Un lien entre deux mondes : La jetonisation fait le pont entre actifs numériques et actifs réels

Analyse
Perspectives

Depuis que la loi GENIUS Act a créé, en 2025, un cadre réglementaire pour les jetons stables aux États-Unis, le débat s’est concentré sur la question de savoir si les actifs numériques peuvent verser des intérêts. D’après nous, cette question éclipse le point le plus important, à savoir la nature potentiellement révolutionnaire du processus de jetonisation.

Partager

19 août 2026

Par Atul Bhatia, CFA

Les jetons stables, conçus pour maintenir la parité avec les monnaies traditionnelles, ont été au centre des discussions sur les actifs numériques. Cela est en grande partie attribuable à la nouvelle loi américaine qui fournit un cadre réglementaire à ce type d’actif.

Ironiquement, la majeure partie du récent débat a porté sur l’instabilité potentielle découlant de la croissance des jetons stables, certains commentateurs laissant entendre que les jetons stables pourraient finir par entraîner une panique généralisée aux États-Unis qui pousserait les clients des banques à retirer sans délai leur argent.

Non seulement nous trouvons ces affirmations extravagantes, mais nous pensons aussi qu’elles se concentrent sur des détails, au point de manquer la vision d’ensemble. L’aspect révolutionnaire des jetons stables n’est pas la rapidité ou l’efficacité du traitement des paiements, mais la conversion en jetons d’un actif grand public. Selon nous, c’est là que les investisseurs doivent concentrer leur attention, et non sur les détails de la politique de versement des intérêts.

Contexte et aperçu historique

Commençons par un peu de contexte.

Les jetons stables étaient à l’origine un instrument de liquidité et de placement à court terme pour les investisseurs en cryptomonnaies. L’objectif des jetons stables était simplement d’être un placement sûr, liquide et qui conserve sa valeur, afin que les investisseurs puissent rester dans l’écosystème de la cryptomonnaie et ne pas avoir à transférer leur argent dans un compte bancaire. La promesse était qu’un dollar investi en jetons stables maintiendrait sa valeur de un dollar, c’est-à-dire sa parité.

Pour y arriver, la plupart des créateurs de jetons stables ont adopté l’une des deux approches suivantes : (1) jetons stables adossés à des réserves et dont les émetteurs détiennent des valeurs du monde réel et des dépôts pour garantir leurs jetons; ou (2) approche algorithmique qui dépend de la valeur d’autres cryptoactifs.

Les jetons stables adossés à des réserves n’ont pas été sans problèmes. La Silicon Valley Bank (SVB) détenait d’importantes réserves de jetons stables. Sa faillite en 2023 a fait tomber certains jetons stables sous la parité. Toutefois, des pertes les plus importantes ont été enregistrées dans l’univers des jetons stables algorithmiques, où de multiples investisseurs ont subi une perte quasiment totale.

Malgré ces soubresauts, les jetons stables ont connu une croissance impressionnante. La valeur des jetons stables en circulation a augmenté, pour passer d’environ 5 G$ en 2019 à près de 300 G$ aujourd’hui.

GENIUS Act

Compte tenu des sommes en jeu, ce n’était qu’une question de temps avant que les organismes de réglementation s’en mêlent. Comme la faillite de SVB l’a démontré, il existe des liens indéniables entre le monde numérique et le monde physique, et une réglementation partielle équivaut à l’absence de réglementation en ce qui concerne certains types de risques systémiques.

Pour remédier à ces lacunes de la réglementation, les États-Unis ont adopté la Guiding and Establishing National Innovation for U.S. Stablecoins (GENIUS) Act, qui a établi le cadre réglementaire des jetons stables. Même si les organismes de surveillance sont encore en train de travailler sur certains détails, les grandes lignes de la loi sont les suivantes :

  • Jetons stables uniquement – la loi réglemente les actifs numériques rachetables à une valeur monétaire fixe; elle ne réglemente pas l’ensemble des cryptomonnaies.
  • Approbation préalable de l’émetteur – seules des entités approuvées par les États, le gouvernement fédéral ou des instances internationales peuvent émettre des jetons stables.
  • Réserves – les jetons stables doivent être garantis individuellement par des actifs de grande qualité comme des dépôts bancaires et des titres du Trésor américains. Les règles proposées sont particulièrement strictes en ce qui concerne la liquidité – même les prêts garantis ne peuvent être d’une durée supérieure à une journée et les obligations du Trésor doivent arriver à échéance dans les trois mois.
  • Assurance-dépôts – les jetons stables ne sont pas assurés par la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) ou toute autre entité du gouvernement américain, mais les avoirs de leur réserve peuvent bénéficier de cette protection.
  • Aucun versement d’intérêts autorisé – contrairement aux créateurs d’autres instruments d’épargne, les jetons stables ne peuvent verser d’intérêts.

Aux États-Unis, l’un des avantages visés par la GENIUS Act est de préserver la prédominance du dollar dans la finance mondiale. Les jetons stables sont pour le moment presque tous libellés en dollars américains. Il nous semble logique de consolider cette prédominance en instaurant une réglementation, d’autant que l’Union européenne envisage la possibilité de créer un euro numérique, c’est-à-dire un actif électronique qui servirait de monnaie numérique de la banque centrale. Une plateforme fondée sur la chaîne de blocs pourrait également apaiser les craintes de certains participants selon lesquelles l’écosystème du dollar expose les porteurs aux sanctions américaines et à la saisie de leurs actifs par le gouvernement des États-Unis.

Arguments intéressants

Avec l’application de la GENIUS Act, le débat s’est porté sur l’interdiction de verser des intérêts. Les émetteurs soutiennent que cette interdiction est un désavantage concurrentiel qui empêchera la catégorie d’actif de se développer ou de réaliser son potentiel – une affirmation claire et compréhensible, à notre avis.

Le système financier dans son ensemble et certains organismes de réglementation considèrent l’interdiction pour les jetons stables de verser des intérêts comme une protection vitale pour le système bancaire traditionnel. À notre avis, les choses sont un peu plus compliquées.

En effet, les restrictions réglementaires qui s’appliquent aux jetons stables les rendent presque équivalents aux obligations du gouvernement américain en ce qui a trait au risque de crédit. Les dépôts bancaires commerciaux ont un niveau de risque semblable, mais seulement jusqu’à leur limite d’assurance par la FDIC. De plus, même si l’assurance-dépôts ramène le risque de crédit au même niveau que celui des obligations d’État, la faillite d’une banque cause toujours des désagréments. Rétablir les paiements automatisés et les dépôts directs est compliqué, et il peut être difficile d’accéder à son argent pendant une brève période, ce qui peut causer des ennuis. Par conséquent, les jetons stables conformes à la réglementation peuvent être considérés comme supérieurs aux comptes de dépôt à vue traditionnels en ce qui concerne le risque et la commodité.

Si les jetons stables pouvaient également verser des intérêts, ce serait un autre coup porté aux comptes bancaires traditionnels. En temps normal, le fait que les jetons stables puissent générer des intérêts serait principalement une question de bénéfices pour les banques : avec l’arrivée d’un nouveau concurrent, les banques pourraient devoir payer plus cher pour les dépôts. Toutefois, comme les banques ont des options de placement plus lucratives que les bons du Trésor à 90 jours, la menace n’est pas existentielle, selon nous. Les banques pourraient facilement rivaliser avec les jetons stables en offrant un taux d’intérêt plus élevé, même si elles préféreraient ne pas en arriver là.

Le plus grand risque est ce qui se produit en période de difficultés pour les banques.

Les banques qui font face à des retraits massifs de la part des déposants peuvent habituellement compter sur deux facteurs : les intérêts et le temps. Pour les comptes dont la valeur est inférieure à la limite de 250 000 aux fins de l’assurance de la FDIC, les banques peuvent offrir de meilleurs taux, une tactique habituellement efficace. Dans le cas des comptes au solde plus élevé, les banques tentent de tirer parti du délai nécessaire pour ouvrir plusieurs comptes et transférer les fonds. Le délai – et la tentative de rassurer les investisseurs – peut être vital à la survie d’une banque.

Les jetons stables pourraient chambouler cette tactique. En vertu de la réglementation, chaque jeton doit être garanti par des actifs semblables aux valeurs du Trésor, ce qui signifie que chaque jeton stable est, en théorie, presque aussi sûr qu’un dépôt assuré par la FDIC. De plus, comme il s’agit d’actifs numériques, comprime l’échéancier des transferts, le délai nécessaire au transfert est réduit, le règlement et le traitement se faisant en tout temps. Pour les petits et les grands déposants, les jetons stables représentent une solution potentiellement intéressante pour sortir rapidement son argent d’une banque en difficulté.

Compte tenu de ces éléments, même lorsque la crise est légère ou limitée, il est en théorie possible qu’un grand nombre de déposants transfèrent leur argent vers les jetons stables. L’interdiction pour les jetons stables de payer des intérêts donne aux banques un levier qu’elles peuvent utiliser – elles peuvent offrir une rémunération plus élevée à plus long terme et ainsi conserver les dépôts. Si les jetons stables pouvaient également rivaliser sur cet aspect, le risque d’exode massif serait plus élevé et il n’existerait aucun moyen réaliste pour une banque de contrer une ruée vers les jetons stables, selon nous.

En fait, il serait possible pour les émetteurs de jetons stables d’organiser une action malveillante, comme proposer des taux élevés même si cela n’était pas rentable, pour attirer les dépôts et déclencher des retraits massifs, même en l’absence de crise.

Cumuler les arguments

C’est la théorie, du moins. Dans la pratique, nous sommes d’avis que les intérêts versés par les jetons stables seraient inoffensifs, mais que c’est mieux s’ils n’en versent pas pour le moment.

Selon nous, ce ne serait pas problématique, car les solutions de rechange aux comptes bancaires qui génèrent des intérêts sont déjà nombreuses dans le système financier. Les fonds du marché monétaire existent depuis un demi-siècle et les fonds d’obligations d’État offrent un versement d’intérêts et un risque de crédit semblable à celui des valeurs du Trésor américain. Il existe certaines différences entre un fonds du marché monétaire et la structure juridique des jetons stables, mais rien qui, selon nous, changera le comportement des déposants en cas de crise.

Les jetons stables ne créent pas de risque de fuite des déposants

La taille des plus importants fonds du marché monétaire (barres bleues) montre qu’il existe des solutions de rechange aux jetons stables (barre jaune) (milliards de dollars)

La taille des plus importants fonds du marché monétaire montre qu’il existe des solutions de rechange aux jetons stables

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Securities and Exchange Commission des États-Unis

Le graphique à colonnes compare la taille des 19 plus importants fonds du marché monétaire à la valeur des jetons stables en circulation en date d’août 2026. Les actifs sous gestion des plus importants fonds du marché monétaire vont d’environ 450 G$ à environ 135 G$. La valeur totale actuelle des jetons stables est d’environ 300 G$.

En fait, un intermédiaire n’est vraiment pas nécessaire. Si un déposant s’inquiète vraiment de la santé d’une banque, il peut facilement acheter un bon du Trésor américain.

À notre avis, l’idée selon laquelle le versement d’intérêts par les jetons stables représenterait une menace pressante pour la stabilité financière n’est donc pas compatible avec le comportement adopté par les déposants en période de tensions financières.

Nous pouvons penser à plusieurs raisons pour lesquelles les déposants conservent leur compte bancaire :

  • Obligations contractuelles – il est habituel pour les banques de lier les prêts aux entreprises au solde des dépôts. Pour les sociétés qui empruntent, il n’y a pas de solution de rechange viable.
  • Inertie – la législation concernant la lutte contre le blanchiment d’argent exige de fournir beaucoup de documents, ce qui peut rendre l’ouverture d’un compte pénible. Éviter ce désagrément connu pourrait valoir plus que le désagrément de devoir faire affaire avec la FDIC.
  • Ignorance – pour les petits déposants, le compte bancaire est parfois le seul instrument qu’ils connaissent bien, et même les grands déposants peuvent ne pas bien connaître la différence de profil de risque entre les fonds du marché monétaire, les obligations d’État et les fonds négociés en bourse (FNB) de titres du Trésor américain.

Bref, nous pensons qu’il est invraisemblable que les déposants, qui pendant des décennies ont évité les solutions de rechange existantes aux comptes bancaires traditionnels qui versent des intérêts, se mettent soudainement à se tourner en grand nombre vers les jetons stables.

Il est essentiel de choisir le bon moment

Même si la menace pour le système financier américain ne nous semble pas plausible, nous croyons qu’il y a quand même deux arguments valides qui militent contre le versement d’intérêts par les jetons stables.

L’un d’eux est simplement les enjeux. Selon nous, même une faible probabilité d’effondrement du système financier justifie une approche prudente. Ajoutons à cela le fait que toute fuite systémique potentielle se produirait rapidement et serait probablement irréversible, et nous croyons que les arguments en faveur du versement d’intérêts doivent être incontestables. Nous ne voyons tout simplement pas ce genre d’avantage.

Le deuxième argument veut que des jetons stables productifs d’intérêts agissent comme des placements à court terme à faible risque dans un contexte où le monde entier cherche à financer des actifs de longue durée, comme les obligations des régimes de retraite publics, les centres de données d’IA et l’agrandissement et la consolidation du réseau électrique.

Si les jetons stables attiraient les dépôts bancaires, cela compliquerait le financement du déficit américain, par exemple. Il est vrai que les jetons stables permettent de diriger plus de capitaux vers les titres d’État américain, mais uniquement vers les titres dont l’échéance est d’au maximum trois mois; or, le financement de ces titres ne semble pas poser de problème. En revanche, les banques sont d’importants acheteurs de titres du Trésor à long terme, un rôle que les jetons stables ne peuvent pas remplir légalement.

Nous sommes d’avis que les jetons stables ne constituent probablement pas une menace existentielle pour le système financier américain, mais ne sont « probablement » pas suffisamment avantageux non plus. Plus important encore, nous croyons que les jetons stables sont mal adaptés au contexte actuel, offrant peu d’avantages réels à ceux qui en détiennent, tout en compliquant le financement des principaux moteurs économiques.

L’intérêt des jetons

Même si la question des intérêts fait couler beaucoup d’encre et suscite d’importants efforts de lobbyisme, il est surprenant de constater que le caractère révolutionnaire de cette catégorie d’actifs soit si peu abordé, c’est-à-dire la création d’une représentation numérique d’un actif du monde réel, un processus connu sous le nom de jetonisation.

Il existe plusieurs définitions de la jetonisation, mais la principale est la représentation de la propriété d’actifs physiques sous forme de chaîne de blocs ou vérifiée numériquement. Cela signifie que toute personne ayant accès au grand livre numérique peut instantanément savoir qui est propriétaire de quoi, et cette propriété peut être transférée en toute sécurité et presque instantanément entre des parties.

S’il ne verse pas d’intérêts, nous voyons le jeton stable comme un dollar « jetonisé »; s’il versait des intérêts, nous le considérerions comme un fonds du marché monétaire « jetonisé » investissant dans des titres d’État. À strictement parler, les jetons stables sont des obligations de leur émetteur, mais en raison de la réglementation stricte sur les réserves, ils fonctionnent comme des versions jetonisées des marchés monétaires ou des changes.

Dans les deux cas, les jetons stables clarifient la propriété d’un actif au moyen du grand livre numérique et permettent un transfert rapide et à faible coût. Comme, selon la loi, ils sont rachetables en dollars physiques à un taux fixe, les jetons stables sont un lien entre le monde physique et le monde numérique. Les mouvements dans le monde numérique représentent des actions dans le monde physique.

La jetonisation peut ne pas sembler révolutionnaire, mais elle supprime le compromis actuel entre la certitude de la propriété et l’efficacité du transfert d’actifs.

Prenons l’immobilier, par exemple. Dans ce domaine, la priorité qui vise à établir la certitude de la propriété a donné lieu à la mise en place d’un registre central, scrupuleusement contrôlé par les responsables des comtés, avec plusieurs confirmations avant qu’un changement ne soit enregistré. Cette méthode est sûre, mais elle engendre une procédure de transfert lente, inefficace et coûteuse.

À l’autre bout du spectre, il y a le marché des emprunts sur créances, qui fonctionne principalement au moyen de feuilles de calcul envoyées par courriel. La méthode est extrêmement rapide et efficace, mais elle n’offre aucune certitude concernant la propriété des créances. Ce manque de clarté favorise les abus, comme offrir la même garantie à plusieurs prêteurs. C’est en exploitant cette faiblesse dans l’enregistrement de la propriété que First Brands, fabricant de pièces automobiles qui a fait faillite, aurait été en mesure d’obtenir plus de 2 G$ de prêts frauduleux.

L’avantage de la jetonisation est qu’elle satisfait aux deux exigences de clarté et d’efficacité. Les registres des chaînes de blocs offrent une certitude quant à la propriété; les plateformes numériques constituent un mécanisme de transfert efficace. Comme le registre est central et public, les fraudeurs ne peuvent pas revendre le même actif plusieurs fois, et les opérations légitimes sont traitées rapidement.

Diviser pour régner

Encore à ses débuts, la jetonisation devrait principalement être utilisée par les grandes banques, qui cherchent à réduire les risques et les coûts liés aux délais. Ce processus a déjà commencé et nous pensons qu’il s’accélérera.

Ce qui est plus intéressant, à notre avis, est ce que la jetonisation peut offrir en ce qui a trait à l’élargissement des garanties admissibles et à la divisibilité des actifs. À l’heure actuelle, l’affacturage et le financement du commerce international sont réservés aux grandes entreprises. Les petites entreprises ne peuvent pas gérer la documentation nécessaire et les prêteurs n’ont pas grand intérêt à travailler avec elles. Nous croyons que la jetonisation élimine ces barrières.

Les montants potentiels en jeu sont substantiels. La Banque asiatique de développement estime que la demande de financement du commerce international non satisfaite s’élève à près de 2 500 G$, et la Réserve fédérale américaine indique que les créances clients détenues par des sociétés non financières totalisent près de 6 000 G$. Débloquer ne serait-ce qu’une petite partie de ces sommes pourrait avoir une incidence importante dans le monde réel.

La jetonisation facilite également la divisibilité. Pensez à une maison. Dans le monde réel, il n’est en général pas possible de vendre une moitié de maison. Toutefois, la jetonisation rend la vente partielle possible : une maison pourrait être représentée par 100 jetons, chacun valant 1 % de la valeur du bien. Pour les personnes qui approchent de la retraite et qui cherchent à vendre leur maison pour un logement plus petit, la jetonisation pourrait leur permettre de vendre graduellement ce qui est souvent un actif de grosse taille, plutôt que d’espérer que le marché immobilier leur soit favorable au moment où ils planifient partir à la retraite.

La divisibilité fonctionne également sur le marché du financement d’équipement. Les sociétés de financement spécialisé ont une prédominance dans ces domaines, car les sommes empruntées sont élevées. Toutefois, la jetonisation ouvrirait la porte à un plus grand nombre de prêteurs potentiels. Financer l’achat d’un tracteur ou d’une autre machine agricole pouvant coûter des centaines de milliers de dollars, voire jusqu’à un million dans le cas des machines les plus imposantes et les plus avancées d’aujourd’hui, est assez difficile pour un non-spécialiste. Il est plus facile de demander à un millier d’investisseurs d’investir 1 000 $.

La jetonisation résout différents problèmes pour différents secteurs

La jetonisation résout différents problèmes pour différents secteurs

Source : RBC Gestion de patrimoine

Le graphique présente les principaux avantages de la jetonisation dans quatre catégories de besoins financiers : l’immobilier résidentiel, l’immobilier commercial, le financement du commerce et l’affacturage des comptes clients. Pour les catégories de l’immobilier, les avantages comprennent la divisibilité des actifs et des coûts d’opération plus bas, et pour le financement du commerce et l’affacturage des comptes clients, les avantages sont la certitude de la propriété et un accès élargi aux prêts.

Il y a des limites à l’adoption de la jetonisation et à ses effets. Les structures juridiques doivent suivre le rythme. Bien que la jetonisation puisse donner un droit de propriété reconnu dans le monde numérique, les tribunaux du monde réel devront être en mesure de faire respecter ce droit. Les jetons actuels sont des contrats relativement simples, mais à mesure que leur utilisation s’étend à l’échelle mondiale et que les actifs admissibles deviennent de plus en plus nombreux, il faudra adopter des lois ou les modifier pour tenir compte des nouvelles structures. La jetonisation se heurte également à certaines limites du monde réel. Financer un tracteur au moyen de la jetonisation est une bonne chose, mais quelqu’un doit être en mesure de reprendre le véhicule si les modalités du prêt ne sont pas respectées.

En résumé

L’accent mis sur la pertinence de permettre aux jetons stables de verser des intérêts ressemble à celui mis par les commerçants d’Amsterdam au 17e siècle sur le plan de voile que les navires de la nouvelle Dutch East India Company utiliseraient pour leurs traversées. Les répercussions économiques qui ont suivi ne venaient pas des modalités de chaque transaction, mais plutôt de la nature transformationnelle de la société par actions et de la négociation sur le marché secondaire.

Dans le même ordre d’idées, les jetons stables sont une flèche qui a son utilité dans le carquois des investisseurs du marché monétaire. Toutefois, si l’histoire s’arrêtait là, nous ne croyons pas que cette flèche aurait une grande utilité. Nous pensons plutôt que le véritable impact des jetons stables se fera sentir lorsque la jetonisation connaîtra une plus large adoption et que la frontière entre l’économie virtuelle et le monde physique s’estompera.


RBC Gestion de patrimoine est une division opérationnelle de Banque Royale du Canada. Veuillez cliquer sur le lien « Conditions d'utilisation » qui figure au bas de cette page pour obtenir plus d'information sur les entités qui sont des sociétés membres de RBC Gestion de patrimoine. Nous n'approuvons ni ne recommandons le contenu de cette publication, qui est fourni à titre d'information seulement et ne vise pas à donner des conseils.

® / MC Marque(s) de commerce de Banque Royale du Canada utilisée(s) sous licence. © Banque Royale du Canada 2026. Tous droits réservés.


Entrons en contact


Nous voulons discuter de votre avenir financier.

Articles connexes

Les circonstances limitent la liberté de la Fed

Analyse 8 minutes de lecture
- Les circonstances limitent la liberté de la Fed

Un rôle en évolution pour le dollar et la Fed

Analyse 7 minutes de lecture
- Un rôle en évolution pour le dollar et la Fed

La boîte à outils imparfaite de la Réserve fédérale

Analyse 7 minutes de lecture
- La boîte à outils imparfaite de la Réserve fédérale