Les événements géopolitiques et les prix du pétrole ont perturbé les marchés obligataires mondiaux et les attentes à l’égard de la politique des banques centrales cette année, mais nous considérons qu’il s’agit du plus récent arbre dans une forêt de raisons qui ont progressivement fait grimper les taux obligataires – une tendance qui dure depuis plusieurs années et qui ne semble pas prendre fin.
15 juin 2026
Thomas Garretson, CFA Premier stratégiste, PortefeuillesStratégies des titres à revenu fixeServices-conseils en gestion de portefeuille – États-Unis
En ce milieu d’année 2026, les marchés obligataires mondiaux sont à la traîne des attentes déjà peu élevées que nous avions au début de l’année. L’augmentation des taux obligataires – qui évoluent à l’inverse des prix des obligations – a exercé une pression si forte sur les prix des obligations que le repli a dépassé le coupon de certaines grandes obligations mondiales et fait en sorte que le rendement total est légèrement négatif depuis le début de l’année.
Une explication simple à cela est que la guerre imprévue au Moyen-Orient et la flambée subséquente des prix du pétrole, ainsi qu’une autre perturbation des chaînes d’approvisionnement, ont entraîné une flambée temporaire de l’inflation, des attentes à l’égard d’une hausse des taux des banques centrales et des taux de rendement obligataires. Certains ont donc l’impression que ces augmentations pourraient s’inverser aussi rapidement qu’elles sont apparues, en cas de résolution du conflit. Toutefois, nous pensons que cette vision est trop simpliste et myope.
Même si le conflit au Moyen-Orient n’est pas un problème négligeable, nous le considérons comme un autre arbre dans une forêt de raisons qui soutiennent la hausse des taux de rendement mondiaux non seulement cette année, mais depuis de nombreuses années.
Le graphique ci-dessous le montre bien. Les lignes grises représentent le taux de l’obligation d’État à 30 ans des États-Unis, du Canada, de l’Allemagne, du Japon, de la France et du Royaume-Uni. La distinction entre les lignes n’est pas importante, car elles atteignent presque toutes un sommet de 20 ans ou s’en approchent, tandis que le rendement moyen simple du groupe a dépassé 4,0 % pour la première fois depuis le début de 2009.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg
Le graphique montre les taux de rendement des obligations d’État à 10 ans des grandes régions par rapport à la moyenne simple du groupe sur un an. Cette moyenne s’établit maintenant à 4,2 %, comparativement à seulement 0,8 % en 2021.
Les craintes à l’égard des prix du pétrole et de la hausse des taux des banques centrales dominent les discussions en ce moment, mais nous pensons que les marchés tiennent compte d’un plus grand nombre de facteurs qui alimentent ces tendances, et ces facteurs continuent de pointer dans la même direction – l’augmentation des taux de rendement.
Ainsi, en faisant le point sur le premier semestre de 2026 et sur ce à quoi nous pourrions nous attendre pour le reste de l’année, nous ne pouvons nous empêcher de prendre encore plus de recul.
Les géants des technologies émettent un important volume de titres de créance et de participation pour recueillir les fonds nécessaires au financement des infrastructures d’IA. De leur côté, les gouvernements continuent d’émettre un important volume de titres de créance pour financer les déficits existants, et les dépenses en défense de certaines régions ne feront probablement qu’accroître ces déficits. La demande de capitaux, dans un contexte économique mondial qui demeure stable, dépasse considérablement l’offre de capitaux, alors que le taux d’épargne diminue et que les populations vieillissantes arrêtent d’épargner pour dépenser.
Où cela pourrait-il nous mener? Nous reconnaissons que nous n’avons pas de perspectives bien établies à cet égard. Nous nous attendions à un retour aux taux d’avant la crise financière mondiale, ce qui semble être le cas à l’heure actuelle. Un retour aux taux de rendement d’avant 2000, entre 5 % et 6 %, semble de plus en plus probable, car l’essor actuel des technologies semble au moins comparable à celui des années 1990, propulsant la croissance économique et l’inflation à court terme.
Malgré toute l’attention accordée dernièrement aux banques centrales et à une possible hausse de leur taux, nous pensons que les rajustements seront modestes et constitueront une adaptation nécessaire à la réalité économique sur le terrain. Les banques chargées d’un seul mandat, comme la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d’Angleterre, qui ne ciblent que la stabilité des prix, devront agir plus tôt que tard, tandis que les autres auront plus de temps pour évaluer les répercussions sur la situation globale, y compris la croissance économique, le marché de l’emploi et l’inflation.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, RBC Marchés des Capitaux
Le graphique montre le taux directeur actuel et les projections trimestrielles jusqu’en 2027 pour la Banque d’Angleterre, la Réserve fédérale américaine, la Banque du Canada et la Banque centrale européenne. Le taux directeur du Royaume-Uni et des États-Unis se situent à 3,75 %, tandis que celui de l’Europe et du Canada est de 2,25 %. Le Royaume-Uni devrait relever son taux pour le porter à 4,00 % d’ici la fin de 2027, et les États-Unis devraient maintenir leur taux inchangé. Le Canada devrait relever son taux à 3,25 %. L’Europe devrait relever son taux à 2,75 %.
Même si les marchés obligataires se concentrent sur la forêt des facteurs influençant les taux d’intérêt, les investisseurs doivent savoir quels arbres couper pour obtenir un rendement. Malgré la hausse des taux de rendement à des niveaux intéressants sur le plan historique, nous prévoyons que la conjoncture sera peu favorable aux investisseurs des marchés obligataires. Étant donné que nous voyons peu de raisons propices à une forte baisse des taux de rendement des obligations d’État en l’absence d’un repli économique, les investisseurs devraient simplement tenter de maximiser le revenu, puisque les prix des obligations ne devraient pas augmenter.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, indice Bloomberg Global Aggregate Corporate Bond
Le graphique montre le taux de rendement moyen de l’indice Bloomberg Global Aggregate Corporate Bond par rapport à l’écart de taux moyen, soit le taux de rendement supplémentaire par rapport aux obligations d’État de même durée, pour le risque implicite des obligations de sociétés. L’écart de taux de l’indice et le taux de l’indice ont fortement augmenté pendant la crise financière de 2008 et de nouveau pendant la récession américaine de 2020. Le taux de rendement de l’indice a fortement augmenté en 2021 et demeure élevé par rapport à l’écart de taux, à 4,80 %, contre environ 0,76 %.
Comme le montre le graphique ci‑dessus, les obligations de sociétés mondiales n’offrent qu’un rendement supplémentaire de 0,76 % par rapport aux obligations d’État pour rémunérer le risque de crédit et de défaillance. Bien que cet écart de rendement ne soit pas aussi faible qu’en 2005 (+0,55 %), la marge d’erreur est très faible.
Par conséquent, nous demeurons prudents à l’égard des titres de créance, mais en l’absence de récession, cette catégorie d’actif devrait relativement bien se comporter, et même un faible rendement supplémentaire est toujours ça de pris. Puis, sans ironie, la situation financière des sociétés pourrait être plus saine que celle des gouvernements.
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