Certaines occasions de placement reposent sur des forces structurelles suffisamment solides pour résister aux distractions causées par la conjoncture des placements. Nous considérons ces solides mégatendances comme des forces déterminantes pour les prochaines décennies.
15 juin 2026
Jim Allworth, Frédérique Carrier, Kelly Bogdanova
Il y a 18 mois, nous avons fait part de nos réflexions sur quatre thèmes de placement qui, selon nous, devraient durer au moins au cours des deux prochaines décennies :
À ces thèmes durables, nous ajoutons les avancées médicales. Au moins deux outils transformationnels ont été mis au point au cours des 15 dernières années – l’outil de modification du génome CRISPR et le système de prédiction de la structure des protéines AlphaFold de Google DeepMind. Ces deux outils accélèrent et augmentent rapidement la capacité des chercheurs à trouver, concevoir et offrir des traitements prometteurs, dont certains commencent à voir le jour.
Nous ajoutons également les dépenses militaires déclenchées par les conflits géopolitiques des dernières années et des derniers mois et par l’insistance des États-Unis pour que leurs alliés assument une plus grande partie du fardeau financier commun. En effet, tout porte à croire que les États-Unis remettent en question leurs engagements à l’égard de la défense de l’Europe et peut-être de Taïwan, voire d’une grande partie de l’Asie de l’Est. Les mêmes forces poussent de nombreux pays à revoir leur sécurité alimentaire et énergétique.
Tous ces thèmes sont soutenus par des impératifs alimentant une demande qui montre très peu de signes, voire aucun, de ralentissement. Au moins pour les deux ou trois prochaines décennies, nous croyons qu’ils devraient offrir des occasions fiables et exploitables pour certaines entreprises, et peut-être des difficultés pour d’autres.
La population de personnes âgées augmente partout dans le monde, et il faudra en prendre soin. Elle est également devenue un important marché cible pour divers biens et services.
Les économistes, les sociologues et les gouvernements surveillent depuis quelques décennies l’approche inéluctable de cette massive vague grise. Elle est désormais à notre porte. Dans toutes les grandes économies (et la plupart des autres), la proportion de la population de plus de 65 ans bondit déjà à des niveaux inédits. Même la cohorte des personnes âgées de plus de 80 ans, qui formait autrefois une minorité négligeable, devient rapidement une composante à prendre en compte.
Selon les Nations Unies, la population mondiale des 65 ans et plus s’approchera de 1,6 milliard d’habitants d’ici 2050. Le coût des soins pour ce segment de la population en forte croissance qui ne gagne plus de revenu d’emploi est un problème auquel il faut absolument trouver des solutions.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, Nations Unies
Le graphique montre la proportion historique de personnes âgées de 65 ans et plus dans la population mondiale. En 1950, les personnes de plus de 65 ans représentaient environ 5 % de la population totale. En 2024, cette proportion était d’environ 10 %. Les Nations Unies estiment que d’ici 2060, près de 20 % de la population aura 65 ans ou plus.
L’Alzheimer Association estime qu’en 2025, aux États-Unis, le coût total des soins de santé aux personnes âgées de 65 ans et plus atteintes de la maladie d’Alzheimer a atteint 409 milliards de dollars, soit considérablement plus que le coût combiné des soins pour le cancer et les maladies du cœur. L’organisme souligne également que des millions de membres de la famille et de soignants non rémunérés ont fourni 19,3 milliards d’heures de soins, évalués à 446 milliards de dollars en 2025. Compte tenu de ces coûts élevés assumés par les gouvernements et les ménages et du fait que jusqu’à 20 % de la vie est consacrée à lutter contre des maladies chroniques durant les dernières années de vie, les scientifiques se concentrent sur l’allongement de l’espérance de vie en santé (le nombre d’années qu’une personne vit en bonne santé).
Roy Amara, scientifique et futuriste américain, a observé ce qui est devenu la « loi d’Amara » : nous avons tendance à surestimer les répercussions d’une technologie lorsqu’elle arrive sur le marché, mais nous sous-estimons ce qu’elle permet réellement une décennie plus tard. Le Gartner Hype Cycle illustre le même phénomène : les attentes exagérées sont suivies par la déception, puis par l’émergence d’un plateau de productivité. Le secteur médical illustre les différentes facettes de la loi d’Amara.
La déception n’a pas toujours été un point final. Les avancées médicales ont tendance à poursuivre sur leur lancée et, comme l’IA accélère les progrès dans plusieurs domaines en même temps, nous croyons que le potentiel à long terme des technologies d’aujourd’hui devrait créer de bonnes surprises.
L’IA pourrait s’avérer une illustration classique de la loi d’Amara. Les attentes à court terme semblent avoir dépassé la réalité, même si l’amélioration des modèles d’IA suggère que leurs répercussions à long terme pourraient encore être sous-estimées.
Les dépenses consacrées au développement et à la mise en œuvre des modèles d’intelligence artificielle (IA) vont augmenter même si elles sont déjà élevées, car les sociétés technologiques, des plus petites aux plus grandes, veulent éviter à tout prix d’être distancées à jamais.
*Alphabet, Amazon, Apple, Meta Platforms, Microsoft, NVIDIA et Tesla.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données au 1er mai 2026
Le graphique montre les dépenses en immobilisations annuelles réelles et estimées combinées des sociétés technologiques Alphabet, Amazon.com, Apple, Meta Platforms, Microsoft, NVIDIA et Tesla, de 2020 à 2028. Pour 2026, 2027 et 2028, le graphique montre les estimations au 31 décembre 2025 ainsi que le montant des nouvelles dépenses prévues ajoutées au 1er mai 2026. Les totaux sont les suivants : 2020, 99 G$; 2021, 133 G$; 2022, 167 G$; 2023, 163 G$; 2024, 231 G$; 2025, 378 G$; 2026, 668 G$ (augmentation de 166 G$); 2027, 795 G$ (augmentation de 231 G$); 2028, 844 G$ (augmentation de 275 G$).
Selon M. Lascelles, ces données laissent penser que l’optimisme des dirigeants des sociétés technologiques n’est pas mal fondé. Leur optimisme reflète probablement une confiance réelle dans les rendements de l’IA, plutôt qu’une dynamique de bulle spéculative. Néanmoins, il reste à voir si l’amélioration rapide des modèles peut générer des revenus qui justifient les dépenses actuelles.
Les dépenses en infrastructures d’IA ont permis de compenser l’impact des droits de douane sur la croissance en 2025. Elles ont contribué à la croissance du PIB des États-Unis à hauteur d’environ 0,5 %, compensant une grande partie des environ 0,75 % retranchés à la croissance par les répercussions des droits de douane. M. Lascelles s’attend à une contribution semblable en 2026.
Les données (en date de mai 2026) de la Business Trends and Outlook Survey du U.S. Census Bureau montrent que l’utilisation globale de l’IA par les sociétés sondées oscillait entre 17 % et 20 %, et qu’entre 20 % et 23 % des entreprises qui n’ont pas encore utilisé l’IA planifient l’utiliser au cours des six prochains mois. Ces pourcentages ont considérablement augmenté par rapport à la fin de 2024, mais pas de façon appréciable par rapport à la fin de l’an dernier.
Au 3 mai 2026, le taux d’utilisation de l’IA dans les secteurs de l’information (39,7 %) et de la finance et de l’assurance (33,9 %) était supérieur au taux national (19,8 %), selon le Census Bureau, mais aucun changement important n’a été signalé dans ces secteurs depuis décembre.
En comparaison, les entreprises du secteur du commerce de détail ont fait état d’un taux d’utilisation actuel et prévu inférieur à la moyenne nationale : environ 14 % d’entre elles utilisent actuellement l’IA et environ 17 % prévoient l’utiliser au cours des six prochains mois. Dans le secteur manufacturier, l’adoption de l’IA est également inférieure à la moyenne, l’utilisation actuelle étant de 17 % et l’utilisation prévue de 19 %.
Le Census Bureau estime que seulement 0,1 % à 0,2 % des entreprises américaines utilisent l’IA pour automatiser un grand nombre de tâches effectuées par leurs employés. Plus de 90 % des entreprises qui utilisent l’IA indiquent qu’aucun changement n’a été apporté en matière d’emploi.
Les dirigeants des sociétés autres que technologiques parlent avec enthousiasme de ce que l’IA apportera à leur entreprise, mais peu d’entre eux peuvent affirmer à l’heure actuelle que ces dépenses seront rentables. À notre avis, cela ne mettra pas un terme et ne ralentira pas les dépenses de sitôt – la plupart des entreprises estiment que le coût de se laisser distancer est inacceptablement élevé. Toutefois, à un certain moment, les dépenses dans l’IA devront être rentables pour être justifiées.
Pour l’instant, la plupart des sociétés qui engagent ces dépenses soutiennent que les gains expérientiels élevés pourraient se révéler essentiels pour demeurer concurrentielles. Selon nous, ne pas dépenser suffisamment dans l’IA demeure la stratégie la plus risquée.
Pour en savoir plus sur ce thème, veuillez consulter les articles ci-après de notre série « Innovations » : L’IA générative : catalyseurs et utilisateurs et Explorer les répercussions de l’IA et de l’IA générative à l’échelle des secteurs .
Dynamisé par les subventions gouvernementales il y a plus de 20 ans, le déploiement rapide de parcs éoliens, de capteurs solaires et, maintenant, d’installations de stockage d’énergie a fait baisser le coût de l’énergie renouvelable (sans subvention) à des niveaux qui rendent cette source d’énergie la moins cher dans plusieurs pays.
Le coût actualisé de l’électricité est le prix à long terme qui permet à un projet d’électricité d’atteindre le seuil de rentabilité et le taux de rendement requis. Le coût actualisé de l’électricité ne comprend pas les subventions ni les crédits d’impôt. Les chiffres ont été corrigés de l’inflation et exprimés en dollars américains de 2025. Les installations photovoltaïques fixes sont des panneaux solaires statiques montés à angle fixe.
Sources : RBC Gestion de patrimoine et BloombergNEF
Le graphique montre le coût global de l’exploitation d’actifs de production qui utilisent différentes sources d’énergie (charbon, gaz naturel, éoliennes terrestres et en mer, et énergie solaire) de 2009 à 2025 et des estimations pour 2026. Pour toutes les sources d’énergie, le coût a considérablement diminué; toutefois, le coût de l’énergie éolienne produite en mer et de l’énergie solaire a connu la plus forte baisse. Les énergies solaire et éolienne terrestre sont maintenant les moyens les moins coûteux de produire de l’électricité.
Les sources d’énergie renouvelable ont représenté près de 26 % de la production d’électricité aux États-Unis en 2025, ainsi que plus de 36 % de la capacité de production installée. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que la production d’énergie solaire et éolienne et le stockage d’énergie par batterie augmenteront de plus de 60 % la capacité de production d’électricité en 2026 par rapport à 2025.
En 2025, près du tiers de la consommation d’électricité de la Chine provenait d’énergies renouvelables et ce pourcentage monte à 49 % en Europe. À notre avis, l’adoption des énergies renouvelables devrait se poursuivre en raison de leur coût très avantageux.
Depuis plus de dix ans, le déploiement mondial de nouvelles installations de production d’énergie solaire dépasse régulièrement, et parfois de 100 % ou plus, les prévisions sur cinq ans de l’AIE. Le Global Solar Council estime que la capacité solaire mondiale installée a atteint près de trois térawatts, soit presque 3 000 milliards de watts ou l’équivalent de quelque 10 milliards de panneaux solaires installés, ce qui est suffisant pour alimenter 1,5 milliard de foyers. C’est le triple de la capacité installée il y a seulement quatre ans. Les demandes d’obtention de permis sont nombreuses et en augmentation, ce qui suggère que la croissance des nouvelles installations d’énergie renouvelable ne devrait pas ralentir de sitôt.
La baisse des coûts de l’énergie renouvelable, combinée à l’expansion rapide de la capacité installée, jette les bases d’une hausse importante de la consommation d’électricité, surtout lorsque l’enjeu de la nature intermittente de l’énergie éolienne et solaire sera réglé. BloombergNEF estime que l’énergie solaire deviendra la plus grande source d’électricité dans le monde d’ici 2032, suivie de près par l’énergie éolienne.
Les améliorations en matière de technique, de gestion et d’ingénierie des systèmes ont modifié la conception et la gestion des réseaux électriques traditionnels pour tenir compte des sources renouvelables. Toutefois, la multiplication rapide des installations de stockage à grande échelle, sous la forme de batteries connectées directement au réseau, rend le coût brut des énergies solaire et éolienne beaucoup plus intéressant en s’attaquant au problème de l’intermittence.
Aujourd’hui, les batteries géantes disposées en rangées de contenants sont devenues une technique privilégiée pour stocker l’électricité, car leur coût a considérablement diminué. BloombergNEF estime que la capacité de stockage par batteries stationnaires atteindra deux térawatts à l’échelle mondiale d’ici 2035. Par ailleurs, les progrès de la technologie des batteries et de la chimie stimulent l’innovation. Les solutions de rechange prometteuses comprennent les batteries sodium-ion et nickel-hydrogène, ainsi que les batteries à flux de vanadium.
L’énergie représente un coût de production important pour de nombreux secteurs, entreprises et ménages. Transporter l’énergie renouvelable abondante et à faible coût d’où elle est produite à là où elle est nécessaire est une importante entreprise industrielle en soi. Les batteries de réseau peuvent améliorer la résilience énergétique, en équilibrant les fluctuations de l’offre et de la demande.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, BloombergNEF; coûts en dollars de 2025
Le graphique montre le coût par MWh d’un système de batteries à grande échelle d’une capacité de quatre heures en dollars américains de 2025 de 2013 à 2026 (estimation). Le coût est passé de près de 1 000 $ en 2013 à environ 200 $ en 2020; il diminue plus lentement depuis, atteignant un coût estimé d’environ 75 $ en 2026.
Les dépenses militaires devraient continuer d’augmenter pendant des années, en raison principalement de la transition en cours d’un ordre dominé par l’occident avec à sa tête les États-Unis à un ordre mondial polycentrique, dominé par plusieurs superpuissances. La domination exercée par les États‑Unis, qui a caractérisé une grande partie de la période suivant la guerre froide, se transforme en un nouvel ordre où les États-Unis et ses alliés occidentaux ne sont plus les seuls à guider les affaires mondiales, la Chine, la Russie, l’Inde et l’Iran, entre autres, ayant également une forte influence.
La tension entre les ordres unipolaires et multipolaires pourrait durer de nombreuses années, voire plusieurs décennies. La transition s’avère déjà houleuse et chaotique. La guerre entre la Russie et l’Ukraine, dans laquelle les États-Unis et l’OTAN soutiennent l’Ukraine; le raid des forces spéciales américaines au Venezuela; la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran; et la tentative de l’administration Trump d’exercer un plus grand contrôle des flux d’énergie et des routes maritimes à l’échelle mondiale font partie des premiers maillons de cette chaîne.
Dans ce contexte de transition, les grandes, moyennes et certaines petites puissances militaires semblent déterminées à dépenser massivement et, dans de nombreux cas, à développer leur capacité militaire. Les États-Unis demandent à l’Europe, au Canada, au Japon et à la Corée du Sud d’assumer une plus grande part du fardeau de la défense. Même l’Allemagne et le Japon remettent en question les accords fondamentaux conclus après la Seconde Guerre mondiale qui limitent la remilitarisation.
Pour commencer, les États-Unis et les pays européens de l’OTAN cherchent à reconstituer les stocks de systèmes d’armement existants, en raison du déstockage massif dû à la guerre en Ukraine et en Iran. Selon une étude publiée en mai 2026 par le groupe de réflexion du Center for Strategic and International Studies de Washington D.C., la reconstitution des stocks américains pourrait prendre des années; ce que les dirigeants du Pentagone ont reconnu. Il s’ensuit que le réapprovisionnement de l’Europe, du Japon et de la Corée du Sud auprès des États-Unis pourrait prendre encore plus de temps, selon nous.
De plus, il est important de noter que les grandes puissances militaires et certaines autres accordent la priorité au développement de systèmes d’armement de précision avancés, qui, selon nous, seront très demandés au cours des prochaines années.
Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas sur l’évolution de l’économie mondiale au cours des 30 prochaines années. Toutefois, nous repérons dans plusieurs secteurs des impératifs de la demande qui seront probablement d’actualité pendant au moins les prochaines décennies, en raison de l’évolution inéluctable de la démographie, de l’arrivée retardée des résultats des progrès de la biologie et des sciences de la vie, de l’arrivée de nouvelles applications informatiques puissantes, du changement très rapide et en cours du contexte de l’énergie et des inévitables frictions géopolitiques mondiales découlant de la fracturation en cours de l’ordre unipolaire en un ordre multipolaire.
Déterminer quelles seront les sources fiables de croissance de la demande à long terme devrait pointer vers les secteurs qui offriront aux sociétés les occasions nécessaires pour faire croître leur chiffre d’affaires, leur bénéfice et le cours de leur action.
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