La soupe à l’alphabet des banques centrales

Analyse
Perspectives

Le FOMC, la BdC, la BA, la BCE, la RBA et la BdJ ont tenu des réunions sur la politique monétaire cette semaine dans un contexte d’incertitude causée par la crise au Moyen-Orient. Bien que les décideurs aient reconnu cette incertitude, les marchés croient de plus en plus que les banques centrales pourraient devoir resserrer leurs taux directeurs.

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19 mars 2026

Thomas Garretson, CFA
Premier stratégiste, Portefeuilles
Stratégies des titres à revenu fixe
Services-conseils en gestion de portefeuille – États-Unis

L’évolution des banques centrales mondiales et des taux de rendement des obligations souveraines nous ont attristés. Ces fluctuations notables sont attribuables à une réévaluation importante sur les marchés obligataires ayant déjà eu lieu depuis le début de la guerre au Moyen-Orient à la fin de février.

La forte hausse des prix de l’énergie est, bien sûr, le principal facteur influant sur les marchés mondiaux à l’heure actuelle. Par conséquent, les banques centrales se sont principalement intéressées cette semaine à l’interaction de l’incidence de la hausse des prix de l’énergie sur l’inflation et au potentiel d’une incidence négative sur l’activité économique et les marchés de l’emploi.

Les marchés semblent croire que, lorsque le moment sera venu, les risques de hausse de l’inflation l’emporteront sur les risques de baisse de la croissance, en particulier pour les régions qui sont des importateurs nets de pétrole et pour les banques centrales dont le seul mandat est la stabilité des prix, à l’opposé de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui a un double mandat de stabilité des prix et de plein emploi.

Les attentes du marché passent de réductions de taux à des hausses potentielles

Estimations du marché des décisions relatives aux taux d’intérêt en 2026

Estimations du marché des décisions relatives aux taux d’intérêt en 2026
  • Europe
  • Canada
  • Royaume-Uni
  • États-Unis

L’axe vertical marque la ligne au début du conflit en Iran (28/02/2026).

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg

Le graphique montre l’évolution des attentes des marchés à l’égard des décisions des banques centrales en matière de taux d’intérêt depuis le début de 2026. Les marchés s’attendent maintenant à un peu plus de deux hausses de taux de la Banque d’Angleterre, de la Banque centrale européenne et de la Banque du Canada. Les marchés s’attendent à ce que la Réserve fédérale américaine maintienne le statu quo cette année, aucune réduction de taux n’étant maintenant à prévoir.

La Banque d’Angleterre (BA) a été la plus explicitement belliqueuse cette semaine, déclarant que les décideurs sont « prêts à agir » à l’égard de l’inflation, ce qui a fortement influé sur les marchés obligataires mondiaux. Les investisseurs anticipent maintenant un peu plus de deux hausses de taux de 25 points de base d’ici la fin de l’année dans ce pays, et des attentes semblables sont maintenant implicites à l’égard de la Banque du Canada (BdC) et de la Banque centrale européenne (BCE). Alors que le Federal Open Market Committee (FOMC) de la Fed, qui fixe le taux directeur, devait auparavant réduire son taux directeur à deux reprises cette année, les marchés prévoient maintenant qu’il maintiendra le taux inchangé.

Bien qu’elle ne soit pas aussi importante à l’échelle mondiale, il a été intéressant de noter que la Banque de réserve d’Australie (BRA) a relevé son taux pour une deuxième réunion consécutive, tandis que la Banque du Japon (BdJ) a maintenu le sien, même si nous nous attendons à ce qu’elle poursuive sa modeste campagne de hausse de taux le mois prochain.

À quoi les banques centrales pourraient-elles faire face?

Helima Croft, cheffe mondiale de la stratégie relative aux marchandises à RBC Capital Markets, LLC, a récemment présenté quelques scénarios pour les prix du pétrole. Si le conflit persiste pendant trois ou quatre semaines, les prix du pétrole Brent pourraient dépasser le sommet de 128 $ le baril atteint en 2022 dans la foulée de l’invasion russe en Ukraine. Si la guerre se prolonge pendant plusieurs mois, les prix du pétrole pourraient dépasser le sommet record de 146 $ le baril atteint en 2008.

En ce qui a trait à l’inflation, Services économiques RBC prévoit que si les prix du pétrole atteignaient en moyenne 100 $ le baril cette année, cela ajouterait environ 0,75 % à l’inflation globale, les taux annuels culminant cette année à 3,00 % et à 3,50 % pour le Canada et les États-Unis, respectivement.

Pour les banques centrales, la stratégie habituelle consiste à faire fi des chocs énergétiques, en particulier des plus courts, car les répercussions sur l’inflation de base (hors énergie et alimentation) sont généralement minimes. Toutefois, si elle se maintient, la hausse des prix de l’énergie finira par avoir une incidence sur les coûts dans l’ensemble des chaînes d’approvisionnement des sociétés, sans parler des risques d’accroissement des attentes d’inflation des entreprises et des consommateurs, lesquels pourraient être amplifiés dans cet épisode, compte tenu du contexte inflationniste qui persiste depuis près de cinq ans.

Variation des taux des obligations d’État depuis le 27 février 2026

Points de base

Variation des taux des obligations d’État depuis le 27 février 2026

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; l’Europe est représentée par les taux des obligations d’État allemandes

Le graphique montre la variation des taux des obligations d’État à 2 ans et à 10 ans pour le Canada, les États-Unis, l’Europe (représentée par les obligations d’État allemandes) et le Royaume-Uni depuis juste avant le début de la guerre en Iran. Pour les obligations à 2 ans, le Canada a progressé de 49 pb, les États-Unis, de 46 pb, l’Europe, de 59 pb et le Royaume-Uni, de 89 pb. Pour les obligations à 10 ans, l’Europe a progressé de 31 pb, le Canada, de 33 pb, les États-Unis, de 34 pb et le Royaume-Uni, de 65 pb.

Le cours du pétrole aux commandes, M. Powell prévoit demeurer en poste

Parmi les grandes banques centrales mondiales, la Fed est peut-être la plus à l’abri du contexte mondial actuel, mais elle n’est pas immunisée.

À notre avis, la première mise à jour du FOMC quant à ses projections économiques et de taux d’intérêt pour l’année a été quelque peu déroutante. En moyenne, les décideurs ont revu à la hausse les perspectives d’inflation et de croissance, tout en laissant telles quelles les perspectives de chômage, mais ils prévoyaient tout de même une baisse de taux cette année.

Nous pouvons toutefois probablement laisser un peu de latitude à la Fed au chapitre des prévisions car, comme le président de la Fed Jerome Powell l’a indiqué dans sa conférence de presse, ce trimestre était tout indiqué pour sauter une série de prévisions, compte tenu de l’incertitude, et c’était probablement la meilleure rencontre pour le faire (chose que la Fed n’a faite qu’une fois depuis 2020).

En ce qui concerne l’évolution du marché, M. Powell a déclaré qu’il prévoyait rester à la présidence de la Fed jusqu’à ce que l’enquête du département de la Justice sur son témoignage concernant la rénovation du siège social de la Fed soit « bel et bien et réellement terminée » et serait prêt à poursuivre son travail si son remplaçant n’est pas confirmé d’ici la fin de son mandat en mai. Il a également indiqué que, même s’il n’a pas encore décidé s’il allait ou non exercer son mandat de gouverneur de la Fed jusqu’en 2028, il prendra sa décision en fonction de l’intérêt supérieur de l’institution.

La hausse subséquente des taux de rendement des titres du Trésor signifie peut-être que les marchés croient que M. Powell est plus susceptible de rester en poste pendant au moins un peu plus longtemps et d’agir comme contrepoids important contre les pressions politiques visant à réduire le taux directeur en l’absence de la justification économique nécessaire.

Notre scénario de base dans nos perspectives pour 2026 était déjà que la Fed maintiendrait son taux cette année. Nous ne voyons aucune raison de changer ce point de vue, mais nous estimons que la barre est exceptionnellement haute pour les hausses de taux.


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Thomas Garretson, CFA

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