Le pays a vu émerger un nouveau moteur pour ses exportations, et il n’a pas été touché par le conflit au Moyen-Orient dans la même mesure que de nombreux autres pays. Cet article analyse les résultats économiques actuels de la Chine et les perspectives du marché boursier pour le reste de l’année 2026.
4 juin 2026
Par Jasmine Duan
La Chine a enregistré une solide croissance économique au premier trimestre, et les investisseurs prévoyaient une reprise des bénéfices élargie dans différents secteurs. Toutefois, le conflit au Moyen-Orient et le boom des dépenses mondiales en IA ont modifié la trajectoire économique que beaucoup prévoyaient au début de l’année.
De l’avis de nombreux experts chinois de l’énergie, le pays est relativement bien protégé des chocs directs sur les prix de l’énergie en raison de sa politique de « sécurité énergétique ». Le pays diversifie ses sources de pétrole brut parmi différents fournisseurs, aucun fournisseur ne représentant plus de 20 % des importations totales de pétrole de la Chine.
La consommation d’énergie du pays est également plus diversifiée et moins chère que dans la plupart des pays, le charbon comptant pour près de la moitié et le reste étant réparti entre les combustibles fossiles et les énergies renouvelables, dont l’hydroélectricité, l’énergie solaire, l’énergie éolienne et l’énergie nucléaire.
De plus, la Chine accumule stratégiquement des réserves de pétrole en période de faiblesse des prix. Les analystes estiment que les réserves totales de pétrole de la Chine se situent entre 1,3 et 1,4 milliard de barils, mais nous et d’autres experts croyons que le chiffre réel pourrait être supérieur de 30 % à 40 %, ce qui permet de couvrir plus d’une année de consommation de pétrole au rythme actuel de prélèvement. Cela donne aux décideurs la souplesse nécessaire pour réagir aux perturbations énergétiques prolongées.
La diversification du bouquet énergétique et les réserves de stocks en Chine ont retardé l’incidence des perturbations dans le détroit d’Ormuz. Toutefois, les répercussions du conflit au Moyen-Orient sont devenues visibles dans certaines données économiques d’avril. Les activités industrielles ont été les plus touchées, la production de produits pétroliers raffinés et de produits chimiques affichant les plus fortes baisses mensuelles consécutives. Nous pensons que l’inflation des prix à la production en Chine devrait continuer à augmenter au cours des prochains mois, même si elle part d’un niveau plus bas que dans de nombreux pays. Les sociétés seront exposées à la hausse des coûts des intrants et au ralentissement de la demande à mesure que le conflit se prolongera.
Les exportations liées à l’IA sont devenues un nouveau moteur des exportations cette année. Les exportations totales de la Chine ont atteint des niveaux records en avril, à environ 350 milliards de dollars américains par mois en données désaisonnalisées, soit une hausse de 14 % sur 12 mois. Environ la moitié de cette expansion découle de biens qui soutiennent le développement mondial d’infrastructures d’IA.
Toutefois, la Chine occupe une position en aval dans la chaîne de valeur de l’IA, contrairement à la Corée du Sud et à Taïwan, qui produisent des semi-conducteurs de pointe. Ce positionnement exige que la Chine importe des quantités importantes de composants liés à l’IA à des fins d’utilisation intérieure ou d’assemblage final. Par conséquent, les importations chinoises ont bondi parallèlement aux exportations. Cette hausse simultanée des deux flux signifie que le boom de l’IA a eu une incidence nette minimale sur l’excédent commercial de la Chine.
Cela contraste fortement avec d’autres secteurs d’exportation récents, comme les panneaux solaires et les véhicules électriques, où la majeure partie de la chaîne d’approvisionnement se déroule à l’intérieur des frontières chinoises.
Nous pensons qu’il y a deux façons d’en examiner les implications :
Dans l’ensemble, nous estimons que ces deux facteurs, ainsi que la poursuite du rythme des dépenses en IA et la durée du conflit au Moyen-Orient, influenceront largement les perspectives commerciales de la Chine pour le reste de l’année.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données mensuelles jusqu’au 30 avril 2026
Le graphique linéaire suit la valeur mensuelle, en dollars américains, des exportations et des importations de circuits intégrés de la Chine de janvier 2022 à avril 2026. Pendant la majeure partie de la période, la valeur des exportations de circuits intégrés a fluctué entre environ 10 G$ US et 20 G$ US; en mars 2026, les exportations ont commencé à augmenter fortement, puis ont bondi de 100 % sur 12 mois pour s’établir à 31 G$ US en avril 2026. La valeur des importations a fluctué entre environ 25 G$ US et 40 G$ US pour la majeure partie de la période; en mars 2026, les importations ont commencé à augmenter fortement et ont grimpé de 55 % sur 12 mois pour s’établir à 54 G$ US en avril 2026.
Le président américain Donald Trump a conclu sa visite à Beijing le 15 mai. Malgré les faibles attentes initiales, certains investisseurs ont encore exprimé leur déception à l’égard du résultat en raison de l’absence d’une déclaration commune et d’un accord commercial global. Les comptes rendus des deux parties ont également révélé des priorités divergentes.
Dans sa déclaration, la Chine a mis l’accent sur l’établissement de relations commerciales stables et durables, tandis que les États-Unis se sont concentrés sur l’augmentation des achats de biens américains par la Chine, la réouverture du détroit d’Ormuz et la dénucléarisation de la Corée du Nord.
Nous estimons néanmoins que cette réunion a permis de réaliser des progrès concrets. Les deux pays ont convenu de créer un conseil commercial américano-chinois et un conseil des investissements américano-chinois chargés de gérer les questions quotidiennes relatives au commerce et aux investissements bilatéraux. Ces organismes viseront à trouver des solutions à long terme pour des relations commerciales et d’investissement plus prévisibles et stables.
Même si des différences fondamentales et des tensions structurelles persistent, les résultats du sommet semblent pragmatiques, à notre avis. Il convient notamment de noter que l’invitation adressée par Trump au président Xi Jinping pour qu’il se rende aux États-Unis à l’automne nous laisse penser que le risque d’une nouvelle escalade à court terme avant cette visite est moindre.
La crise au Moyen-Orient a créé des incertitudes pour la reprise économique de la Chine et reporté la reprise plus large prévue des bénéfices des sociétés.
Au niveau de l’indice, les actions chinoises ont fait preuve de résilience depuis le début du conflit. Néanmoins, le rendement en date de l’année demeure relativement faible par rapport à celle des principaux marchés de référence, en particulier des marchés régionaux, tels que la Corée du Sud et Taïwan.
Nous pensons que le rendement reflète en partie la composition de l’indice. Les secteurs de la consommation discrétionnaire et de la finance représentent respectivement 26 % et 19 % de la pondération de l’indice MSCI Chine, tandis que les sociétés de matériel technologique sont sous-représentées par rapport aux autres grands marchés, ce qui limite la capacité de l’indice à tirer parti de la vigueur du secteur de la technologie de l’information.
Néanmoins, compte tenu de la forte hausse de la demande mondiale en produits liés à l’IA et de l’accélération de la transition vers l’électrification, nous estimons que le secteur technologique chinois, notamment les sociétés actives dans les filières de l’IA, de la robotique humanoïde et des batteries au lithium, est bien placé pour tirer parti de cette tendance et semble sous-évalué.
Nous recommandons de maintenir une pondération égale à celle du marché dans les actions chinoises au sein des portefeuilles mondiaux. Cette répartition procure une résilience en cas d’escalade du conflit au Moyen-Orient, tout en positionnant les investisseurs de façon à tirer parti du potentiel de hausse de la croissance de l’IA.
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