l’instar de la diversité des conceptions expérimentales de réacteurs nucléaires dans les années 1950 ou des matériaux semi-conducteurs dans les années 1960. Malgré les avancées récentes, on ne sait toujours pas quelle approche permettra finalement une mise à l’échelle fiable, qu’il s’agisse des qubits supraconducteurs, des ions piégés, de la photonique ou d’autres technologies émergentes.

Un écosystème embryonnaire

L’écosystème élargi de l’informatique quantique est encore en pleine évolution, et rares sont les personnes dans le monde qui possèdent les compétences spécialisées nécessaires pour concevoir, construire et exploiter des systèmes quantiques. Parallèlement à cela, le nombre d’applications commerciales éprouvées dans le monde réel reste limité, et le développement logiciel peine encore à suivre le rythme des progrès du matériel. Cette incertitude étant un frein aux investissements à grande échelle dans des entreprises privées, l’informatique quantique est aujourd’hui l’une des rares technologies de pointe dont les premiers progrès sont encore fortement tributaires du financement public de la recherche, même dans des pays comme les États-Unis où les investissements du secteur privé sont importants.

Malgré ces difficultés, les progrès accomplis sont mesurables. Ainsi, en 2024, Google a indiqué que l’augmentation du nombre de qubits logiques pouvait réduire le taux d’erreur, ce qui constitue une étape importante vers la mise au point de systèmes tolérants aux erreurs, c’est-à-dire capables de détecter et de corriger les erreurs suffisamment rapidement pour éviter qu’elles n’altèrent le résultat final. Même si ces avancées sont encore loin d’une mise en œuvre commerciale, elles montrent que les scientifiques trouvent des moyens d’améliorer la fiabilité des ordinateurs quantiques.

La pile de technologies quantiques : contraintes et défis à tous les niveaux

Niveau

Contraintes principales

Défis

Applications

Découverte de médicaments, simulation de matériaux, optimisation, cryptographie

Contraintes principales :
Viabilité commerciale

Défis :
Écosystème

Algorithmes et logiciels (programmation)

Algorithmes quantiques, flux de travail hybrides, techniques de réduction du bruit

Contraintes principales :
Complexité de l’intégration

Défis :
Ingénierie et fabrication à grande échelle

Qubits logiques (correction d’erreur)

Problèmes liés à la fiabilité et à l’évolutivité

Contraintes principales :
Évolutivité de la correction d’erreur

Défis :
Ingénierie et fabrication à grande échelle

Qubits physiques (architecture matérielle)

Supraconducteurs, ions piégés, photonique, atomes neutres

Contraintes principales :
Physique et incertitude architecturale

Défis :
Défis liés à la physique

Infrastructures habilitantes

Refroidissement cryogénique, électronique de commande, fabrication de semi-conducteurs, matériaux de précision

Contraintes principales :
Intensité du capital à l’échelle de la fabrication

Défis :
Ingénierie et fabrication à grande échelle

Les flux de travail hybrides combinent l’informatique classique et l’informatique quantique. Un ordinateur classique gère la majeure partie du processus et délègue certaines sous-tâches au processeur quantique, avant d’intégrer les résultats. La réduction du bruit s’appuie sur des logiciels qui recourent à des ajustements statistiques pour atténuer les effets du bruit.

Source : RBC Gestion de patrimoine

Tout le monde est dans la course

L’informatique quantique est passée du statut de curiosité de laboratoire à celui de priorité géopolitique. Dans un rapport publié en 2025, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) — un groupe composé principalement de pays riches — souligne que la pandémie de COVID-19 a profondément remodelé le contexte de l’élaboration des stratégies quantiques en raison des préoccupations accrues à l’égard de la résilience technologique et des vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement. La pandémie a également soulevé une vague mondiale d’investissements publics destinés à soutenir les économies, dont une partie a été consacrée à la science et à la technologie quantiques.

Les gouvernements considèrent de plus en plus la recherche quantique comme un moyen de se prémunir contre les vulnérabilités futures, compte tenu du potentiel de cette technologie à craquer les systèmes de chiffrement largement utilisés qui sous-tendent les infrastructures mondiales de la finance, des communications et de la défense. Ils sont donc enclins à soutenir ce secteur, dans le but de développer des normes de chiffrement post-quantiques, une tâche qui prendra du temps, car les systèmes de chiffrement existants sont profondément ancrés dans des secteurs économiques clés.

Pourtant, malgré ce soutien politique, l’informatique quantique en est encore à un stade de développement précommercial, aucun pays n’ayant encore franchi le cap des machines à grande échelle et tolérantes aux erreurs.

Approches stratégiques façonnées par les institutions, les capitaux et les politiques

Comparaison des stratégies nationales et régionales

Pays/région Modèle Force Contrainte Position stratégique
États-Unis Axé sur le secteur privé et alliances Profondeur du capital, sociétés technologiques Politique fragmentée Rivalité et coopération
Chine Mobilisation dirigée par l’État Financement coordonné Intégration mondiale limitée Autonomie stratégique
Union européenne Écosystème coordonné Intégration des infrastructures Profondeur du capital Coordination stratégique
Royaume-Uni Stratégie nationale axée sur la recherche Densité au démarrage Échelle du capital Leadership ciblé
Canada Spécialisation universitaire et pointue Photonique, recuit Portée Capacité ciblée

Source : RBC Gestion de patrimoine

Des chercheurs de la Harvard Kennedy School, l’école supérieure de politique publique de l’université Harvard, ont tenté d’évaluer quels pays sont à la pointe des technologies quantiques, en classant 25 pays selon leur « indice des technologies critiques et émergentes », où 100 correspond au niveau de développement le plus élevé. Dans ce classement, les États-Unis dominent avec un indice de 84, suivis de près par la Chine avec 76 et l’Europe (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas et Espagne) avec 74. Le Royaume-Uni, à lui seul, se classe en quatrième position avec un indice de 48, tandis que le Canada occupe la sixième place avec un indice de 41.

Chaque région a développé une approche stratégique distincte, façonnée par ses atouts institutionnels, ses structures de capital et ses priorités politiques. (Ces éléments sont abordés plus en détail dans l’annexe, qui mentionne certaines sociétés cotées en bourse engagées dans ce domaine.)

Coopération entre alliés

Plus de 20 accords bilatéraux liés à la science et à la technologie quantiques

Plus de 20 accords bilatéraux liés à la science et à la technologie quantiques
  • Déclaration conjointe
  • Convention
  • Déclaration de coopération
  • Accord
  • Protocole de coopération
  • Protocole d’entente
  • Coopération
  • Réunion du comité mixte

Chaque nœud représente un pays et les lignes reliant les pays symbolisent les accords bilatéraux. La taille du nœud correspond au nombre d’énoncés, d’accords, de protocoles d’entente ou de déclarations de coopération bilatérale concernant ce pays.

Source : OCDE, « An overview of national strategies and policies for quantum technologies » (décembre 2025) (en anglais seulement).

Le graphique présente 14 nœuds, reliés entre eux par de nombreuses lignes, illustrant le réseau d’accords entre les différents pays et l’Union européenne en matière de coopération dans le domaine de l’informatique quantique. Chaque nœud représente un pays et les lignes reliant les pays symbolisent les accords bilatéraux. La taille du nœud correspond au nombre d’énoncés, d’accords, de protocoles d’entente ou de déclarations de coopération bilatérale concernant ce pays. Le plus grand nœud est celui des États-Unis, qui ont conclu 11 accords avec d’autres pays; le Japon et le Royaume-Uni en ont chacun six; la Corée du Sud et le Danemark en ont cinq; l’Australie, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas en ont trois; le Canada et la Suisse en ont deux; la Finlande, la Suède et l’Union européenne en ont un chacun.

Dans l’ensemble, les États-Unis affichent la plus forte intensité de capital, la Chine adopte la politique d’État la plus ambitieuse, le Canada et le Royaume-Uni bénéficient tous deux d’une forte densité de recherche par habitant, tandis que l’Europe se distingue par la coordination de ses infrastructures.

Tout comme pour les semi-conducteurs, la technologie quantique fait désormais partie d’une concurrence géopolitique plus large et s’inscrit dans une rivalité plus générale dans les secteurs des technologies de pointe et des chaînes d’approvisionnement. De fait, les États-Unis et la Chine considèrent désormais les technologies quantiques comme des atouts stratégiques et restreignent l’accès des pays étrangers aux capacités essentielles. Ainsi, la Chine limite les exportations de certains matériaux et technologies de pointe, tandis que les États-Unis ont mis en place des contrôles sur les investissements à l’étranger couvrant les technologies quantiques et imposé des contrôles à l’exportation sur les systèmes de refroidissement haute performance et d’autres composants quantiques dans le cadre de leur politique de sécurité nationale.

Pour autant, l’approche américaine diffère de celle de la Chine sur un point important. En effet, une analyse de l’OCDE recense plus de 20 accords bilatéraux officiels dans le domaine des sciences et technologies quantiques dont les États-Unis sont signataires, lesquels couvrent divers domaines allant de la collaboration en matière de recherche aux partenariats de financement, en passant par la mobilité des talents et la coordination des politiques. La Chine, en revanche, a eu tendance à privilégier des partenariats plus ciblés, pilotés par l’État, notamment dans le domaine des communications quantiques, notamment des collaborations avec la Russie et l’Afrique du Sud.

Une technologie à suivre de près

L’informatique quantique reste une technologie scientifiquement validée, mais qui n’a pas encore atteint sa maturité commerciale. Pourtant, de nombreux gouvernements considèrent les technologies quantiques comme faisant partie intégrante de leurs capacités souveraines à long terme, et les intègrent dans leur politique industrielle, leur planification en matière de sécurité nationale et leur stratégie de recherche.

Dix points clés sur l’informatique quantique

Ce que c’est
L’ordinateur quantique s’appuie sur la physique quantique pour traiter l’information d’une manière différente de celle d’un ordinateur classique : ses éléments de base fonctionnent comme des « gradateurs » (plusieurs états simultanés) plutôt que comme des « interrupteurs » (allumé/éteint uniquement).
L’avantage quantique
Les ordinateurs quantiques explorent simultanément de nombreuses solutions, ce qui en fait des outils puissants pour résoudre des problèmes comportant trop de possibilités pour être testées une par une.
L’informatique quantique est complémentaire à l’IA
L’IA excelle dans la reconnaissance de formes; l’informatique quantique excelle dans l’exploration d’un nombre colossal de combinaisons lorsque des schémas ne sont pas clairement identifiables.
Menace importante pour la sécurité
Les ordinateurs quantiques pourraient craquer les systèmes de chiffrement actuels qui protègent le système financier mondial, les communications et la défense, ce qui motive les investissements publics.
Avantages potentiels considérables
Les applications couvrent la recherche pharmaceutique, la science des matériaux, la chimie, la finance, la logistique et l’énergie.
Grands défis techniques
Les qubits perdent leurs propriétés à la moindre perturbation de leur environnement. Ils doivent fonctionner à une température proche du zéro absolu (-269 °C) et ne restent stables que pendant un court instant.
Problème de mise à l’échelle
Pour construire de grands ordinateurs quantiques fiables, il faut ajouter des qubits pour gérer l’augmentation des taux d’erreur, ce qui rend les systèmes plus volumineux et plus difficiles à concevoir.
Pas encore de solution éprouvée
On ne sait pas encore quelle approche s’imposera à terme, que ce soit les qubits supraconducteurs, les ions piégés, la photonique ou d’autres technologies.
Encore au stade précommercial
L’informatique quantique en est encore au stade de la recherche, avec des applications éprouvées limitées et une pénurie de compétences spécialisées à l’échelle mondiale.
Concurrence géopolitique
Les États-Unis mènent le bal dans le secteur privé; la Chine mise sur la coordination étatique; l’Europe met l’accent sur la coordination publique; le Canada et le Royaume-Uni disposent de solides bases de recherche.

Source : RBC Gestion de patrimoine

Pour les investisseurs, ce qui importe, c’est de comprendre comment les avancées quantiques façonnent les chaînes d’approvisionnement, les écosystèmes de recherche et les orientations géopolitiques, plutôt que de se concentrer sur leur déploiement commercial immédiat, car l’importance stratégique de la technologie influe déjà sur la répartition du capital et l’orientation politique.

Il convient donc de suivre de près l’évolution de l’informatique quantique, car celle-ci aura des répercussions de plus en plus importantes à long terme sur la fabrication de pointe, la science des matériaux, les semi-conducteurs et les infrastructures informatiques à haute performance. Nous pensons qu’elle constituera une source abondante d’occasions de placement intéressantes au cours des deux prochaines décennies.


Annexe | Stratégies quantiques régionales : Une analyse comparative

États-Unis

Les États-Unis se distinguent par le leadership de leurs grandes entreprises technologiques, comme Google, IBM, Intel et Microsoft, tandis que les entreprises en démarrage bénéficient d’un capital de risque abondant. Une solide collaboration entre les universités et l’industrie constitue un véritable atout pour l’innovation, qui met l’accent sur la correction des erreurs et une architecture pouvant être mise à l’échelle. Le secteur bénéficie d’un soutien fédéral dans le cadre de la National Quantum Initiative, mais l’écosystème est alimenté par des capitaux privés.

Dans l’ensemble, les États-Unis sont en tête en matière de richesse de l’écosystème commercial et des avancées dans le domaine des qubits logiques. La concurrence au sein du secteur privé favorise l’innovation.

Chine

Les efforts déployés en Chine dans le domaine de l’informatique quantique bénéficient d’un soutien massif de l’État, à tel point qu’Alibaba et Baidu, deux géants de la technologie, ont cédé au gouvernement leurs travaux de recherche dans ce domaine, ainsi que leurs équipements et leurs installations. Ces deux entreprises conservent toutefois une présence secondaire dans ce secteur. La recherche quantique s’effectue principalement dans des universités d’État, tandis que les entreprises en démarrage sont soit contrôlées, soit financées par le gouvernement, ce qui témoigne d’une coordination stratégique. La Chine pourrait ainsi bénéficier d’un avantage dans le développement d’une chaîne d’approvisionnement à grande échelle pour une technologie dont l’horizon temporel et la rentabilité restent encore incertains. Toutefois, cette coordination gouvernementale laisse penser que les autorités se concentreront sur l’approche qu’elles jugent la plus prometteuse — une approche qui comporte le risque de ne pas faire le bon choix.

La force du pays ne réside pas seulement dans l’informatique quantique, mais aussi dans les communications quantiques, où l’utilisation des qubits offre une sécurité maximale, ce qui suscite l’intérêt des secteurs militaire et du renseignement.

La Chine considère le quantique comme une infrastructure stratégique, et non comme une simple technologie commerciale.

Union européenne

L’Europe a adopté une approche coordonnée du développement quantique menée par le secteur public. Cette approche s’appuie sur l’initiative Quantum Flagship de l’UE, un programme de recherche et d’innovation à grande échelle destiné à accélérer le développement des technologies quantiques partout en Europe, et est liée à l’Entreprise commune pour le calcul à haute performance européen (EuroHPC), qui vise à mettre en place et à coordonner un réseau de superordinateurs de classe mondiale dans toute la région.

L’Europe s’est attachée à mettre en place une infrastructure commune, à soutenir les entreprises en démarrage dans l’ensemble des États membres et à faire le lien entre l’excellence en matière de recherche et les applications industrielles. Des pays comme la France, l’Allemagne, la Finlande et les Pays-Bas sont le siège d’importantes entreprises de matériel informatique, tandis que les financements de l’UE visent à réduire la fragmentation.

L’UE s’est engagée à soutenir les technologies quantiques dans le cadre d’une loi européenne spécifique sur le quantique, qui s’appuie sur la stratégie Quantum Europe de la Commission européenne publiée en juillet 2025, dont l’adoption est prévue en 2027.

La vigueur de l’Europe repose sur la coordination des écosystèmes, mais l’envergure et le capital demeurent des contraintes.

Royaume-Uni

Le Royaume-Uni a très tôt mis en place le National Quantum Technologies Programme en 2014. À l’époque, il s’agissait de la première initiative nationale coordonnée au monde visant à soutenir cette technologie. Grâce à cela et à une solide base de recherche dans le domaine, le Royaume-Uni accueille 64 des 513 sociétés mondiales qui se consacrent exclusivement aux technologies quantiques, se classant ainsi au deuxième rang mondial derrière les États-Unis, qui comptent 148 sociétés de ce type, selon un rapport de 2025 publié par le Tony Blair Institute for Global Change. La plupart de ces sociétés sont privées, comme Oxford Quantum Circuits, une société essaimée de l’université d’Oxford, ou Riverlane, une société de logiciels de correction d’erreurs quantiques établie à Cambridge. Parmi les rares entreprises cotées en bourse, Arqit Quantum est une société de chiffrement quantique londonienne cotée au Nasdaq, tandis que Quantinuum (détenue majoritairement par Honeywell) a récemment déposé une demande de premier appel public à l’épargne (PAPE) aux États-Unis.

Le Royaume-Uni occupe une position de chef de file dans le domaine de la photonique, une approche qui utilise la lumière pour effectuer des calculs quantiques, ainsi que dans celui de la détection quantique, et dispose d’un écosystème commercial solide en phase de démarrage. De plus, le rapport souligne que le pays compte des sociétés couvrant l’ensemble de l’écosystème quantique, des systèmes de correction d’erreurs aux algorithmes en passant par la fabrication de matériel. Il met en évidence certaines vulnérabilités, notamment le nombre insuffisant de fournisseurs de certains types de matériel, comme les lasers et les dispositifs photoniques, la dépendance vis-à-vis de fournisseurs étrangers de réfrigérateurs ultra-froids, ainsi que le manque de capacités nationales pour le conditionnement des puces quantiques.

Canada

Contrairement à l’écosystème d’entreprises américain, axé sur la taille, et à la stratégie coordonnée du secteur public de l’Union européenne, l’écosystème quantique canadien repose sur l’expertise universitaire et sur des sociétés spécialisées. Ainsi, l’Université de Waterloo constitue le pilier de l’écosystème quantique canadien, tandis que l’Université de Toronto et l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, jouent également un rôle clé. De plus, le Canada abrite des sociétés quantiques de renommée mondiale, telles que D-Wave Quantum et Xanadu Quantum Technologies, ainsi que le spécialiste des logiciels 1QBit, ce qui témoigne d’une expertise tant en matière de matériel que de logiciels.

Le pays a également développé une expertise particulière en photonique et est largement reconnu pour ses performances exceptionnelles dans la recherche et les créneaux spécialisés.


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