Expansion de l’IA au sein des grandes sociétés technologiques

Analyse
Perspectives

À notre avis, les investissements dans l’IA peuvent continuer. La transition vers la monétisation, le rendement du capital investi et les applications dans les entreprises plaident en faveur de la diversification au-delà des grandes sociétés technologiques pour saisir des occasions plus larges.

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3 février 2026

Par Joseph Wu, CFA

Points clés

  • L’expansion sans précédent des infrastructures d’IA des grandes sociétés technologiques, financée par des liquidités internes, teste les limites de la durabilité de la croissance.
  • Le ratio dépenses en immobilisations/revenus, qui a atteint un sommet inégalé en dix ans, laisse entrevoir la fin des modèles exigeant peu de capitaux, mais introduit de nouveaux risques et de nouvelles occasions liés à l’IA.
  • Le discours autour de l’adoption de l’IA évolue et accorde une plus grande importance à la monétisation et aux applications tangibles.
  • Les rendements évolutifs deviennent plus importants que la taille des investissements.

Des dépenses qui s’emballent

Le lancement de ChatGPT à la fin de 2022 a enclenché l’un des cycles de dépenses en immobilisations les plus rapides et les plus importants depuis des décennies. Ces dépenses concernent les infrastructures nécessaires pour entraîner et déployer l’IA à grande échelle : semiconducteurs, équipements réseau, systèmes électriques et centres de données. Les grandes sociétés technologiques américaines dominantes mènent le bal de cet essor des investissements et rivalisent pour s’imposer comme chefs de file dans ce que l’on considère de plus en plus comme une technologie polyvalente transformationnelle.

Les dépenses en immobilisations de ces sociétés ont plus que doublé au cours des deux dernières années, atteignant 427 milliards de dollars en 2025. Cet élan ne semble pas faiblir à l’approche de 2026; en effet, les dépenses devraient encore augmenter de 30 % sur 12 mois pour atteindre environ 562 milliards de dollars. Elles sont toutefois réparties de façon inégale, Microsoft, Amazon, Alphabet, Meta et, plus récemment, Oracle contribuant à la majeure partie de l’augmentation.

Les dépenses en immobilisations des grandes sociétés technologiques continuent d’augmenter

Dépenses en immobilisations annuelles des grandes sociétés technologiques (en G$ US)

Dépenses en immobilisations annuelles des grandes sociétés technologiques (en G$ US)
  • Amazon
  • Alphabet
  • Microsoft
  • Meta Platforms
  • Oracle
  • Apple
  • Nvidia
  • Broadcom

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données en date du 28 janvier 2026; données de 2025 et subséquentes : prévisions consensuelles de Bloomberg

Le graphique à colonnes montre les dépenses en immobilisations annuelles de huit grandes sociétés technologiques (Alphabet, Amazon, Apple, Broadcom, Meta Platforms, Microsoft, Nvidia et Oracle) de 2020 à 2024, et les prévisions consensuelles de dépenses pour 2025, 2026 et 2027. Les dépenses totales s’élèvent à 107 milliards de dollars en 2020, 143 milliards de dollars en 2021, 172 milliards de dollars en 2022, 168 milliards de dollars en 2023 et 256 milliards de dollars en 2024. Les dépenses sont estimées à 427 milliards de dollars pour 2025, 562 milliards de dollars pour 2026 et 637 milliards de dollars pour 2027. Ce sont Amazon, Alphabet, Meta Platforms et Microsoft qui ont le plus dépensé au cours de toutes ces années, et les dépenses de ces quatre sociétés augmentent considérablement chaque année depuis 2024.

Durabilité des dépenses en immobilisations

Pour l’instant, nous croyons que ces sociétés bénéficient d’une solide situation financière, soutenue par des bilans riches en liquidités et une production fiable de flux de trésorerie. Au troisième trimestre de 2025, ces sociétés détenaient des liquidités et quasi-liquidités pour un total de 490 G$ et ont produit des flux de trésorerie disponibles de près de 400 G$ sur 12 mois après les dépenses en immobilisations, ce qui signifie que la plupart des dépenses actuelles liées à l’IA sont financées par des liquidités produites à l’interne, et non par des sources externes de financement, comme l’endettement.

Les bilans riches en liquidités des entreprises soutiennent les dépenses liées à l’IA

Total des flux de trésorerie disponibles sur 12 mois des grandes sociétés technologiques* (en G$ US)

Total des flux de trésorerie disponibles sur 12 mois des grandes sociétés technologiques* (en G$ US)

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données trimestrielles jusqu’au 30 septembre 2025. * Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta Platforms, Oracle, Apple, Nvidia et Broadcom.

Le graphique montre les flux de trésorerie disponibles totaux sur 12 mois des grandes sociétés technologiques (Alphabet, Amazon, Apple, Broadcom, Meta Platforms, Microsoft, Nvidia et Oracle) depuis 2015. Les flux de trésorerie disponibles ont augmenté de façon constante, passant d’environ 100 G$ en 2015 à environ 275 G$ en 2021, puis ont diminué légèrement jusqu’au milieu de 2023, avant de grimper fortement pour dépasser 400 G$ au milieu de 2024. Les flux de trésorerie disponibles sont demeurés près de 400 milliards de dollars au troisième trimestre de 2025.

Bien que cette forte capacité d’autofinancement donne à penser que le niveau actuel d’investissement peut être maintenu à court terme, elle est également liée aux perspectives fondamentales du groupe. Selon nous, un ralentissement important de la croissance des bénéfices pourrait entraîner une surveillance accrue et mettre à l’épreuve la capacité du marché à tolérer la poursuite des dépenses élevées. Les prévisions consensuelles laissent entrevoir une croissance des bénéfices des grandes sociétés technologiques d’environ 22 % en 2026 et 2027, ce qui est toujours supérieur à l’ensemble du marché, bien que l’écart se resserre.

Les grandes sociétés technologiques conservent un avantage au niveau des bénéfices

Taux de croissance annuel moyen du BPA des grandes sociétés technologiques*

Taux de croissance annuel moyen du BPA des grandes sociétés technologiques*
  • Grandes sociétés technologiques
  • Indice S&P 500

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données jusqu’au 28 janvier 2026; données de 2025 et subséquentes : prévisions consensuelles de Bloomberg. * Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta Platforms, Oracle, Apple, Nvidia et Broadcom.

Le graphique à colonnes compare le taux de croissance annuel du bénéfice par action (BPA) des grandes sociétés technologiques (Alphabet, Amazon, Apple, Broadcom, Meta Platforms, Microsoft, Nvidia et Oracle) à celui de l’ensemble de l’indice S&P 500. En 2024, le BPA des grandes sociétés technologiques a augmenté de 37,6 % et celui de l’indice S&P 500, de 7,7 %. Pour 2025, la croissance du BPA est estimée à 25,2 % pour les grandes sociétés technologiques et à 14,8 % pour l’indice S&P 500. Pour 2026, elle est estimée à 22,3 % pour les grandes sociétés technologiques et à 13,0 % pour l’indice S&P 500. Pour 2027, elle est estimée à 22,1 % pour les grandes sociétés technologiques et à 14,4 % pour l’indice S&P 500.

Augmentation de l’intensité des dépenses en immobilisations

L’intensité du capital est également une tendance qui mérite une attention particulière. Les dépenses en immobilisations des grandes sociétés technologiques en pourcentage des revenus ont atteint leur plus haut niveau depuis plus de dix ans. Ce sommet marque ainsi l’abandon des modèles d’affaires exigeant peu de capitaux et axés sur l’optimisation du capital, caractérisés par la monétisation et l’expansion grâce à la propriété intellectuelle, aux logiciels, aux algorithmes, à la publicité, aux plateformes et aux effets de réseau et par des dépenses relativement faibles dans les actifs physiques, qui ont soutenu les valorisations élevées au cours de la dernière décennie.

L’intensité du capital a atteint des niveaux inégalés depuis dix ans

Ratio médian dépenses en immobilisations/chiffre d’affaires des grandes sociétés technologiques*

Ratio médian dépenses en immobilisations/chiffre d’affaires des grandes sociétés technologiques*

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données trimestrielles jusqu’au 30 septembre 2025. * Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta Platforms, Oracle, Apple, Nvidia et Broadcom.

Le graphique montre le ratio médian des dépenses en immobilisations par rapport au chiffre d’affaires des grandes sociétés technologiques (Alphabet, Amazon, Apple, Broadcom, Meta Platforms, Microsoft, Nvidia et Oracle) depuis 2015. Ce ratio se situait généralement entre 5 % et 10 % jusqu’à la fin de 2023, puis a commencé à augmenter rapidement jusqu’à atteindre plus de 20 % au troisième trimestre de 2025.

Selon nous, une structure à forte intensité de capital peut tout de même produire des rendements intéressants pour les actionnaires, mais elle peut également accroître la cyclicité des bénéfices, car les entreprises gourmandes en capital ont tendance à être plus sensibles aux taux d’utilisation de la capacité, aux prix et à l’obsolescence technologique (plan d’amortissement et besoins de réinvestissement). Nous surveillons également un autre risque, à savoir la possibilité que les engagements de dépenses en immobilisations démesurés des entreprises commencent à empêcher les rachats d’actions ou à pousser l’écosystème de l’IA à accroître son recours à l’endettement.

Le rendement du capital investi des grandes sociétés technologiques demeure élevé, ce qui est encourageant, et la croissance des bénéfices continue de surpasser l’ensemble du marché. Ces facteurs, s’ils se maintiennent, peuvent, selon nous, contribuer à préserver la prime de valorisation de ce groupe de sociétés malgré une intensité du capital plus élevée. Ce groupe de grandes sociétés technologiques, qui représente maintenant environ le tiers de la capitalisation boursière de l’indice S&P 500, se négocie à un ratio C/B prévisionnel moyen de 26,1 fois, soit une prime d’environ 18 % par rapport à l’indice, ce qui est inférieur à la prime moyenne depuis 2015 (39 %) et à la moyenne sur cinq ans (26 %).

Le rendement du capital investi demeure élevé

Rendement médian du capital investi des grandes sociétés technologiques*

Rendement médian du capital investi des grandes sociétés technologiques*

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données trimestrielles jusqu’au 30 septembre 2025. * Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta Platforms, Oracle, Apple, Nvidia et Broadcom.

Le graphique montre le rendement médian du capital investi (RCI) des grandes sociétés technologiques (Alphabet, Amazon, Apple, Broadcom, Meta Platforms, Microsoft, Nvidia et Oracle) depuis 2015. Le RCI a dépassé 25 % en 2022, puis est retombé sous la barre des 20 %, avant de rebondir pour dépasser 25 % en 2024, niveau auquel il est resté jusqu’au troisième trimestre de 2025.

La prime de valorisation des grandes sociétés technologiques est inférieure à sa moyenne à long terme

Ratio C/B prévisionnel moyen des grandes sociétés technologiques*

Ratio C/B prévisionnel moyen des grandes sociétés technologiques*
  • Ratio C/B prévisionnel relatif
  • Moyenne depuis 2015
  • Moyenne sur 5 ans

Sources : RBC Gestion de patrimoine et Bloomberg; données jusqu’au 16 janvier 2026. * Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta Platforms, Oracle, Apple, Nvidia et Broadcom.

Un exercice d’équilibre

Comme nous l’avons indiqué dans notre publication Perspectives mondiales – Panorama 2026, nous sommes d’avis que l’IA demeurera un thème macroéconomique central pour les années à venir. Cette technologie en est encore aux premières phases d’innovation et d’adoption, les investissements en immobilisations demeurent élevés et le potentiel de relever la trajectoire de croissance à long terme de l’économie et des bénéfices des sociétés est immense, à notre avis. Historiquement, néanmoins, nous savons que les technologies transformatrices polyvalentes, comme les chemins de fer et Internet, nécessitent souvent des périodes de surinvestissement et de longs cycles de diffusion-adoption avant de procurer des avantages durables et généralisés.

Pendant la majeure partie des trois dernières années, le discours portait surtout sur la rapidité et l’ampleur de la construction d’infrastructures liées à l’IA. À mesure que le cycle progresse, nous estimons que ce discours pourrait évoluer vers une phase marquée par un plus grand discernement, qui mettrait davantage l’accent sur deux facteurs :

  • Visibilité et durabilité de la monétisation : L’efficacité avec laquelle les investissements dans les infrastructures d’IA se traduisent en revenus récurrents et produisent un rendement du capital investi suffisant dans un délai raisonnable. Cela devrait, à notre sens, accentuer la distinction entre les sociétés technologiques qui peuvent financer leurs dépenses dans l’IA au moyen de flux de trésorerie d’exploitation soutenus par des modèles d’affaires durables ayant des trajectoires de monétisation plus concrètes et mesurables, et celles qui dépendent davantage du financement par emprunt et dont les perspectives de rendement durable sont moins certaines.
  • Applications de l’IA réelles et tangibles au sein des sociétés : Les entreprises intègrent l’IA dans leurs activités afin d’accélérer l’automatisation, d’optimiser les structures de coûts, d’accroître leurs capacités en matière de produits et de services, et de stimuler la productivité de façon à générer une valeur mesurable et à établir de nouveaux avantages concurrentiels ou à les accroître. Dans ce contexte, nous croyons que l’IA est une force potentiellement perturbatrice qui pourrait créer un clivage technologique entre les secteurs, de sorte qu’il est essentiel pour les sociétés de réussir à en tirer parti, en particulier dans les secteurs où l’IA a le potentiel de modifier la capacité à produire des bénéfices à long terme.

Comme les grandes sociétés technologiques offrent des rendements exceptionnels depuis de nombreuses années et entraînent une forte concentration du marché, il nous semble raisonnable de veiller à ce que les portefeuilles soient bien équilibrés et adéquatement diversifiés entre les diverses sociétés de ce groupe et au-delà.

Nous sommes convaincus que cette rigueur permet aux portefeuilles de continuer à participer aux thèmes de placement liés à l’IA tout en les aidant à se protéger contre le risque lié aux dépenses excessives, à gérer la corrélation du rendement à un seul facteur de risque et à composer avec la perspective de rotations du groupe de meneurs du marché et de rendements plus inégaux des sociétés liées à l’IA.

La dispersion des rendements s’est accentuée en 2025

Rendements excédentaires par rapport à l’indice S&P 500

Société 2022 2023 2024 2025
Amazon -31,5 % 54,6 % 19,4 % -12,7 %
Alphabet -21,0 % 32,1 % 11,0 % 48,1 %
Microsoft -9,9 % 31,9 % -12,1 % -2,3 %
Meta Platforms -46,1 % 167,9 % 41,0 % -4,8 %
Oracle 13,5 % 4,7 % 35,0 % 0,3 %
Apple -8,3 % 22,7 % 5,7 % -8,8 %
Nvidia -32,1 % 212,8 % 146,3 % 21,1 %
Broadcom 4,9 % 78,0 % 85,4 % 32,8 %
Rendement relatif moyen -16,3 % 75,6 % 41,5 % 9,2 %

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg

À notre avis, elle positionne également les portefeuilles de façon à saisir un plus large éventail d’occasions, en particulier si le groupe de sociétés perçues comme des bénéficiaires de l’IA s’élargit au-delà des « géants de l’infonuagique » et des sociétés qui permettent le développement de l’IA, qui ont dominé la phase initiale de construction d’infrastructures, pour inclure celles qui adoptent l’IA, dont bon nombre opèrent probablement dans des secteurs autres que celui de la technologie.


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