Pendant que le Moyen-Orient est aux prises avec une crise aiguë, il est utile de tenir compte de la façon dont les conflits militaires et les événements géopolitiques importants précédents ont influé sur le marché boursier américain et de ce que peuvent retenir de l’histoire les investisseurs aujourd’hui.
5 mars 2026
Kelly Bogdanova Vice-présidente et analyste de portefeuilleServices-conseils en gestion de portefeuille – États-Unis
Lors de 20 interventions et hostilités militaires majeures menées après la Seconde Guerre mondiale que nous avons évaluées, l’indice S&P 500 a reculé de 6 % en moyenne, du moment où le marché a été initialement touché au creux. Dans 19 de ces 20 cas, le marché n’a pris en moyenne que 28 jours pour revenir au niveau d’avant ces événements.
Ces remontées se sont produites malgré des interventions qui ont duré plus longtemps, parfois beaucoup plus longtemps (des années, voire des décennies). Autrement dit, la durée d’un conflit particulier n’a jamais eu une grande incidence sur le rendement du marché.
Ce ne sont que des statistiques ponctuelles moyennes qui ne disent pas tout. Comme pour de nombreuses études comportant de petits échantillons, il y a des écarts importants.
Souvent, le rendement des marchés après de tels événements présentait des contours uniques, surtout lorsque l’offre d’énergie était perturbée ou aurait pu l’être, un enjeu pertinent pour la crise actuelle au Moyen-Orient, qui s’est propagée bien au-delà de l’Iran et d’Israël aux États arabes du Golfe, riches en pétrole et en gaz naturel.
Deux événements qui ont entraîné un choc pétrolier ont entraîné des pertes de plus de 10 % sur le marché boursier : la guerre de Yom Kippour et l’embargo pétrolier arabe en 1973, et l’invasion du Koweït et la saisie de ses champs de pétrole par l’Irak en 1990. L’indice S&P 500 a lâché 16,1 % et 15,9 %, respectivement, durant ces événements.
Le marché boursier a reculé de « seulement » 7,4 % au cours du troisième choc pétrolier lié à une opération militaire – soit le début de l’intervention de la Russie en Ukraine.
Nuances associées à deux de ces événements :
Les données encerclées en rouge indiquent les événements touchés par les flambées des prix du pétrole brut.
* Les dates tentent de saisir toute incidence importante ayant précédé l’événement; les dates de début réelles peuvent différer.
** Après l’embargo sur le pétrole arabe, d’autres facteurs économiques et monétaires ont eu une incidence négative sur le nombre de jours nécessaires pour renouer avec l’équilibre; cet événement n’est pas pris en compte dans la moyenne.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, RBC Gestion mondiale d’actifs, National Security Archive à l’Université George Washington, Wikipédia, U.S. Naval Institute
Les tendances de l’économie et des bénéfices des sociétés influent fortement sur le rendement des marchés boursiers à moyen et à long terme, et les interventions militaires peuvent avoir une incidence sur ces tendances dans de rares cas.
La bonne nouvelle, c’est qu’en amont de la crise au Moyen-Orient, nos indicateurs économiques avancés aux États-Unis n’indiquaient pas de risques accrus de récession dans ce pays. Les tendances des dépenses de consommation, du secteur des services et de l’emploi ont été relativement robustes, mais ce dernier présente des difficultés sous la surface. La période actuelle de publication des résultats du quatrième trimestre de 2025 a montré des tendances respectables en matière de bénéfices, de revenus et de marges bénéficiaires, et les prévisions consensuelles de bénéfices ont encore été relevées.
Malgré des prévisions de croissance du PIB des États-Unis supérieures à la moyenne pour 2026, RBC Gestion mondiale d’actifs estime que la crise au Moyen-Orient « a entraîné un nouveau risque macro [économique] important et, même si ce type d’intervention militaire n’a habituellement pas d’importance économique durable, nous reconnaissons que l’éventail des résultats potentiels pour l’économie et les marchés s’est élargi. L’Iran et le Moyen-Orient sont des sources essentielles d’énergie pour le monde et, si le conflit se prolonge, voire s’intensifie, les restrictions à l’offre de pétrole ou la hausse des prix du pétrole brut pourraient entraver l’activité économique ou peser sur la confiance des investisseurs. »
L’équipe de la stratégie relative aux produits de base de RBC Marchés des Capitaux a prévenu que, dans un scénario de conflit prolongé, le cours du pétrole pourrait atteindre plus de 100 $ le baril, et les prix mondiaux du gaz naturel pourraient atteindre leur plus haut niveau depuis le premier trimestre de 2023.
En ce qui concerne le marché boursier américain, l’équipe Stratégie sur actions de RBC Marchés des Capitaux formule une mise en garde importante au sujet des prix de l’énergie : « … la principale question n’est pas de savoir s’il y a une flambée à court terme des prix du pétrole. Ce qui est plus pertinent pour les actions, à notre avis, est de savoir si une incidence soutenue sur les prix du pétrole est observée, ce qui, selon nous, pourrait nuire davantage à la confiance à divers degrés. »
Selon nous, si un long choc pétrolier se produit et qu’il alimente l’inflation, une grande partie de la population américaine n’a pas beaucoup de marge de manœuvre pour l’absorber. De nombreux ménages sont toujours aux prises avec la hausse cumulative de 26 % de l’inflation des prix à la consommation qui s’est produite depuis janvier 2020, juste avant la COVID-19.
Nous croyons qu’il est prudent pour les investisseurs de supposer que les risques militaires et géopolitiques peuvent entraîner le marché boursier américain dans un repli temporaire de 5 % à 10 % ou, dans de rares cas, dans une correction encore plus durable de plus grande ampleur.
De plus, comme l’indice S&P 500 se rapproche actuellement de son sommet historique, de tels délestages doivent être mis en perspective. Bien que la baisse moyenne de 6 % des 20 derniers épisodes ne soit pas négligeable, elle se situe bien à l’intérieur des limites d’un repli typique et modeste dans de nombreux scénarios auxquels les marchés sont souvent confrontés, y compris des scénarios qui n’ont rien à voir avec des affrontements militaires.
Les brefs replis en milieu d’année sont courants, même lorsque le marché finit par se comporter bien pour l’ensemble de l’année. L’indice S&P 500 a fléchi d’au moins 10 % à un moment donné au cours de l’année lors de plus de la moitié des années écoulées depuis 1980.
Comme nous l’avons déjà souligné, les années d’élections de mi-mandat ont souvent été accompagnées de turbulences sur les marchés. Au cours des 23 années de mi-mandat écoulées depuis 1934, l’indice S&P 500 a connu un repli digne de mention, affichant une baisse moyenne du sommet au creux d’un peu plus de 20 % – habituellement suivie, il faut le dire, d’un rebond robuste où de nouveaux sommets sont atteints.
S’il n’est pas possible de maintenir la répartition actuelle en actions du portefeuille d’un investisseur pendant ces types de baisses et d’épisodes de volatilité, il pourrait exister un décalage entre la pondération des actions et les besoins de liquidité, la tolérance au risque ou l’horizon de placement qui devrait être corrigé.
Nous recommandons le maintien d’une pondération des actions américaines égale à celle du marché (niveau de répartition stratégique à long terme) dans les portefeuilles, tant que les indicateurs signalent que l’expansion économique aux États-Unis devrait persister et que la croissance des bénéfices de l’indice S&P 500 n’est pas sérieusement menacée.
Toutefois, nous sommes conscients que la crise au Moyen-Orient est très fluide et imprévisible, et que les événements pourraient s’intensifier.
Nous pensons qu’il est prudent de s’attendre à une volatilité des marchés potentiellement inquiétante cette année et de planifier en fonction de celle-ci.
Pour en savoir plus sur les risques liés au pétrole brut et au gaz naturel liés à cette crise et obtenir notre point de vue sur les perspectives des principaux marchés boursiers et obligataires, consultez notre récent rapport Perspectives mondiales [en anglais] de mars.
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