Les marchés ont traversé bien des épreuves cette année – et jusqu’à présent, les bénéfices racontent une histoire optimiste.
4 juin 2026
Jim Allworth Stratégiste, PortefeuillesRBC Dominion valeurs mobilières
Les marchés ont connu bien des remous cette année – d’un choc géopolitique brutal à une hausse de la demande dans l’intelligence artificielle (IA). Mais ce sont les bénéfices qui déterminent l’évolution des marchés boursiers, et les perspectives restent optimistes, pour l’instant.
L’indice S&P 500 et l’indice canadien S&P/TSX ont atteint de nouveaux sommets récemment, après avoir composé avec la liquidation de février et mars liée au conflit en Iran. La plupart des autres grands marchés leur ont emboîté le pas.
Le rendement exceptionnel du S&P, en hausse de 9,3 % depuis le début de l’année, est largement attribuable aux rapides révisions à la hausse des bénéfices pour les sociétés de l’indice. Les prévisions consensuelles de Bloomberg concernant les bénéfices de 2026 s’élèvent à 341 $ par action, ce qui représente une amélioration de 9 % depuis le début de l’année. Si la tendance se vérifie, l’augmentation des bénéfices pourrait atteindre 23 % par rapport à 2025.
Ces prévisions s’appuient sur le fait que l’économie américaine semble prendre de la vitesse. Parmi les entreprises sondées par la Business Roundtable, 81 % s’attendent à une hausse de leurs ventes au cours des six prochains mois, comparativement à 74 % au dernier trimestre. Les prévisions d’amélioration des ventes ont entraîné une hausse notable de la proportion de sociétés sondées qui envisagent d’augmenter leurs dépenses en immobilisations et d’embaucher plus de travailleurs.
Ce regain d’optimisme des entreprises américaines survient dans un contexte d’amélioration de la productivité et de demandes de prestations de chômage peu élevées, tandis que l’indice GDPNow de la Réserve fédérale d’Atlanta prévoit une progression de 3,0 % du PIB au deuxième trimestre. On peut en déduire que l’économie américaine ne s’est pas mise en pause dans l’attente de la réouverture du détroit d’Ormuz. Dans une certaine mesure, la Chine et le Canada non plus. La Chine a consacré une grande partie de l’année dernière à augmenter considérablement ses réserves de pétrole à bas prix, tandis que le Canada est un grand exportateur net de pétrole et de gaz naturel.
Au Canada, le TSX a surpassé le S&P, réalisant une progression de 10 % à fin mai grâce à de solides résultats dans les secteurs de la finance et de l’énergie. Comme pour l’indice américain, ce rendement est principalement attribuable à l’augmentation des bénéfices du TSX. Toutefois, contrairement à celle des États-Unis, l’économie du Canada stagne en raison des pressions subies, parmi lesquelles les craintes pour la sécurité de l’emploi suscitées par l’incertitude commerciale et l’IA, le fléchissement du marché immobilier, et le coût élevé de l’essence, de l’épicerie, du loyer et des hypothèques. Un certain soulagement devrait survenir dans les 12 à 18 prochains mois, mais les choses pourraient aussi empirer avant de s’améliorer.
Toutes les économies sont à l’affût de la situation dans le détroit d’Ormuz. Le rétablissement de la libre circulation des navires pourrait faire baisser les prix du pétrole et du gaz naturel et réduire les risques de pénurie, non seulement pour les carburants, mais aussi pour les engrais et les produits chimiques industriels essentiels. Les coûts d’exploitation de nombreux secteurs et entreprises s’en trouveraient considérablement allégés, surtout dans l’agriculture où les prix du carburant et des engrais ont un impact majeur sur les coûts alimentaires mondiaux. Une baisse des prix à la pompe et dans les épiceries donnerait un coup de pouce bienvenu aux budgets des ménages, et améliorerait la confiance des consommateurs partout dans le monde.
Plus le détroit demeure fermé, plus le risque que l’inflation continue de grimper et se répercute sur l’ensemble de l’économie est élevé. Si cette impasse se prolongeait jusqu’à l’été, la situation pourrait pousser la Fed et peut-être la Banque du Canada à envisager des hausses de taux.
Selon nous, il est probable que les rendements obligataires américains augmenteront avant qu’une politique de hausse des taux soit mise en place. La hausse des rendements obligataires pourrait éroder les marges bénéficiaires, faire pression sur les flux de trésorerie des sociétés et tempérer l’appétit pour les dépenses en immobilisations, biens durables et habitation neuve, tout en réduisant la valeur des bénéfices futurs dans les calculs de valorisation des actions.
Toutefois, à moins d’un cycle de hausses de taux multiples initié par la Fed, rien ne semble susceptible de plonger les États-Unis dans une récession économique ou de remettre en question les perspectives de bénéfices cette année.
Cela dit, l’éventualité d’une correction au second semestre 2026 n’est pas exclue – que ce soit en raison de complications dans le détroit d’Ormuz, d’une envolée des rendements obligataires ou du poids d’un calendrier de PAPE chargé cet automne.
Les perspectives du marché américain continueront d’être dominées par l’effervescence de l’IA. Les dépenses sans précédent des sociétés technologiques à mégacapitalisation sont manifestes, avec de nouveaux engagements qui bondissent à des niveaux plus élevés que prévu, apparemment d’un mois à l’autre.
Un plus grand nombre d’entreprises non technologiques déclarent également qu’elles investissent dans l’IA. À ce jour, peu d’entre elles peuvent faire valoir un rendement du capital investi durable à la suite de leurs dépenses en IA. Cela ne ralentira pas de sitôt les dépenses, mais à notre avis, les rendements seront nécessaires pour justifier les dépenses en IA.
Dans l’état actuel des choses, il semble raisonnable d’attendre un ratio estimatif de 21 fois les bénéfices prévisionnels pour le S&P 500, étant donné que les bénéfices de l’indice devraient s’apprécier de 23 % cette année et de 15 % l’an prochain. Cela dit, tout événement venant contrecarrer ces prévisions ou lever de nouvelles incertitudes pourrait rendre plus difficile d’atteindre les cibles de hausse des marchés boursiers.
Nos conseils de positionnement restent les mêmes : les portefeuilles devraient rester investis en actions à la hauteur de la pondération cible à long terme des investisseurs, mais pas au-delà. Et il est préférable d’avoir un plan pour adopter une position plus défensive si les conditions l’exigent avant que cela ne soit nécessaire.
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