Moyen-Orient : conflits en cours, effets inévitables

Analyse
Perspectives

Bien que la saison des résultats du troisième trimestre accapare l’attention des investisseurs, nous surveillons également de près la crise au Moyen-Orient, car nous estimons qu’elle représente le risque le plus sous-évalué pour les marchés boursiers et l’économie.

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22 octobre 2026

Kelly Bogdanova
Vice-présidente et analyste de portefeuille
Services-conseils en gestion de portefeuille – États-Unis

« Bientôt » n’est pas suffisant

Helima Croft, chef de la stratégie mondiale en matière de marchandises et de la recherche au Moyen-Orient et en Afrique du Nord de RBC Capital Markets, LLC et experte de longue date du Moyen-Orient, forte de son expérience d’analyste à la Central Intelligence Agency (CIA) durant l’ère post-11 septembre, rappelle souvent à ses clients investisseurs institutionnels que le mot « bientôt » est devenu le terme le plus utilisé, et souvent le plus abusif, lorsqu’il est question de la guerre avec l’Iran.

Depuis l’éclatement du conflit à la fin de février de cette année, et même au cours des derniers jours, de nombreux grands médias ont rapporté, en citant des « sources anonymes », que la guerre pourrait bientôt se terminer. Certains évoquent la possibilité d’un éventuel accord diplomatique négocié par le Pakistan et le Qatar, tandis que d’autres, dans le camp de ceux qui veulent « finir le travail », parlent d’une frappe militaire américaine massive et décisive qui pourrait mettre fin au conflit.

Toutefois, Mme Croft ne voit aucun signe de fin de guerre à court terme. Il existe plutôt des risques que la crise au Moyen-Orient s’intensifie et s’étende.

Premièrement, l’administration Trump poursuit une stratégie de blocus coûteuse à l’égard des ports iraniens et presse les pays voisins de l’Iran à réduire, voire à interrompre, leurs échanges commerciaux avec Téhéran par voie terrestre sous peine de sanctions. Dans le même temps, la marine américaine continue d’accroître sa présence et ses capacités dans la région. Parallèlement, de hauts dirigeants iraniens ont été sans équivoque : si le pays était de nouveau durement frappé, il riposterait en ciblant des actifs et infrastructures américains dans la région. Elle a également indiqué qu’il allait réagir aux pressions financières persistantes. Autrement dit, les hostilités risquent de perdurer.

Deuxièmement, le conflit entre les Saoudiens et le mouvement Ansar Allah au Yémen (qui comprend les Houthis) intensifient leurs activités militaires plutôt que de désamorcer les tensions.

Bien que ce conflit soit lié à la guerre en cours entre les États-Unis, Israël et l’Iran, que Mme Croft décrit comme un « deuxième front », et que des éléments indiquent qu’Ansar Allah reçoit des armes et un soutien financier de l’Iran, il demeure un conflit largement distinct, avec ses propres origines.

Le conflit entre l’Arabie saoudite et le Yémen perdure depuis des années, alimenté par des différends territoriaux et d’autres contentieux qui remontent à plusieurs décennies, surtout depuis les années 1930.

Par conséquent, Ansar Allah agit moins comme un simple groupe mandataire de l’Iran que ne le laissent souvent entendre les médias. Le mouvement dispose de sa propre direction et de ses propres ambitions régionales.

Tout comme dans le cas de la guerre avec l’Iran, les marchés financiers semblent présumer que le conflit entre l’Arabie saoudite et le Yémen pourra être réglé rapidement. Mais nous ne croyons pas que les principaux acteurs soient prêts à envisager des voies de sortie réalistes à court terme.

Selon Mme Croft, plus ces deux conflits persisteront, plus les prix de l’énergie demeureront élevés pendant longtemps et plus les difficultés économiques augmenteront.

Nous pensons que les turbulences prolongées au Moyen-Orient augmentent les risques d’une erreur de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed). Celle-ci pourrait, par exemple, ne pas relever suffisamment son taux face aux pressions inflationnistes induites par l’énergie ou, à l’inverse, finir par le relever de manière excessive.

Coût de 1 083 $ par ménage américain, et la facture continue de s’alourdir

Les prix élevés du diesel et de l’essence ont durement touché les Américains et ont mis à rude épreuve les finances de nombreuses autres personnes dans le monde, que ce soit dans les pays développés ou émergents.

Les ménages, les camionneurs, les agriculteurs et d’autres sont les plus touchés par la hausse des prix du carburant

Données nationales quotidiennes sur le prix moyen du carburant par gallon de l’American Automobile Association en dollars américains

Données nationales quotidiennes sur le prix moyen du carburant par gallon de l’American Automobile Association en dollars américains
  • Diesel
  • Essence

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; l’essence correspond à la catégorie ordinaire sans plomb; données jusqu’au 20 octobre 2026

Le graphique linéaire présente le prix quotidien moyen du diesel et de l’essence aux États-Unis, du 1er octobre 2025 au 20 octobre 2026. Les prix sont restés relativement bas (diesel en dessous de 4,00 $ ; essence autour de 3,00 $) jusqu’au 28 février 2026, date à laquelle ils ont commencé à augmenter rapidement avec le début de la guerre en Iran. Au 1er octobre 2025, le diesel coûtait 3,69 $ et l’essence 3,16 $. Après le déclenchement du conflit, le prix du diesel a bondi pour dépasser 5,60 $ le gallon en avril 2026, a connu un repli durant l’été, puis a de nouveau grimpé pour atteindre un nouveau sommet de 6,53 $ le 21 septembre 2026. De même, le prix de l’essence a dépassé 4,50 $ le gallon en mai 2026, a reculé au cours de l’été, avant de remonter à 4,50 $ le 24 septembre 2026. Au 20 octobre 2026, les prix moyens s’établissaient à 6,32 $ pour le diesel et à 4,26 $ pour l’essence.

La Watson School of International and Public Affairs de l’Université Brown, l’un des huit prestigieux établissements de l’Ivy League aux États-Unis, estime que la guerre en Iran a coûté aux ménages américains 1 083 $ en moyenne jusqu’à présent. Ses calculs sont fondés sur les prix moyens du carburant par rapport à ce qui se serait produit si la guerre n’avait pas commencé. Cette estimation des coûts augmente quotidiennement.

Depuis le début de la guerre en Iran à la fin de février, l’excédent agrégé des coûts de l’énergie s’est établi à 141,9 milliards de dollars, dont 63,6 milliards de dollars pour le diesel et 78,3 milliards de dollars pour l’essence, selon les estimations de la Watson School.

Pour mettre cette somme colossale en perspective, les 141,9 milliards de dollars excèdent les dépenses annuelles des Américains en produits et services de soins personnels.

Il n’est donc pas surprenant que, selon plusieurs sondages, le coût de la vie soit devenu l’enjeu le plus important pour l’ensemble des principaux groupes d’électeurs américains à l’approche des élections de mi-mandat du 3 novembre.

L’inflation est la principale préoccupation des Américains

Classement des principales préoccupations adultes

Classement des principales préoccupations adultes
  • Tous les électeurs
  • Républicains
  • Démocrates

Source : The Economist, « Tracking the presidency », qui suit les sondages YouGov; données jusqu’au 1er septembre 2026

Le graphique à barres présente les huit principales préoccupations des adultes américains, en distinguant trois catégories de répondants : l’ensemble des électeurs, les républicains et les démocrates. Les enjeux sont classés selon l’ordre établi par la catégorie « ensemble des électeurs ». La préoccupation majeure est l’inflation : 29 % pour l’ensemble des électeurs, 32 % pour les républicains et 30 % pour les démocrates. (Pour les autres enjeux, les résultats correspondant à chacune des trois catégories sont présentés dans le même ordre.) En deuxième position figurent l’emploi et l’économie : 14 %, 13 %, 14 %. Viennent ensuite les soins de santé, en troisième position : 10 %, 6 %, 13 %. L’immigration occupe la quatrième place : 8 %, 16 %, 2 %. Les impôts et les dépenses publiques arrivent en cinquième position : 7 %, 9 %, 3 %. Le changement climatique et l’environnement se situent au sixième rang : 6 %, 1 %, 9 %. Les droits civiques occupent la septième place : 5 %, 1 %, 10 %. Enfin, la sécurité nationale arrive en huitième position : 5 %, 9 %, 1 %.

Maintenir les placements dans l’énergie et tenir compte des risques d’inflation

À notre avis, les marchés financiers sous-estiment le risque que ces deux conflits au Moyen-Orient s’intensifient davantage et s’étendent aux pays voisins.

Comme Mme Croft l’a souligné, il est facile de déclencher une guerre, mais il faut généralement beaucoup de temps, parfois même énormément de temps, pour y mettre fin, surtout lorsque des coalitions de pays s’y trouvent impliquées.

Lorsque les médias ont relayé des informations provenant de sources anonymes ou nommées laissant entendre que les hostilités au Moyen-Orient pourraient bientôt prendre fin, on nous a demandé à plusieurs reprises s’il convenait de réduire l’exposition aux actions de l’énergie ou de s’en départir.

Chaque fois, nous avons recommandé de conserver ces titres, car selon nous, la crise au Moyen-Orient risque fort de s’éterniser et les prix de l’énergie pourraient demeurer élevés plus longtemps que ne le souhaiteraient les autorités américaines. Cette recommandation de placement demeure tout aussi valable aujourd’hui.

De plus, nous croyons que les investisseurs devraient demeurer attentifs aux risques inflationnistes additionnels associés à la prolongation et à l’extension des conflits entre les États-Unis/Israël et l’Iran, d’une part, et entre l’Arabie saoudite et Ansar Allah, d’autre part.

En ce qui concerne les actions, cela se traduit par ne pas détenir plus que la pondération du marché dans les portefeuilles, ainsi que par une surpondération des titres défensifs, en particulier ceux de sociétés qui augmentent leurs dividendes de façon constante, année après année.


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