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10 janvier 2022

Frédérique Carrier
Première directrice générale et chef, Stratégies
de placement - RBC Europe Limited

En 2021, nous avons publié une série d’articles sur la façon dont les technologies peuvent aider à rendre l’économie mondiale plus durable. Il s’agit d’un concept que nous appelons « technologie durable ». Cette année, nous approfondissons certains de ces thèmes dans une nouvelle série.

Tout d’abord, nous voyons comment les technologies durables peuvent venir au secours des segments de la population qui ont du mal à s’intégrer pleinement au milieu de travail. Nous pourrions ainsi assister à un accroissement de la population active et à une amélioration de la productivité au fil du temps, susceptibles de soutenir la croissance économique.

Ouvrir les portes

Tout comme la technologie a balayé les petits ateliers et accéléré la création de grandes usines au 19e siècle, les avancées des dernières décennies changent la nature du travail. La propagation de la connectivité et l’échange rapide et bon marché de grandes quantités de données et d’informations sont essentiels à cette transformation profonde.

Par conséquent, certains segments de la société qui butaient sur des obstacles pour contribuer pleinement à l’économie mondiale peuvent désormais y participer de manière plus significative. Les femmes devraient particulièrement bénéficier de ces tendances. Les perspectives d’emploi devraient également s’améliorer pour les personnes handicapées. Cette évolution aidera non seulement à accroître la population active, mais également à améliorer la productivité, en contrebalançant au moins partiellement l’effet négatif sur la croissance économique du vieillissement de la population qui prévaut dans les pays développés, ainsi qu’en Chine.

La technologie peut favoriser une plus grande inclusion en créant de nouvelles façons de travailler, par exemple au moyen de plateformes de travail numériques, et aplanir les obstacles à l’emploi tels que les longs trajets. Au‑delà du monde du travail, la technologie peut soutenir la formation à tous les niveaux et permettre un recyclage professionnel plus rapide et plus efficace, accélérant ainsi l’adoption d’innovations qui stimuleront la productivité et feront croître les entreprises. De telles évolutions peuvent réduire la pauvreté, amenuiser l’écart entre les sexes et renforcer la participation de tous au marché du travail mondial. Ainsi, l’économie deviendra plus forte et plus durable pour nous tous.

La technologie transforme les processus de travail

Les innovations numériques dans des domaines comme la technologie de l’information et des communications (TIC), l’intelligence artificielle (IA), la chaîne de blocs, les appareils connectés à l’Internet des objets, l’infonuagique, ainsi que l’utilisation de mégadonnées et d’algorithmes, ont radicalement modifié le milieu de travail (voir les définitions à l’annexe).

De nombreux emplois semi-qualifiés qui ont été déterminants pour la classe moyenne – caissiers de banque, travailleurs de la chaîne de montage, employés de magasins traditionnels, postes de caissiers, etc. – sont menacés malgré l’apparition de nouvelles occasions, notamment dans l’entreposage et la logistique, où à elle seule, Amazon emploie plus d’un million de travailleurs. Au cours des 15 dernières années, les plateformes de travail numérique ont fait leur apparition : en reliant les entreprises et les clients aux travailleurs, elles permettent et simplifient leurs interactions. Par exemple, elles ont simplifié la recherche d’un pigiste pour la traduction d’un document ou la conception d’un site Web, ainsi que la livraison de repas et les services de location de voitures.

Les plateformes de travail numérique ont donné naissance à des façons novatrices de travailler et favorisé l’explosion du commerce électronique, des services en ligne et du travail à la pige en ligne. Elles permettent à une société plus productive de devenir plus riche au fil du temps, étant donné que la demande de biens et de services s’amplifie sans cesse.

MasterCard estime que le volume de transactions découlant de l’« économie à la demande » dans le monde a atteint près de 350 G$ en 2021, et s’attend à ce qu’il augmente de plus de 30 % au cours des deux prochaines années, après avoir doublé depuis cinq ans. Cette croissance exceptionnellement rapide crée des défis, notamment la nécessité de protéger les droits des travailleurs et des consommateurs. La poursuite de cette croissance exigera l’adaptation des politiques existantes dans les marchés du travail et des produits traditionnels et leur application aux plateformes de travail numérique.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), un groupe composé majoritairement de pays riches, la part de l’emploi total que représente l’économie à la demande se situait entre 1 % et 3 % en 2019, mais d’autres sources portent à croire que les chiffres sont plus élevés. Ainsi, selon l’université de Hertfordshire, le nombre de travailleurs à la demande a atteint 4,7 millions en 2019 au Royaume-Uni, soit un peu moins de 15 % de la main-d’œuvre totale du pays à ce moment.

La COVID-19 a intensifié et accéléré la transformation de la nature du travail, et accru le recours au télétravail et au travail à domicile, en particulier pour les emplois de bureau.

Dans un rapport de février 2021, McKinsey estimait que le quart de la main-d’œuvre des économies développées pourrait faire du télétravail de trois à cinq jours par semaine, soit quatre fois plus qu’avant la pandémie.

Les plateformes de travail numérique et le travail à domicile favorisent l’assouplissement des conditions de travail. L’Organisation internationale du Travail (OIT) y voit un important facteur de motivation pour les travailleurs qui ont recours à de tels arrangements. Les entreprises aussi sont avantagées. La transformation des processus de travail aura de profondes conséquences qui iront bien au-delà de la diminution possible des locaux pour bureaux et de l’empreinte carbone, étant donné que les entreprises se rendent compte de leur avantage évident pour leurs activités et leur production.

Un moyen efficace d’offrir des services

Plateformes de travail numérique

Plateformes en ligne

Travail à la pige ou attribué par concours :

  • 99designs (Australie)
  • Kabanchik (Ukraine)
  • Upwork (É.-U.)

Microtâche :

  • AMT (É.-U.)
  • Clickworker (É.-U.)
  • Microworkers (É.-U.)

Programmation concurrentielle :

  • Codeforces (Russie)
  • HackerRank (É.-U.)
  • Topcoder (É.-U.)

Consultations médicales :

  • 1Doc3 (Colombie)
  • DocOnline (Inde)
  • MDLive (É.-U.)

Plateformes en fonction du lieu

Services de location de voitures :

  • Bolt (Estonie)
  • Ola (Inde)
  • Uber (É.-U.)

Livraison :

  • Meituan (China)
  • Rappi (Colombie)
  • Uber Eats (É.-U.)

Services à domicile :

  • Doit4u (Australie)
  • Task Rabbit (É.-U.)
  • Urban Company (Australie)

Travail ménager :

  • Batmaid (Suisse)
  • BookMyBai (Inde)
  • SweepSouth (Afrique du Sud)

Services de soins :

  • Care24 (Inde)
  • CareLinx (É.-U.)
  • Greymate Care (Nigeria)

Nota : Une microtâche est une tâche temporaire de tout type, souvent réservée en ligne, comme l’écriture d’un blogue, la garde d’enfants, la conception d’un site Web et les services d’un assistant virtuel.

Sources : Organisation internationale du Travail, RBC Gestion de patrimoine.

L’inclusion stimule la croissance et la productivité

L’OIT s’est rendu compte que ces plateformes aidaient les travailleurs migrants et les personnes handicapées à intégrer le marché du travail. Il s’agit là de deux groupes importants. Les travailleurs migrants représentent un peu moins de 20 % de la main-d’œuvre aux États-Unis, et près de 20 % des travailleurs de ce pays souffrent d’un handicap.

Les femmes, qui constituent le groupe le plus touché, forment selon McKinsey environ 39 % de la main-d’œuvre mondiale, et ce sont peut-être elles qui profitent le plus de cette occasion. Dans cinq pays du G20, le pourcentage des femmes qui travaillent par l’intermédiaire de plateformes numériques dépasse déjà le taux de participation global des femmes au sein de l’économie traditionnelle : 58 % en Italie, 53 % au Royaume-Uni, 51 % au Canada, 48 % aux États-Unis et 41 % en Allemagne.

Une meilleure intégration de ces groupes, et en particulier des femmes, dans la main-d’œuvre ne peut que favoriser l’économie mondiale. À ce titre, l’expérience du Japon est remarquable (voir l’encadré).

L’économie bénéficie d’une hausse de la participation des femmes au marché du travail

En 2013, confronté au vieillissement rapide de la population, le gouvernement japonais a fait de l’intégration d’un plus grand nombre de femmes au marché du travail l’un des piliers de la stratégie de croissance du pays (le plan « Womenomics »). Shinzo Abe, premier ministre à l’époque, a éliminé les barrières aux occasions sur le marché du travail, par exemple en offrant l’accès à des services de garde abordables et en veillant à ce que la contribution économique des femmes ne soit pas plafonnée.

Selon la Banque mondiale, le taux de participation au marché du travail des femmes âgées de15 à 64 ans au Japon est passé de seulement 40,4 % en 1990 à 72,7 % en 2019. Ce taux, l’un des plus élevés au monde, est un important facteur permettant de contrebalancer la réduction de la population nipponne en âge de travailler. Cette dernière diminue de façon constante depuis le milieu des années 1990 (et, selon les prévisions du gouvernement, devrait continuer de diminuer pendant des décennies).

Cette politique a eu pour effet d’accroître le niveau de vie en augmentant le revenu des ménages, en améliorant la sécurité économique des femmes et en favorisant l’émancipation globale et la progression des femmes dans la société. À elle seule, elle n’a pu contrebalancer le vieillissement marqué de la population en âge de travailler ; toutefois, on peut supposer que la modeste croissance économique du pays aurait été encore plus faible sans l’accroissement du taux de participation des femmes à la main‑d’œuvre.

Le Canada cherche aussi à accroître sa main-d’œuvre afin de stimuler l’économie. Pour ce faire, il poursuit une politique d’immigration contrôlée, même si d’autres pays développés se sont montrés moins favorables qu’auparavant à cet égard. Les travailleurs immigrés occupent des postes disponibles et comblent des lacunes au sein de la main-d’œuvre ; ils paient aussi des taxes et des impôts, et dépensent de l’argent pour des biens et des services. La vigoureuse croissance de l’économie chinoise entre la fin des années 1970 et la crise financière de 2008 a été en partie attribuable à l’expansion de la main-d’œuvre industrielle du pays, étant donné que les gens quittaient les régions rurales pour s’établir dans les villes. La main-d’œuvre agricole, à faible productivité, représentait les trois quarts du nombre total de travailleurs en Chine à la fin des années 1970, mais cette proportion a diminué constamment pour atteindre moins de 25 % quarante ans plus tard.

Outre l’accroissement de la main-d’œuvre, la transformation des processus de travail et le travail à domicile en particulier peuvent aussi stimuler la productivité en éliminant des obstacles, notamment les déplacements ardus que doivent s’imposer de nombreux travailleurs. Les femmes subissent souvent des restrictions liées à la garde des enfants et aux priorités familiales, qui peuvent les mener à faire des compromis en ce qui concerne la nature de leur travail. Elles pourraient préférer un lieu de travail situé près de la maison à un autre plus lointain, même si leur emploi ne leur permet pas d’utiliser toutes leurs compétences et ne leur procure pas une satisfaction suffisante. Le recours accru au télétravail signifie qu’un éventail plus large d’emplois leur est offert, dont bon nombre correspondent mieux à leurs compétences, ce qui se traduit par une plus grande motivation et, par conséquent, un meilleur rendement.

Le télétravail permet aussi de gagner du temps qui peut être utilisé de façon productive, par exemple au profit de l’entrepreneuriat. Selon le centre de réflexion américain Peterson Institute for International Economics (PIIE), le nombre d’entreprises en démarrage aux États-Unis est passé de 3,5 millions en 2019 à 4,4 millions en 2020, et une expansion similaire a été observée au Royaume-Uni. Cette tendance contribue à la vigueur sous-jacente de l’économie.

Malgré les avancées technologiques, les progrès en ce qui concerne l’inclusion des femmes ne sont pas linéaires. Même si les plateformes numériques et le travail à domicile ont été largement utilisés au cours des premiers stades de la pandémie, les emplois occupés par les femmes ont été touchés de façon disproportionnée. Après tout, le travail à domicile ne convient pas à la plus grande partie de la main-d’œuvre, puisque la plupart des gens ne sont pas en mesure de travailler un jour complet à domicile tout en maintenant leur productivité, compte tenu des nombreuses responsabilités et des tâches devant être accomplies sur les lieux de travail. McKinsey estime que les emplois des femmes étaient 1,8 fois plus vulnérables en raison de la crise que ceux des hommes, et qu’ils représentaient 54 % de l’ensemble des postes perdus. La pandémie a aussi accentué le fardeau des soins non rémunérés, qui incombe aux femmes de façon disproportionnée. En fait, l’égalité des sexes a reculé durant la pandémie. Dans l’ensemble, les plateformes de travail numérique et le travail à domicile peuvent toutefois aider à réduire l’inégalité et ont peut-être contribué à la robustesse récente du marché de l’emploi : dans la plupart des pays occidentaux, les taux de chômage globaux ont fléchi pour revenir près des niveaux antérieurs à la pandémie.

Un écart préoccupant

Il faut s’attaquer au problème de l’écart entre les sexes et, là encore, la technologie peut jouer un rôle.

Lorsqu’on entend l’expression « écart entre les sexes », on pense tout de suite à l’écart salarial entre les sexes, qui est bien documenté. Les Nations Unies estiment que l’écart salarial entre les sexes dans le monde s’établit à 23 %, ce qui veut dire qu’en moyenne, la rémunération des femmes équivaut à 77 % de celle des hommes pour un travail de valeur égale. Toutefois, selon les Nations Unies, ces chiffres sous-estiment l’ampleur réelle du problème, étant donné que les femmes qui ont des enfants subissent un écart encore plus grand, alors que dans les pays en développement, le travail indépendant, informel et mal rémunéré, est courant. Toujours selon les Nations Unies, l’écart salarial entre les sexes retranche environ 15 % du PIB de l’économie mondiale.

De nombreuses raisons expliquent cet écart. Dans un rapport de décembre 2019, le Forum économique mondial (FEM) a souligné que pas moins de 10 % des filles âgées de 15 à 24 ans dans le monde étaient analphabètes, surtout dans les pays en développement, ce qui limite les occasions qui s’offrent à elles. Il a constaté que dans de nombreux pays, les femmes sont fortement désavantagées en ce qui a trait à l’accès au crédit, aux terrains et aux produits financiers. Il leur est donc plus difficile de démarrer une entreprise ou de gagner leur vie en gérant des actifs.

Par ailleurs, bien que les femmes soient de plus en plus nombreuses dans les rangs des professionnels qualifiés, elles restent généralement sous-représentées dans les secteurs dont le taux de croissance est le plus élevé, y compris la gestion des données et l’IA, le génie et l’infonuagique. Le FEM déplore aussi le manque persistant de femmes dans les postes de direction, celles-ci occupant tout juste 27 % de l’ensemble des postes de dirigeants.

Les femmes sont aussi désavantagées en ce qui concerne l’accès aux soins de santé et la représentation dans les milieux politiques. Le FEM regroupe ces conditions dans l’indice de l’écart entre les sexes dans le monde, qui évalue quatre domaines clés : la participation et les possibilités économiques, la formation, la santé et l’émancipation politique. Selon l’ensemble des indicateurs, les conditions des femmes sont inférieures à celles des hommes, et les différences entre les régions sont prononcées.

L’écart entre les sexes est le plus faible en Europe occidentale, mais il reste important

Ampleur de l’écart entre les sexes par région


Écart entre les sexes comblé

Écart entre les sexes restant

Sources : Rapport 2021 du Forum économique mondial sur l’écart entre les sexes dans le monde, RBC Gestion de patrimoine.

Les gouvernements peuvent prendre de nombreuses mesures pour combler ces écarts. Les principales étapes vers l’émancipation consistent à libérer les marchés et à veiller à empêcher les pratiques restrictives (par exemple, interdire aux femmes l’accès à des comptes bancaires, au droit de propriété et aux droits de succession). Des politiques ciblées, comme des filets de sécurité sociale de base, peuvent aussi y contribuer, mais il est essentiel d’élargir l’accès à l’éducation, aux soins de santé et aux services financiers de base.

La technologie peut améliorer l’éducation et fournir des occasions de se perfectionner et de se recycler. Elle peut aussi procurer le financement propice aux entreprises. Ainsi, un portefeuille numérique lié à une carte de débit peut aider de petits agriculteurs et des propriétaires de boutiques à accéder à des services financiers, à accroître leur capacité à obtenir de meilleurs tarifs des fournisseurs, des économies plus substantielles, des paiements plus rapides, du financement et des subventions gouvernementales.

Enfin, les soins de santé à distance procurent un meilleur accès aux traitements, mais aussi de la souplesse pour les mères sur le marché du travail. Il pourrait ne plus être nécessaire de manquer une journée de travail pour se rendre au bureau du pédiatre, étant donné que les rendez-vous virtuels permettent aux patients de voir un médecin par vidéoconférence.

Selon McKinsey, l’adoption de mesures pour contrer le surcroît de détérioration de la situation de l’emploi des femmes observé ces deux dernières années et la promotion de l’égalité entre les sexes pourrait ajouter environ 7 000 milliards de dollars au PIB mondial en 2030, ce qui représente près de 8 % du PIB mondial de 2020.

Ressources inexploitées

L’économie mondiale dispose de ressources inexploitées dont l’apport pourrait être déterminant dans un contexte de vieillissement de la population et de ralentissement de la croissance. L’inclusion peut favoriser l’intégration de segments de la société qui n’ont pu tirer pleinement parti du marché du travail, tandis que l’amélioration de l’égalité entre les sexes est cruciale pour stimuler la croissance. Les progrès restent lents et inégaux d’un pays à l’autre, mais lorsque les décideurs politiques et le secteur des entreprises commenceront à saisir que le déclin persistant de la population en âge de travailler dans la plupart des pays développés est un obstacle à la croissance, ils pourraient vite adhérer à la stratégie souhaitable et nécessaire de l’inclusion. Nous prévoyons que la technologie sera l’un des fers de lance de ce changement.


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