Les embûches de la politique budgétaire américaine

Analyse
Perspectives

Il est facile de repérer les imperfections de la politique budgétaire américaine, mais les ajustements potentiels sont moins clairs. Nous discutons de la trajectoire potentielle du déficit et de la dette fédéraux gonflés, et de ce qu’elle pourrait signifier pour les investisseurs.

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20 août 2026

Par Atul Bhatia, CFA

La politique budgétaire américaine est souvent qualifiée d’« insoutenable », un mot que nous avons utilisé nous-mêmes et qui nous semble tout à fait approprié. À notre avis, l’échec découle surtout de la « nouvelle normalité » post-COVID : des déficits budgétaires de près de 6 % en période d’expansion économique.

Par conséquent, les décideurs américains appliquent le keynésianisme, mais à sens unique : ils augmentent à leur gré les dépenses pendant les chocs économiques, comme une pandémie mondiale, puis oublient commodément d’enregistrer des surplus budgétaires en période de prospérité.

Toutefois, il est facile de voir que l’empereur est nu quand on analyse le budget des États-Unis. La difficulté consiste à déterminer comment régler la situation; autrement dit, que risque-t-il de survenir si l’insoutenable ne peut plus durer?

Il n’y a pas de réponse unique à cette question, selon nous. Cela dépend en grande partie du rendement de l’économie mondiale au cours des prochaines années et de l’« optimisme » des marchés. Ce qu’il est possible de dire, selon nous, c’est que les investisseurs doivent être conscients de ce qui est probable – et surtout de ce qui ne l’est pas – puisque les contraintes budgétaires finiront bien par faire plier les États-Unis.

Nous pensons que les résultats extrêmes sont peu probables et que, pour la plupart des investisseurs, la meilleure approche à l’égard de la dette américaine est de revenir aux principes de base : diversification mondiale, rééquilibrage fréquent et scepticisme sain. Selon nous, un positionnement actif pour exploiter une crise de la dette américaine est plus susceptible d’entraîner des larmes de chagrin plutôt que de joie.

En fin de compte, quelque chose doit changer

Dette fédérale américaine en pourcentage du PIB

Dette fédérale américaine en pourcentage du PIB

Le graphique linéaire présente la dette fédérale des États-Unis en pourcentage du PIB de 1940 à 2025. En 1940, la dette s’élevait à environ 52 % du PIB, mais elle a bondi pour atteindre près de 119 % en 1946. Ce niveau est resté un sommet jusqu’à une époque récente. Après 1946, elle a diminué de manière constante, atteignant un point bas de 32 % en 1981. Par la suite, elle a commencé à augmenter, atteignant 65 % en 1996. Elle a légèrement reflué peu après, avant de connaître une accélération brutale à partir de 2008 et de bondir à nouveau en 2020 et 2021. Elle a atteint un niveau record d’environ 123 % en 2021. Bien qu’elle ait légèrement reculé par la suite, elle a recommencé à augmenter pour atteindre un nouveau sommet en 2025.

Paiements d’intérêts fédéraux américains en pourcentage du PIB

Paiements d’intérêts fédéraux américains en pourcentage du PIB

Le graphique linéaire présente les paiements d’intérêts fédéraux en pourcentage du PIB de 1940 à 2025. En 1940, ces paiements représentaient environ 0,9 % du PIB et ont atteint près de 1,7 % en 1946. Ce pourcentage a diminué au cours des dix années suivantes pour atteindre un point bas de 1,1 % en 1959. Il a progressé lentement jusqu’en 1978, avant de connaître une accélération marquée, atteignant un sommet d’environ 3,2 % en 1991. Par la suite, il a nettement reculé jusqu’en 2004, pour s’établir à 1,3 %. Il s’est maintenu dans une fourchette allant d’environ 1,2 % à 1,75 % jusqu’en 2022. Il a ensuite de nouveau fortement augmenté pour atteindre 3,15 % en 2025, rejoignant presque le niveau record enregistré en 1991.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Office of Management & Budget (OMB) de la Maison-Blanche, Banque fédérale de réserve de St. Louis, base de données FRED, Bloomberg; données annuelles jusqu’en 2025

Le bon, la brute et le truand

Commençons par ce qui, selon nous, est peu probable.

Premièrement, une réduction de la dette sans souffrir. Cela prend souvent la forme d’une affirmation impromptue sur les gains de productivité de l’IA ou sur la réduction des revenus qui dégagerait des décennies de croissance non inflationniste supérieure à la moyenne. Nous pensons qu’il s’agit en grande partie de contes de fées.

Bien que la productivité de l’IA puisse atténuer les difficultés liées aux ajustements budgétaires, nous doutons qu’elle produise les gains nécessaires pour réduire considérablement le déficit et la dette. Plus important encore, nous prévoyons que les gains éventuels disparaîtront probablement dans une vague de réductions d’impôt, de subventions et de dépenses.

Ensuite, il y a l’idée que les dirigeants politiques fassent preuve d’un véritable leadership. Selon nous, c’est encore moins probable. La simple réalité, à notre avis, est que la réduction du déficit viendra presque certainement contracter l’économie américaine, entraînant probablement une hausse du chômage et un recul boursier. Bref, c’est une excellente façon de perdre une élection.

Par conséquent, nous croyons que la mainmise d’un seul parti ne réglera jamais le problème. Bien sûr, on peut en parler. Blâmer l’autre partie. Mais y faire quelque chose? Peut-être une prochaine fois. Un gouvernement divisé a peu de chance de faire mieux, compte tenu des tensions partisanes. Le type de compromis et de négociation nécessaires pour s’attaquer au déficit déborde tout simplement les réalités politiques d’aujourd’hui, à notre avis.

À tout le moins, l’optimisme budgétaire n’est pas de mise.

Mais le pessimisme extrême l’est encore moins. Nous lisons souvent des analogies avec la République de Weimar et les brouettes de dollars qu’il fallait pour acheter un pain. L’honnêteté intellectuelle et les lois américaines sur les valeurs mobilières nous obligent à reconnaître qu’il s’agit d’un résultat possible, mais à tout le moins peu probable, faut-il le souligner.

La dette allemande après la Première Guerre mondiale était écrasante; les infrastructures étaient dévastées après le carnage humain. Les États-Unis sont un peu trop endettés et doivent apporter des ajustements budgétaires. Il y a un point à partir duquel les différences d’échelle changent la donne, et la comparaison entre les régimes américains et hyperinflationniste entre nettement dans ce camp, selon nous.

Une poignée de dollars

Les deux extrêmes sont peu probables et ramènent l’économie dans ses habitudes : l’incertitude du milieu. Malgré le flou, certains éléments caractérisent sans doute le processus de rajustement de la dette :

  • Inflation plus élevée : les États-Unis doivent rembourser avec des dollars. Moins ces dollars vaudront, moins le remboursement sera pénible. La Fed peut tenir des propos durs, mais tolérer un peu plus d’inflation aide le budget, soutient le prix des propriétés et permet de gagner des appuis à Washington D.C.
  • Difficultés liées aux obligations à long terme : comme nous l’avons dit, nous croyons qu’une véritable solution exigera un compromis politique issu d’ententes conclues en coulisses, à l’ancienne. À notre avis, les réalités politiques font en sorte qu’il est impossible de démarrer le processus, mais le marché obligataire ne rebute pas à se faire entendre. Les flambées périodiques de taux plus élevés risquent de forcer les décideurs à l’action.
  • Contraction économique inutile : augmenter la dette vient grever la croissance future, mais la réduire contribue à soutenir l’expansion. La réduction du déficit et de la dette est par nature une tâche désagréable, mais les coûts peuvent être réduits au minimum si on choisit à quel moment et dans quel ordre. Nous pensons que le contexte actuel – avec une solide croissance généralisée – serait parfait pour entamer le processus. Dans le même ordre d’idées, un plan bien conçu, convenu et mis en œuvre sur plusieurs décennies pourrait être une véritable bénédiction pour les États-Unis. Malheureusement, il y a peu de chance que cela se produise, à notre avis. Il faut plutôt s’attendre à une série de mesures ponctuelles forcée par le marché obligataire, selon l’approche habituelle caractérisée par les fluctuations de l’épargne. En bref, c’est efficace, mais pas efficient.

Conséquences pour les placements

Même si nous doutons que la réduction de la dette soit bien gérée, la prudence est de mise avant d’investir de ce point de vue.

L’un des problèmes est le calendrier. Le budget peut échapper à la rationalité bien plus longtemps que les investisseurs à la solvabilité. Les prévisionnistes dénoncent la dynamique de la dette aux États-Unis depuis l’administration Reagan dans les années 1980. Imaginez rater tous ces gains en attendant un effondrement des placements.

Il y a aussi la réponse politique. Nous sommes très prudents à l’égard des obligations du Trésor américain à 30 ans, par exemple. Toutefois, dans le contexte d’un important délestage de titres de créance, il ne serait pas surprenant que la Fed achète des titres de créance et plafonne les taux. Cette intervention pourrait s’avérer contre-productive et une maigre consolation pour les investisseurs qui ont perdu de l’argent.

Selon nous, la meilleure approche est de s’en tenir aux principes de base et de faire de petits ajustements : diversification internationale, rééquilibrage entre les catégories d’actif et prise en compte d’échéances plus courtes des titres du Trésor.


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