La Fed est en pleine évolution, à plus d’un égard

Analyse
Perspectives

Une nouvelle ère s’annonce pour la Fed, Kevin Warsh étant sur le point d’en devenir le prochain président. Nous examinons l’incidence que cette situation pourrait avoir sur l’avenir de la politique monétaire et soulignons que l’époque où le président jouissait d’une influence démesurée sur l’institution est peut-être chose du passé.

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30 avril 2026

Thomas Garretson, CFA
Premier stratégiste, Portefeuilles
Stratégies des titres à revenu fixe
Services-conseils en gestion de portefeuille – États-Unis

L’évolution est en cours

Avant d’aborder le changement de présidence à venir à la Réserve fédérale américaine, nous avons observé des événements importants – et peut-être même surprenants – en ce qui a trait aux perspectives à l’égard de la politique monétaire.

Étant donné que l’IA déchaîne les passions, qu’est-ce que cela nous apprend sur la position actuelle de la Fed? Le prémiere graphique montre un modèle de langage naturel de Bloomberg, qui note la déclaration d’ouverture du président de la Fed en fonction de ce qui est perçu comme des phrases fermes et conciliantes, ainsi qu’une note globale – et couvre la durée du mandat de Jerome Powell à la présidence à compter de mars 2018.

Le modèle de langage de la confiance de la Fed est le plus ferme depuis 2023

Modèle de langage de la confiance de la Fed
  • Phrases sévères
  • Phrases conciliantes
  • Indice de confiance de la Fed

Sources : RBC Gestion de patrimoine, modèle de langage naturel de Bloomberg pour la confiance de la Réserve fédérale

Le graphique montre le modèle de langage naturel de Bloomberg pour ce qui est de l’humeur de la Fed selon les remarques d’ouverture du président Powell et la répartition des phrases perçues comme sévères et conciliantes. Bien qu’il ait adopté un ton largement conciliant au cours de son mandat, ses remarques sont devenues particulièrement fermes à la réunion d’avril.

De toute évidence, le modèle a signalé un changement de ton important à la réunion de cette semaine, passant d’un ton légèrement conciliant en mars au ton le plus ferme depuis 2023. Ce virage n’a peut-être surpris personne, compte tenu des risques persistants liés à l’inflation découlant de la hausse des prix du pétrole et du gaz, et de la durée de celle-ci.

Mais il ne s’agit pas seulement des prix du pétrole et du gaz. En janvier, certains décideurs entrevoyaient déjà la nécessité de communiquer aux marchés que la politique monétaire pourrait s’orienter dans un sens comme dans l’autre, ou qu’une baisse de taux pourrait être tout aussi probable qu’une hausse de taux. Cette cohorte formée de « certains » décideurs en janvier est passée à une cohorte de « plusieurs » à la réunion de mars, et a culminé avec trois dissidents officiels à la réunion de cette semaine. Soyons clairs, les dissidents se sont rangés derrière la décision de maintenir le taux directeur et voulaient simplement noter explicitement cette orientation bidirectionnelle.

Le changement qu’ils voulaient apporter à l’énoncé était peut-être aussi anodin que la suppression d’un mot : additionnels. Voici le libellé actuel de l’énoncé de politique officiel : « Au moment d’évaluer l’ampleur et le calendrier des rajustements additionnels de la fourchette cible pour le taux des fonds fédéraux, le Comité évaluera attentivement les données entrantes, les perspectives en évolution et l’équilibre des risques » (nous soulignons).

Après une série de réductions de taux, nous pensons que cette formulation laisse entrevoir un nouvel assouplissement. Le retrait ou la modification du terme « additionnels » pourrait refléter une perspective plus neutre, ou une perspective où la prochaine étape pourrait être une réduction ou une hausse selon l’évolution de l’économie.

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi le changement de mots n’avait pas été apporté à cette réunion, M. Powell a souligné l’importance d’un tel changement en ce qui a trait aux prévisions fournies aux marchés et que la plupart des membres de la Fed voulaient toujours attendre et évaluer davantage de données économiques avant de changer de cap.

Maintenant, la table est mise pour le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh (la confirmation par le Sénat est attendue au début de mai), et pour la prochaine phase d’établissement de la politique monétaire. Ce changement aura-t-il lieu à la prochaine réunion en juin? Y aura-t-il des prévisions de taux directeur? Y aura-t-il même une conférence de presse? Y aura-t-il quoi que ce soit?

Kevin Warsh prendra la barre

M. Warsh a souvent parlé de son désir d’un « changement de régime » à la Fed, en particulier en ce qui a trait à la façon dont elle prend ses décisions en matière de politique monétaire, sur quoi ces décisions sont fondées et comment ces décisions sont communiquées au public.

Il a explicitement déclaré qu’il n’aimait pas beaucoup les prévisions, que la Fed communique trop et qu’une conférence de presse après chaque réunion pourrait ne pas être nécessaire. Il a même évoqué l’idée que la banque centrale se réunit trop souvent (huit réunions par année).

Même si nous ne prévoyons aucun changement important d’ici sa première réunion à la barre en juin, et même si ces éléments n’ont peut-être pas d’incidence directe sur le marché, nous pensons qu’il s’agira d’un processus à évolution lente possiblement important.

Son dédain pour les prévisions, comme celles du « graphique à points » sur le taux directeur de la Fed, découle en partie de l’idée qu’elles comptent trop sur les prévisions économiques, qu’elles lient les mains de la Fed et qu’elles déconcertent les marchés. C’est M. Powell qui a augmenté la fréquence des conférences de presse à chaque réunion, comparativement aux réunions trimestrielles d’avant qui faisaient le point sur le résumé des projections économiques de la Fed. Il y a aussi la volonté de M. Warsh de voir le bilan de la banque centrale diminuer.

Un niveau inférieur de transparence et de communication pourrait procurer de la souplesse à la Fed, mais, comme pour toute autre mesure, il comporte un coût, potentiellement sous la forme de courbes de taux plus accentuées et de primes à terme plus élevées pour les obligations à long terme, selon nous. Bien que la Fed contrôle les taux d’intérêt à court terme, elle a moins d’influence sur les taux à long terme, comme le taux des obligations du Trésor à 10 ans, qui tend à avoir une incidence plus directe sur les taux des prêts aux consommateurs et aux entreprises. Les prévisions, le bilan (à l’occasion) et la pression sont tous des outils à la disposition de la Fed pour ancrer les taux de rendement légèrement à la baisse au moment souhaité. Le rejet de ces outils pourrait inciter les participants au marché à exiger une rémunération plus élevée pour l’achat d’obligations à plus long terme.

En fin de compte, même si M. Warsh privilégiera probablement d’autres réductions de taux, nous entrevoyons le risque que certaines de ses propositions nuisent à cet objectif.

Les risques liés aux hausses de taux devraient-ils être pris plus au sérieux?

Même si M. Warsh fait face à un comité de vote apparemment de plus en plus divisé, ce ne sont pas seulement les décideurs qui signalent la possibilité que la Fed se tourne vers des hausses de taux, mais les consommateurs aussi.

Également publiée cette semaine, l’enquête du Conference Board sur la confiance des consommateurs a révélé que 63 % des personnes sondées s’attendent à une hausse des taux d’intérêt, contre à peine 50 % l’automne dernier. Les données moyennes de l’enquête au cours de la dernière année ont maintenant augmenté à 55 %, poursuivant la tendance à la hausse déjà amorcée en janvier 2024.

Les consommateurs pensent de plus en plus qu’une hausse des taux d’intérêt est à prévoir
Les consommateurs pensent de plus en plus qu’une hausse des taux d’intérêt est à prévoir
  • Variation sur 1 an du taux des fonds fédéraux (pb, gauche)
  • Consommateurs s’attendant à une hausse des taux (%, droite)

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, sondage du Conference Board sur la confiance des consommateurs

Le graphique montre la moyenne sur un an du pourcentage de consommateurs qui s’attendent à des taux d’intérêt plus élevés, qui est actuellement de 55 %, comparativement à la variation sur un an du taux des fonds fédéraux, qui a diminué de 75 points de base au cours de la dernière année. Compte tenu de la forte corrélation, l’augmentation des attentes des consommateurs à l’égard des taux d’intérêt pourrait être un indicateur avancé des hausses de taux de la Fed.

Il montre que les consommateurs ont assez souvent raison quant aux décisions de politique monétaire de la Fed. Et comme un plus grand nombre de consommateurs s’attendent à des taux plus élevés, cette approche est maintenant incompatible avec une Fed qui, au minimum, devrait maintenir son taux cette année, si elle tente toujours de conserver une préférence pour un assouplissement.

Perte d’influence

Par-dessus tout, voici ce que les investisseurs doivent retenir : l’influence du président de la Fed s’érode depuis des décennies, et nous pensons que cette tendance se poursuivra avec la confirmation probable de M. Warsh.

L’époque où les présidents de la Fed, comme Paul Volcker, Alan Greenspan et Ben Bernanke, avaient sans doute une stature et une influence démesurées sur l’institution qu’ils servaient semble s’être estompée sous M. Powell. Ce sera peut-être son héritage – pas seulement la défense de l’indépendance de la Fed, mais l’élévation du comité élargi et la prise de décisions consensuelles qui sont plus importantes que toute personne.


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