Les marchés boursiers ont besoin que le détroit d’Hormuz rouvre à la navigation et que les prévisions concernant l’IA se concrétisent comme annoncé. Les deux sont plausibles, mais pas garantis.
15 juin 2026
Jim Allworth Stratégiste, PortefeuillesRBC Dominion valeurs mobilières
Les principaux marchés boursiers du monde ont regagné la majeure partie du terrain perdu lors du plongeon de février et mars, qui avait été déclenché par le début du conflit en Iran et la fermeture du détroit d’Hormuz. L’indice S&P 500, l’indice canadien S&P/TSX, l’indice japonais TOPIX et l’indice composé de Shanghai ont tous dépassé leur précédent sommet – les trois derniers de peu et l’indice S&P 500, de 9 %. L’indice MSCI Europe est sur le point de franchir ce cap, tandis que l’indice MSCI Royaume-Uni est à la traîne.
Les indices des marchés boursiers de Taïwan et de la Corée du Sud ont mis les bouchées doubles, progressant de 40 % et de 70 % respectivement en seulement huit semaines. La fabrication de puces, alimentée par la demande mondiale pour l’IA, a propulsé ces deux grands gagnants et explique également pourquoi l’indice S&P a progressé plus fortement que d’autres marchés boursiers développés, qui sont relativement peu exposés à la fabrication de puces ou au développement à grande vitesse de l’IA.
Le rendement exceptionnel de l’indice S&P – 9,3 % depuis le début de l’année – est presque entièrement attribuable à la forte révision à la hausse des bénéfices de l’indice. Les prévisions consensuelles de Bloomberg concernant les bénéfices en 2026 s’établissent maintenant à 342 $, en hausse de 9 % par rapport aux prévisions qui tablaient sur 313 $ en début de l’année. Cette estimation, si elle est atteinte, représenterait une progression de 23 % par rapport au bénéfice par action de 279 $ enregistré en 2025 par l’indice.
Cette forte révision à la hausse des prévisions de bénéfice et la progression démesurée de l’indice américain sont principalement attribuables à un nombre assez restreint d’actions de géants technologiques et de sociétés œuvrant dans les technologies. Toutefois, à notre avis, l’économie américaine dans son ensemble semble également prendre de la vitesse. Au total, 81 % des sociétés sondées par la Business Roundtable – une association de lobbyistes sans but lucratif établie à Washington D.C., dont les membres sont des chefs de la direction de grandes sociétés américaines – s’attendent à ce que leurs ventes augmentent au cours des six prochains mois, comparativement à 74 % au trimestre précédent. Les prévisions d’amélioration des ventes ont entraîné une augmentation notable du pourcentage des sociétés sondées qui cherchent à accroître leurs dépenses en immobilisations et à embaucher plus de travailleurs.
Ce regain d’optimisme des entreprises américaines, causé par l’amélioration de la productivité, l’extrême faiblesse des demandes de prestations d’assurance-chômage et les prévisions de l’indicateur GDPNow de la Réserve fédérale d’Atlanta qui tablent sur une croissance du PIB 3,3 % au deuxième trimestre, suggère que l’économie américaine ne retient pas son souffle en attendant la réouverture du détroit d’Hormuz. Dans une certaine mesure, il en est de même pour la Chine et le Canada : la Chine, parce qu’elle a consacré la majeure partie de l’année dernière à augmenter considérablement ses réserves de pétrole lorsque les prix étaient bas, et le Canada, parce que le pays est un important exportateur net de pétrole et de gaz naturel.
Toutefois, la trajectoire des différentes économies dépend, dans une certaine mesure, du moment où le détroit rouvrira. Le rétablissement de la libre circulation des marchandises contribuerait à faire baisser les prix du pétrole et du gaz naturel et à éliminer ou à réduire la menace d’une pénurie pure et simple, non seulement de pétrole et de gaz naturel liquéfié, mais aussi d’engrais et de certains produits chimiques industriels essentiels. La réouverture du détroit réduirait considérablement les coûts d’exploitation pour de nombreuses entreprises et de nombreux secteurs, en particulier l’agriculture, où les combustibles et les engrais sont les principaux intrants et ont une incidence directe sur le prix des aliments partout dans le monde. La baisse du prix de l’essence et des aliments allégerait le budget des ménages et stimulerait l’optimisme des consommateurs à l’échelle mondiale.
Toutefois, au moment d’écrire ces lignes, même si les pourparlers entre les deux parties sont encourageants, aucune entente n’a pour le moment été conclue. Plus il faudra de temps pour rouvrir le détroit et le rendre navigable, plus il est probable que l’inflation continuera d’augmenter et se propagera à l’ensemble de l’économie, auquel cas il sera plus difficile de la faire baisser. Une impasse qui durerait jusqu’à ou pendant l’été pourrait conduire les banques centrales, y compris la Fed, à abandonner tout projet de réduire leur taux directeur, et peut-être même, à les relever.
Selon nous, les taux obligataires augmenteraient probablement avant que la banque centrale puisse relever son taux directeur. À un moment où les émissions d’obligations d’État partout dans le monde et les émissions d’obligations de sociétés aux États‑Unis sont élevées, la hausse des taux obligataires pourrait gruger les marges bénéficiaires, comprimer les flux de trésorerie des sociétés et freiner les dépenses en immobilisations, en biens durables et en construction d’habitation, tout en réduisant la valeur actualisée des bénéfices futurs dans le calcul des valorisations boursières.
Toutefois, à notre avis, rien, à l’exception d’un resserrement monétaire comptant de multiples hausses du taux directeur, ne devrait pousser l’économie américaine en récession ou faire dérailler les perspectives de croissance des bénéfices cette année.
Cela dit, une correction d’une certaine ampleur au second semestre de 2026 ne peut être écartée et pourrait résulter de complications liées au détroit d’Hormuz, de la forte augmentation des taux de rendement obligataires ou du calendrier de PAPE qui s’annonce très chargé cet automne.
Toutefois, même si les perspectives de la plupart des marchés boursiers développés dépendent du moment où le détroit rouvrira à la navigation, celles du marché américain continueront d’être guidées par l’intelligence artificielle. Les dépenses sans précédent des géants de la technologie sont indéniables, les nouveaux engagements de dépenses en immobilisations dépassant régulièrement les prévisions tous les quelques mois. Récemment, les fabricants de puces ont connu un rebond spectaculaire, tandis que les sociétés de logiciels ont repris des couleurs après avoir été déclarées « mortes et enterrées » par les marchés boursiers, alors que le groupe était en chute libre entre novembre et mars.
Par ailleurs, de plus en plus d’entreprises non technologiques signalent qu’elles se tournent également vers l’IA. Leurs équipes de direction parlent avec enthousiasme de ce que l’IA apportera à leur entreprise, mais peu d’entre elles peuvent affirmer à l’heure actuelle que ces dépenses seront rentables. Cette situation ne freinera pas ou ne ralentira pas les dépenses de sitôt, en raison de ce que la plupart des entreprises perçoivent comme le coût inacceptablement élevé de rester sur la touche. Pour en savoir davantage à ce sujet, lisez notre article de fond, Impossible de les arrêter. Toutefois, à un certain moment, les dépenses dans l’IA devront être rentables pour être justifiées.
À notre avis, de temps à autre, les marchés vont s’inquiéter du délai que prendra l’atteinte de cette rentabilité et de la suffisance de cette dernière. Le ratio cours-bénéfice prévisionnel à un an de 21 de l’indice S&P 500 ne semble pas extravagant étant donné que les bénéfices de l’indice devraient augmenter de 22 % cette année et de 15 % l’an prochain. Toutefois, une forte révision à la baisse de ces prévisions ou des inquiétudes quant à ce qui se produira après la prochaine année – comme les facteurs mentionnés ci-dessus – pourraient compromettre les prévisions de RBC Marchés des Capitaux concernant le cours cible de l’indice, établi à 7 900 dans 12 mois.
Notre conseil en matière de positionnement n’a pas changé : les portefeuilles doivent conserver des placements en actions jusqu’à la pondération cible à long terme fixée par l’investisseur, sans toutefois la dépasser. Une planification prudente du portefeuille doit toujours consister à se doter d’un plan pour le rendre plus défensif, si les conditions l’exigent.
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