Le piège de l’escalade : la guerre en Iran mise en contexte

Analyse
Perspectives

Bien que l’action militaire fût attendue, le rythme de l’escalade a été moins prévisible.

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27 mars 2026

Par Tasneem Azim-Khan, vice-présidente et stratégiste en chef, Placements et Noha Fazili, Analyste en recherche

L’analyse suivante vise à fournir un contexte et une vue d’ensemble concernant la récente flambée des hostilités au Moyen-Orient. Le commentaire ne se veut pas politique et ne doit pas éclipser la tragédie humaine liée à ces événements.

Alors que les prix du pétrole ont franchi le seuil des 100 $ le baril pour la première fois depuis 2022, et qu’ils ont augmenté de plus de 50% depuis le début de l’année, le marché est toujours aux prises avec l’issue de plus en plus incertaine du conflit iranien. De nombreuses questions se posent quant à la durée des actions militaires dans la région du Golfe, à leurs implications pour les marchés de l’énergie et à l’ampleur des impacts économiques mondiaux de second ordre. La réponse à ces questions dépendra en grande partie de la durée et du degré de perturbation découlant de ce conflit.

L’analyse qui suit vise à fournir des renseignements généraux et le contexte du conflit. Nous reconnaissons toutefois que le contexte est exceptionnellement volatil et que le discours change au jour le jour. D’ici que vous lisiez ceci, le monde pourrait être différent.  À l’heure où nous mettions sous presse cet article, les prix du pétrole brut Brent diminuaient par rapport aux sommets atteints fin mars, suite à l’annonce du plan de paix en 15 points du président Donald Trump pour l’Iran (qui a depuis été rejeté par le gouvernement iranien).

Heureusement, les marchés ont historiquement tendance à ignorer les crises géopolitiques — pas toujours, mais ils ont tendance à le faire. Aussi déstabilisantes que puissent être des périodes comme celle que nous vivons actuellement, nous préférons nous préparer à de tels scénarios plutôt que de les prédire. Nous estimons que le maintien de niveaux sains de diversification géographique, de classes d’actifs (actions, revenu fixe et placements alternatifs) et une préférence pour la qualité et une posture défensive sont essentiels. Éviter la vente de panique, profiter des creux du marché et rester investi pendant les périodes de crise améliore l’efficience du portefeuille et facilite la capitalisation des rendements à long terme.

Bien que des frappes militaires aient toujours semblé inévitables, la rapidité à laquelle les représailles et l’escalade du conflit se sont produites étaient moins prévisibles

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé respectivement les opérations « Epic Fury » et « Lion’s Roar », une série d’attaques coordonnées contre l’Iran. Ces événements ont mis fin à plusieurs mois de spéculations sur la possibilité d’une intervention militaire contre l’Iran, mais ils semblent aussi avoir ouvert une boîte de Pandore, alors qu’aucune issue claire à la crise géopolitique au Moyen-Orient n’apparaissait au moment d’écrire ces lignes.

Considérant les attaques comme une menace existentielle, l’Iran a réagi avec force. En plus de cibler Israël et les bases américaines de la région, l’Iran a attaqué les infrastructures énergétiques et civiles des États du Golfe voisins. Plus important encore, en mars, il a effectivement fermé le détroit stratégique d’Ormuz à la navigation, un point d’étranglement énergétique essentiel pour l’économie mondiale qui représente à lui seul près de 20% des expéditions mondiales de pétrole et de gaz naturel. Depuis, au moins 20 navires commerciaux ont été attaqués au large des côtes iraniennes.

La circulation des navires dans le détroit d’Ormuz a presque cessé

Les navires cessent d’emprunter le détroit d’Ormuz

Comme les prix du pétrole sont revenus à 100 $ le baril pour la première fois depuis 2022, le marché reste confronté à un dénouement de plus en plus incertain du conflit avec l’Iran. Les questions abondent quant à la durée de l’action militaire dans la région du Golfe, à ce que cela signifie pour les marchés de l’énergie et aux répercussions économiques de second ordre à l’échelle mondiale. La réponse à ces questions dépendra en grande partie de la durée et de l’ampleur des perturbations découlant de ce conflit. Nous sommes conscients que le contexte est exceptionnellement volatil et que la situation change de jour en jour. Au moment de lire cet article, le monde pourrait avoir changé.Heureusement, les marchés ont parfois tendance à ignorer les crises géopolitiques. Nous continuons de privilégier une approche calme, la diversification et le maintien des placements dans une perspective à long terme.

Cascade d’interventions

Moins de 24 heures après le début de l’opération militaire, le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a été tué lors d’une frappe de « décapitation » par Israël. L’absence de leadership dans le pays a toutefois été de courte durée. Au début du mois de mars, l’Assemblée des experts d’Iran a jeté son dévolu sur Mojtaba Khamenei, le deuxième enfant et fils d’Ali Khamenei, pour devenir le troisième et nouveau guide suprême de l’Iran. 

C’est la première fois depuis la révolution islamique de 1979 que le rôle de guide suprême de l’Iran est passé de père en fils, ce qui est inhabituel pour un État fondé dans le but explicite de renverser le régime héréditaire de l’ancien dirigeant du pays, le chah Mohammad Reza Pahlavi. Mojtaba Khamenei, âgé de 56 ans, a pourtant acquis une réputation de figure influente en coulisses au cours du mandat de son père à la tête du pays, qui s’est échelonné sur plusieurs décennies. Son arrivée au pouvoir semble avoir renforcé la détermination et l’influence de l’aile belliciste du régime iranien à l’égard des États-Unis. À vrai dire, une pléthore de hauts fonctionnaires ont fait le serment de continuer de lutter contre la guerre, qui s’intensifie et persiste depuis maintenant plus de trois semaines.

Cette promesse des hauts responsables du gouvernement iranien démontre bien l’ampleur du fossé entre les deux parties au conflit, alors que l’administration Trump insiste pour obtenir une « capitulation sans condition » de l’Iran. Cette exigence est exhaustive et vise le démantèlement du programme nucléaire et des capacités en missiles de l’Iran, l’érosion de l’influence du pays au Moyen-Orient et un profond changement de gouvernement.

L’histoire nous porte à croire qu’un changement de régime pourrait rester hors d’atteinte, en particulier dans un pays comme l’Iran, où la théocratie (c.-à-d. un gouvernement religieux) est profondément enracinée et où il ne semble pas y avoir de véritable opposition bien organisée. La désignation du « fils de Khamenei » marque la continuité de l’approche intransigeante du père. Bénéficiant du soutien massif de dirigeants religieux ultraconservateurs et d’une grande partie du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), son leadership pourrait même renforcer la position belliqueuse de l’Iran à l’égard de l’Occident. Les exemples passés tirés des guerres en Irak et en Afghanistan montrent à quel point un changement de régime durable peut être difficile à maintenir, même en cas de déploiement de troupes sur le terrain et d’occupation militaire. 

Les signes plus récents d’une escalade supplémentaire incluent le déploiement par le président Trump de 2 500 marines américains dans la région à bord de jusqu’à trois navires de guerre. Ces marines se joignent aux plus de 50 000 soldats américains déjà stationnés dans la région. Nous soupçonnons que l’intention la plus probable derrière leur déploiement est de soutenir la réouverture du détroit d’Ormuz, bien qu’une autre possibilité puisse être la saisie de l’île de Kharg – un centre pétrolier iranien que les États-Unis et Israël ont déjà frappé au cours de leurs frappes militaires.

De plus, et dans un autre coup dur porté à la direction iranienne, l’armée israélienne a annoncé avoir tué l’un des hauts responsables iraniens, Ali Larijani, dans une frappe aérienne près de Téhéran. . Les forces militaires ont également affirmé avoir éliminé Gholamreza Soleimani, chef de la puissante milice iranienne Basij, qui joue un rôle clé dans la sécurité du régime et qui est souvent mise à profit pour contrôler et terroriser les protestataires dans le pays. Bien que cet événement puisse réduire la capacité du gouvernement à mener des représailles et à maintenir son emprise sur la population, il est peu probable qu’il paralyse le régime dans l’immédiat. Selon le Wall Street Journal , malgré que M. Larijani était une figure importante au sein du régime, les forces de sécurité essentielles à la survie de celui-ci ont des racines bien plus profondes. Le CGRI compte à lui seul de nombreux dirigeants et quelque 190 000 combattants actifs.

Le reste du monde retient son souffle … pour l’instant

Jusqu’à présent, les États-Unis ont reçu un soutien limité. Le président Trump a récemment tenté de rallier la communauté internationale pour l’aider à rouvrir le détroit d’Ormuz et, ainsi, réduire la pression exercée sur les prix de l’énergie. À ce jour, ces appels ont été rejetés ou ignorés, bien que des pays comme la France et le Royaume-Uni aient commencé à discuter de la façon dont ils pourraient aider les Américains à assurer la sécurité du détroit. Cependant, selon le Wall Street Journal, l’Allemagne a présenté un refus catégorique par l’intermédiaire de son ministre de la défense, Boris Pistorius, qui a déclaré : « Ce n’est pas notre guerre. Ce n’est pas nous qui l’avons déclenchée. » Le Japon et l’Australie, quant à eux, ont indiqué qu’il est peu probable qu’ils envoient des navires pour prêter main-forte. 

Pour sa part, le Canada semble hésitant. Ottawa a affirmé que, comme de nombreux autres alliés des États-Unis, il n’a pas été préalablement informé de l’intervention américaine en Iran. Bien que le premier ministre Mark Carney veuille empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires, il s’est abstenu d’approuver la guerre et de promettre une participation directe des forces armées canadiennes. Il a affirmé que le Canada soutenait « à regret » les frappes américaines, estimant qu’elles découlaient de l’abandon de l’ordre international. Le ministre de la Défense, David McGuinty, a catégoriquement affirmé que le Canada ne changerait pas d’avis et ne se joindrait pas aux États-Unis et à Israël. Il n’a toutefois pas rejeté la possibilité de venir en aide à tout pays du Golfe qui le demanderait afin de se défendre contre l’Iran.

Mécontent, le président Trump a déclaré que son pays se souviendrait du refus des alliés de se joindre à lui pour rouvrir le détroit. Dans une entrevue accordée au Financial Times, M. Trump a déclaré qu’un refus des membres de l’OTAN d’apporter leur aide serait de très mauvais augure pour l’avenir de l’alliance.

Perturbation du marché du pétrole et de l’énergie

Au moment de la rédaction du présent rapport, les prix du pétrole brut Brent ont bondi de plus de 50% depuis le début de l’année—atteignant 106 $ US le baril, ce qui contraste fortement avec les quelque 67 $ US le baril observés il y a seulement quelques mois La flambée des prix n’a rien d’étonnant, étant donné que l’offre et la demande de pétrole ne sont pas du tout élastiques à court terme, et qu’elles se comportent habituellement comme un mécanisme de transmission en période d’intensification des conflits géopolitiques.

Les prix du pétrole oscillent à des sommets de quatre ans

Les prix du pétrole oscillent à des sommets de quatre ans
Sources : Bloomberg, RBC GMA. Évolution des prix du pétrole brut Brent du début de l’année jusqu’au 17 mars.

La trajectoire future des prix de l’énergie, ainsi que les conséquences d’une hausse fulgurante des prix sur l’économie mondiale, dépendra en grande partie de la durée et de la gravité des perturbations causées par le conflit. Pour le moment, on ne sait pas quand tout cela se manifestera. Selon les experts politiques de Washington, l’élargissement des objectifs américains, conjugué à la riposte promise par l’Iran, pourrait prolonger le conflit bien après le printemps, surtout si le détroit d’Ormuz demeure inaccessible. Si ce scénario se concrétise et que les perturbations persistent pendant plusieurs semaines, les prix du pétrole et du gaz naturel n’ont pas fini de grimper.

Nous savons bien que les crises peuvent s’aggraver. Dans le brouillard de la guerre de ces dernières semaines, RBC Gestion mondiale d’actifs a relevé un certain nombre d’éléments nouveaux qui influent sur les perspectives des marchés de l’énergie :

  • Anéantissement possible de la production pétrolière de l’Iran. L’Iran est important pour les marchés mondiaux, parce qu’il représente une bonne part de l’offre de pétrole. Le pays produit environ trois millions de barils par jour.
  • Dommages que les missiles iraniens pourraient causer aux infrastructures d’extraction, de raffinage et de transport dans le golfe Persique.
  • Menaces pesant sur les pétroliers qui tentent de traverser le détroit d’Ormuz. Comme l’Iran borde le détroit, il dispose d’un levier disproportionné sur le transport mondial de produits énergétiques. D’après CNN.com, au moins 16 navires ont été frappés par des drones ou d’autres armes dans la région ; l’Iran a revendiqué certaines de ces attaques.

À l’heure actuelle, le transport maritime dans le détroit d’Ormuz est tombé au point mort. Le pire scénario pour l’offre semble donc se matérialiser. En outre, des rapports indiquent que l’Iran poserait des mines dans le détroit, tout en négociant un passage sûr avec des pays comme la Chine, l’Inde et la Turquie. Le ministre des Affaires étrangères de l’Iran a déclaré que Téhéran était disposé à négocier avec les pays qui cherchent un accès sécurisé au détroit. Il a toutefois précisé qu’un tel accès ne serait pas conditionnel à un cessez-le-feu et que l’Iran était prêt à poursuivre la guerre aussi longtemps et aussi loin que nécessaire.

Attaques de navires au Moyen-Orient

Attaques de navires au Moyen-Orient
Sources : Institute for the Study of War, RBC Marchés des Capitaux.

L’Iran lui-même expédie du pétrole par le détroit dans des volumes presque identiques à ceux d’avant la guerre, soutenant ainsi son économie chancelante et alimentant ses efforts de guerre. Selon une estimation récente, l’Iran a pu exporter 16 millions de barils depuis mars.

Contraintes et mécanismes d’allégement

Début mars, les perturbations de l’approvisionnement causées par l’emprise de l’Iran sur le détroit d’Ormuz ont déclenché le prélèvement dans les réserves stratégiques le plus important de l’histoire de l’Agence internationale de l’énergie. Le Canada et 31 autres pays ont ainsi convenu de débloquer 400 millions de barils de pétrole. Le Canada a aussi demandé à ses producteurs de libérer des stocks et étudie des mesures pour stimuler les exportations. Malgré cette intervention, le prix du Brent reste élevé, en raison des attaques visant des pétroliers signalées dans le détroit.  

Si les pays de l’OPEP+ tentaient d’accroître leur production, les contraintes logistiques limiteraient ces efforts, puisqu’un grand nombre d’entre eux tournent déjà presque à plein régime (à l’exception de l’Arabie saoudite). Des contraintes de stockage commencent également à se faire sentir dans la région. Certains producteurs du Moyen-Orient auraient suspendu leurs activités, étant donné que leurs capacités de stockage se remplissent pendant que les exportations sont entravées. Avoir des barils à remplir est sans importance si les voies navigables ne peuvent pas être empruntées.

Selon les estimations de RBC Gestion mondiale d’actifs , dans un scénario négatif plus extrême où la totalité de l’approvisionnement en pétrole du détroit (environ 20 à 21 millions de barils par jour) serait éliminée du marché, le prix du pétrole (WTI) pourrait atteindre environ 190 $ US/baril. Heureusement, RBC GAM estime qu’il existe des compensations structurelles et fondées sur des politiques qui rendent un tel scénario moins probable. Comme il est indiqué ci-dessous, ces mesures pourraient amortir les répercussions d’une perturbation prolongée et compenser en partie la perte théorique de pétrole et de liquides de gaz naturel qui transitent habituellement par le détroit :

  • L’Arabie saoudite peut réacheminer le pétrole par son oléoduc de la mer Rouge, qui dispose d’une capacité excédentaire de 4 à 6 Mb/j.
  • Les Émirats arabes unis peuvent contourner le détroit d’Ormuz par un pipeline plus petit vers le golfe d’Oman, avec une capacité excédentaire estimée à 700 kb/j.
  • L’Iran continue d’expédier du pétrole, ayant représenté environ 2,4 Mb/j des volumes transitant par le détroit l’an dernier, ce qui donne à penser que tous les flux ne seraient pas immédiatement interrompus.
  • Le communiqué coordonné susmentionné d’environ 400 Mb pourrait ajouter de 2 à 4 Mb/j d’approvisionnement à court terme.
  • La Chine a accumulé des réserves substantielles (de 1,2 à 1,3 Mb) et pourrait les utiliser pour atténuer les perturbations de l’approvisionnement.
  • Un allègement temporaire des sanctions sur le pétrole russe pourrait débloquer environ 120 Mb actuellement en stockage ou en transit.

Bien que les estimations demeurent incertaines, elles suggèrent qu’un choc d’environ 20 Mb/j pourrait se traduire par un déficit effectif beaucoup plus faible – plus près de 5,5 Mb/j – ce qui est plus conforme aux niveaux de prix actuels que le scénario haussier extrême mentionné précédemment

La durée est importante pour l’équilibre entre la hausse de l’inflation et la destruction de la demande

Grâce à la révolution du pétrole de schiste de ces dernières décennies, les États-Unis sont assurément devenus moins vulnérables aux chocs des prix du pétrole. Selon les estimations de Services économiques RBC et de l’Energy Information Administration des États-Unis, la production est passée de 5,4 millions de barils par jour en 2004 à environ 13,5 millions de barils par jour en 2025, transformant les États-Unis d’importateur net en exportateur net.

Les États-Unis ont considérablement accru leurs exportations mondiales de pétrole

En milliards USD, balance commerciale du pétrole et du gaz

Les États-Unis ont considérablement accru leurs exportations mondiales de pétrole
Au 10 mars 2026. Sources : U.S. Census Bureau, Services économiques RBC.

Étant donné que les États-Unis sont maintenant un exportateur net d’énergie et qu’ils sont donc relativement moins dépendants de l’approvisionnement passant par le détroit d’Ormuz, le conflit en cours pourrait avoir un impact direct plus modéré sur eux. Néanmoins, il est peu probable que leur production de pétrole de schiste compense l’offre perdue en raison de la fermeture presque totale du détroit. Les producteurs de pétrole de schiste auront du mal à augmenter la production facilement ou rapidement en raison de contraintes opérationnelles et financières, et ce, malgré les progrès en matière d’efficacité dans l’ensemble du secteur. De plus, les acteurs du secteur demeurent sensibles aux prix et préfèrent une gestion rigoureuse du capital à des profits à court terme. Bien que les États-Unis disposent de réserves de pétrole et qu’ils soient loin de la portée des bombes, la mondialisation à plusieurs niveaux des chaînes logistiques a pour conséquence une foule de mécanismes de transmission qui finiront par nuire à l’économie américaine.

À la mi-mars 2026, les prix de l’essence aux États-Unis avaient bondi au-delà des 3,80 $ US le gallon, leur plus haut niveau depuis octobre 2023. Les États-Unis restent relativement bien approvisionnés en carburant ; les stocks à la mi-mars étaient d’environ 28,5 jours, mais les prix à la pompe continuent de refléter les perturbations de la chaîne d’approvisionnement énergétique à l’échelle mondiale. Bien que la hausse des prix du pétrole et de l’essence ait retenu toute l’attention des médias, les répercussions ne sont pas négligeables. En fait, les prix d’autres biens et services pourraient fortement augmenter si le conflit devait perdurer, ce qui porterait un double coup dur à l’inflation mondiale.

Les prix d’autres articles, comme les aliments, pourraient encore grimper en raison de la hausse du coût des engrais. Le Moyen-Orient est une source importante d’urée, un élément clé utilisé dans la fabrication des engrais à l’échelle mondiale. On estime que plus de 30 % de l’urée mondiale, et plus de 20 % des engrais qui en contiennent traversent le détroit d’Ormuz. De même, près de 20 % de l’aluminium brut mondial provient du Moyen-Orient.  Les prix du gaz naturel en Europe et en Asie ont doublé depuis le début de la guerre, ce qui pourrait faire grimper les prix dans le monde entier, et l’augmentation de la demande de gaz naturel liquéfié aux États-Unis pourrait faire grimper davantage les prix au pays. Parmi les autres secteurs dont les prix sont susceptibles de subir des pressions à la hausse, mentionnons ceux des plastiques, des produits chimiques et des produits pharmaceutiques, tandis que la hausse du coût du carburéacteur et du diesel rendra les voyages aériens moins abordables et le transport de marchandises, notamment par camions, plus cher.

La hausse des prix du pétrole et les effets secondaires de la violente montée de la guerre au Moyen-Orient ont des répercussions immédiates sur les ménages, dont le revenu disponible a diminué pour la consommation, qui est le principal moteur de l’économie américaine puisqu’elle représente environ 70 % du PIB. Tant que la guerre fera rage, les ménages américains (et ceux des autres pays, dont le Canada) devront vraisemblablement payer des prix plus élevés à la pompe, pour les services publics, à l’épicerie et pour la nourriture en général. L’incertitude économique et la volatilité géopolitique croissantes pourraient refroidir la disposition des ménages à dépenser, ce qui pèserait sur la demande globale. Pour les ménages à faible revenu, qui consacrent une part disproportionnée de leur revenu aux produits de première nécessité, ces pressions vont sans aucun doute exacerber la crise de l’abordabilité et l’inégalité de revenu aux États-Unis, où elle frôle déjà des niveaux historiquement élevés. 

Le budget des ménages à revenu faible et moyen subira un choc disproportionné à mesure que les prix de l’essence continueront d’augmenter

Dépenses en essence en % des dépenses annuelles moyennes, 2024

Le budget des ménages à revenu faible et moyen subira un choc disproportionné à mesure que les prix de l'essence continueront d'augmenter

Sous un angle différent, il est possible que l’effet modérateur sur la consommation soit en partie compensé par une hausse des revenus provenant du secteur de l’énergie. Toutefois, l’incidence définitive sur le PIB dépendra à la fois de la durée et de l’ampleur de la hausse des prix du pétrole. Alors que certaines sociétés du secteur de l’énergie ou qui y sont liées peuvent tirer profit d’une hausse des prix de l’énergie, les hauts dirigeants de quelques-unes des plus grandes sociétés américaines de l’énergie ont fait part de leurs préoccupations à la Maison-Blanche concernant le conflit, selon le Wall Street Journal. Si la guerre perdure, des prix élevés pour une période prolongée pourraient améliorer les résultats de ces sociétés à court terme, mais détruire l’économie et freiner la demande de carburant (et, par conséquent, forcer les producteurs à sabrer dans la production et à réduire les coûts) à moyen et à long terme.

Les questions entourant les perspectives de l’inflation aux États-Unis, qui reste obstinément supérieure à la cible de la Réserve fédérale (Fed), ont été ramenées à l’avant-scène, avec raison. À notre avis, le risque de tensions stagflationnistes s’est accru si l’on tient compte de l’effet cumulé de la hausse des prix du pétrole et des pressions associées aux droits de douane. Selon les estimations des Services économiques RBC, si les prix du pétrole demeurent entre 75 $ et 100 $ le baril, l’inflation se stabilisera probablement au-dessus de 3 % sur 12 mois.

À ce stade-ci du conflit, il est difficile de prévoir quelle sera la réaction des banques centrales. Pour l’heure, Services économiques RBC s’attend à ce que la Fed adopte une approche attentiste en 2026. Si la hausse des prix du pétrole pose le risque d’une hausse de l’inflation (et fait donc planer le spectre d’une augmentation des taux d’intérêt), elle pourrait très bien être contrebalancée par une détérioration importante de l’activité de consommation, en particulier si le conflit passe de plusieurs semaines à une guerre de plusieurs mois (voire d’une année). Le fléchissement de la demande pourrait avoir des répercussions sur le marché de l’emploi à moyen terme, auquel cas la réduction des taux d’intérêt par la Fed et les autres banques centrales pourrait très bien demeurer une réelle possibilité.

Au Canada, l’augmentation des prix du pétrole et du gaz est en théorie favorable à l’économie. Le secteur de l’énergie représente un peu moins de 7 % du PIB et 15 % du total des exportations de biens en 2025, selon Services économiques RBC. Malgré les avantages que l’économie canadienne pourrait tirer de la hausse des prix de l’énergie, son incidence à court terme sur le PIB devrait être faible en l’absence d’investissements, une situation caractérisée par des coûts élevés et de longs délais de construction. De plus, comme les producteurs craignent que la récente flambée des prix du pétrole se résorbe, d’importantes dépenses en immobilisations sont peu probables à ce stade-ci du conflit.

Selon Services économiques RBC, si le prix du brut de référence West Texas Intermediate reste à 100 $ le baril, l’IPC pourrait gagner trois quarts de point de pourcentage par rapport à sa prévision de février (avant le début du conflit), et culminer à environ 3 % au Canada cette année. Toutefois, ces estimations ne reflètent aucunement l’incidence des pressions désinflationnistes découlant de la diminution de la demande des ménages. Étant donné que le conflit n’en est qu’à ses débuts et qu’on ne sait pas exactement comment il évoluera, Services économiques RBC continue de prévoir que la Banque du Canada maintiendra les taux d’intérêt en 2026.

L’incertitude géopolitique et la volatilité des marchés font peur ; la préparation du portefeuille est essentielle

En ce qui a trait aux actions, la question clé n’est pas de savoir si le pétrole et l’énergie connaîtront généralement des hausses de prix à court terme, mais si les prix demeureront élevés assez longtemps pour ébranler la confiance des marchés financiers et de l’économie en général. Bien que nous restions optimistes à l’égard des actions américaines en 2026 et que nous maintenions nos perspectives pour l’instant, il est important de surveiller attentivement la dynamique du marché de l’énergie. Bien que les perspectives de bénéfices générales soient favorables au rendement cette année, les valorisations élevées, surtout sur les marchés américains, restent vulnérables aux déceptions et au risque de mauvaises nouvelles. Notre optimisme à l’égard des actions penche vers les actions internationales, notamment celles de l’Europe, du Japon et des marchés émergents, où les valorisations demeurent relativement plus attrayantes.

Selon l’analyse d’épisodes historiques de RBC GMA, les chocs géopolitiques ont tendance à provoquer des réactions de courte durée sur les marchés. Lors des actes de guerre antérieurs, l’expérience médiane a été un recul d’environ 3 % de l’indice S&P 500, peu de variation des taux obligataires, et de modestes gains de l’or, du dollar américain et du pétrole durant la période de réaction initiale, comme le montre le graphique ci-dessous.

Réaction des marchés aux actes de guerre

Rendements et statistiques médianes

Réaction des marchés aux actes de guerre

À vrai dire, même si l’indice S&P 500 a reculé depuis la fin de février, sa baisse en cumul annuel reste modeste par rapport à ses pairs mondiaux. Il est à noter que la faiblesse a été concentrée dans les actions de croissance de sociétés à mégacapitalisation – en particulier les sept magnifiques – tandis que les indices généraux et plusieurs marchés internationaux ont fait preuve d’une plus grande résilience.

Rendement des indices boursiers (au 18 mars 2026)

Rendement des indices boursiers (au 18 mars 2026)

Comme toujours, les rendements passés ne sont pas garants des résultats futurs. Plusieurs facteurs pourraient provoquer un recul des marchés. Même à ce chapitre, les précédents historiques laissent entrevoir une résilience des marchés à mesure que l’horizon de placement des investisseurs s’allonge. Rester calme, rester diversifié et rester investi à long terme demeure notre orientation. 


Ce commentaire, qui se fonde sur des données dignes de foi au moment de la rédaction, peut changer.Les opinions et les estimations contenues dans ce rapport représentent le jugement de RBC PH&N SCP en date du présent rapport, sont sujettes à changement sans préavis et sont fournies de bonne foi, mais sans responsabilité légale. Les taux d’intérêt, l’évolution du marché et divers autres facteurs touchant les placements sont susceptibles de changer. Le rendement passé ne garantit pas les résultats futurs. Les données fournies sont destinées uniquement à illustrer certains rendements passés et ne visent pas à indiquer des valeurs ou des rendements futurs. Le présent commentaire a été préparé à l’intention des sociétés membres de RBC Gestion de patrimoine, RBC Dominion valeurs mobilières Inc.*, RBC Phillips, Hager & North Services-conseils en placements inc., RBC Gestion mondiale d’actifs inc., Société Trust Royal du Canada et la Compagnie Trust Royal (collectivement, les sociétés) et leur société affiliée, Fonds d’investissement Royal Inc. (FIRI). * Membre – Fonds canadien de protection des investisseurs. Chacune des sociétés, FIRI et la Banque Royale du Canada sont des entités juridiques distinctes qui sont affiliées. â  / MC Marque(s) déposée(s) de Banque Royale du Canada, utilisées sous licence. © Banque Royale du Canada. 2026. Tous droits réservés.


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