Des fusées sur la lune

Analyse
Perspectives

Comment l’IA propulse les marchés actuels et nourrit les espoirs des investisseurs à l’égard d’un avenir hors de l’ordinaire.

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25 juin 2026

Tasneem Azim-Khan
Stratégiste en chef, Placements, RBC PH&N Services-conseils en placements inc.

Avec la contribution de Noha Fazili, analyste de recherche.

Nota : Sauf indication contraire, le contenu et les données sont en date du 25 juin 2026.

Les marchés sont au septième ciel alors que les espoirs suscités par l’IA éclipsent les craintes d’ordre géopolitique

Démontrant une résilience à toute épreuve, les marchés boursiers ont poursuivi leur progression en cumul annuel, surtout en Amérique du Nord. À vrai dire, les marchés boursiers américains ont subi une correction d’environ 8 % en réaction à l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, et ont touché un creux le 30 mars. Depuis lors, les marchés ont toutefois amorcé ce qui semble être une reprise en « V », remontant de plus de 15 % et s’envolant au-dessus des niveaux atteints avant le conflit pour parvenir à de nouveaux sommets.

L’euphorie entourant l’introduction en Bourse de SpaceX, les PAPE très attendus d’Anthropic et d’OpenAI ainsi que le protocole d’entente entre l’Iran et les États-Unis ont galvanisé les marchés.

Le moteur des bénéfices des sociétés continue de tourner rondement

L’ascension des marchés boursiers peut s’expliquer par la vigueur des bénéfices des sociétés, la vague d’investissements dans l’IA et le fait que l’économie a jusqu’ici mieux absorbé que prévu la hausse des prix de l’énergie. Il faut toutefois mettre un bémol : le rebond depuis les creux de mars n’a pas été généralisé, les actions des secteurs de l’énergie, de la technologie et des services de communications ayant mené le bal dans un marché dont la progression est par ailleurs relativement étroite.

Rendements sectoriels de l’indice S&P 500

Graphique à barres horizontales comparant la performance du secteur de l’indice S&P 500 pour deux périodes : depuis le début de l’année (orange) et le 30 mars à ce jour (marine sombre). L’énergie mène les rendements depuis le début de l’année à 21,20 %, mais affiche une baisse de -12,97 % du 30 mars à ce jour. La technologie a le rendement le plus élevé au 30 mars à ce jour, soit 33,13 %, comparativement à 15,83 % depuis le début de l’année. Dans l’ensemble, les produits industriels, l’immobilier et le S&P 500 affichent des rendements positifs au cours des deux périodes. Les secteurs des services financiers, des services de communication et des discrétionnaires affichent des rendements négatifs depuis le début de l’année (-1,35 %, -2,22 % et -4,65 % respectivement), tout en affichant des hausses positives du 30 mars à ce jour. Les soins de santé, les bureaux de base et les services publics affichent des rendements positifs modestes au cours des deux périodes.
Source : Bloomberg. Nota : Au 25 juin 2026. Filtre selon le cumul annuel, du plus haut au plus bas.

La robustesse du moteur de la croissance des bénéfices des sociétés a été manifeste au premier trimestre de l’année. La période de publication des résultats du premier trimestre pour l’indice S&P 500 est maintenant terminée et plus de 85 % des sociétés ont déclaré des bénéfices supérieurs aux prévisions générales. Selon FactSet, ce taux de dépassement est sans précédent depuis le deuxième trimestre de 2021. La croissance des bénéfices au cours du trimestre s’est établie à environ 28 % et a été la plus forte depuis le quatrième trimestre de 2021. Selon FactSet, il s’agit du sixième trimestre consécutif d’augmentation des bénéfices d’au moins 10 % pour l’indice S&P 500. Comme prévu, le secteur de la technologie de l’information a affiché la meilleure progression des bénéfices parmi les 11 secteurs du S&P 500, soit plus de 50 %, principalement grâce à la tendance (apparemment) irréversible de l’IA.

Tableau de données intitulé « S&P 500 Sectors EPS Growth Estimates and Valuations ». Les colonnes montrent les pondérations sectorielles, les estimations des prix aux bénéfices pour 2026 et 2027 (en multiples) et les estimations de la croissance du bénéfice par action d’une année à l’autre pour 2026 et 2027 (en pourcentage), en date du 25 juin 2026. La technologie est le plus grand secteur avec un poids de 37,6 %, avec une croissance du BPA 2026E de 50,8 % et une croissance du BPA 2027E de 28,9 % (surlignée en orange). L’énergie a la plus forte croissance du BPA 2026E avec 67,7 % (surlignée en orange), mais une croissance négative du BPA 2027E de -11,1 % (surlignée en gris-bleu). Les soins de santé affichent la plus faible croissance du BPA 2026E à 1,5 % (surlignée en gris-bleu). Les industriels ont le P / E 2026E le plus élevé à 27,7x (surligné en orange). Les services financiers, les services de communication et l’immobilier sont les plus petits secteurs en poids.
Source : Bloomberg. Nota : Au 25 juin 2026. C/B = ratio cours/bénéfice ; BPA = bénéfice par action. Croissance du BPA sur 12 mois. Les valeurs les plus fortes et les plus faibles sont en surbrillance dans chaque colonne.

Les prévisions de croissance des bénéfices pour cette année ont été revues à la hausse, passant de 10 % à 15 % au début de l’année à plus de 20 %. Les attentes moyennes laissent entrevoir une autre hausse des bénéfices de 10 à 15 % en 2027. Nous sommes en présence d’un thème récurrent, qui est en quelque sorte une caractéristique d’un indice très concentré : les révisions à la hausse des bénéfices sont annoncées en grande partie par des sociétés liées à la technologie de l’information. Ce secteur devrait être prédominant et surpasser l’ensemble du marché sur le plan de la croissance des bénéfices au cours des deux prochaines années. 

Mise en contexte de la valorisation du marché boursier américain

Les valorisations de l’indice S&P 500 sont actuellement supérieures à sa moyenne historique et à celles des autres marchés développés. Toutefois, une mise en contexte s’impose sans doute. Premièrement, les valorisations des actions américaines s’expliquent de façon disproportionnée par la croissance des bénéfices plutôt que par l’accroissement des ratios. En fait, le ratio cours-bénéfice (C/B) actuel, qui s’établit à environ 21 x, est inférieur au récent sommet de 23 x. Deuxièmement, si l’on exclut de l’indice les sept magnifiques (Microsoft, Amazon, Alphabet, Meta, Nvidia, Tesla et Apple), dont le poids dans le S&P 500 est de près de 30 %, on obtient une valorisation plus ou moins égale à la moyenne à long terme.

La valorisation de l’indice S&P 500 est beaucoup plus raisonnable sans les « sept magnifiques  »

Graphique à deux lignes qui suit les ratios cours/bénéfice (C/B) de 2014 à 2025. La ligne marine sombre représente le P / E du S &P 500, actuellement à 21,1x. La ligne orange représente le P/E du S&P 500 à l’exclusion des Magnificent Seven, actuellement à 15,7x. Une ligne grise horizontale pointillée marque la moyenne à long terme de 16,6x. Les deux séries suivent de près jusqu’à environ 2019-2020, après quoi le P / E S &P 500 complet s’élève nettement au-dessus de la moyenne à long terme et au-dessus de la mesure ex-Magnificent Seven, qui reste proche de la moyenne à long terme. L’écart entre les deux lignes se creuse nettement à partir de 2023, illustrant la prime de valorisation attribuable aux sept actions Magnificent.
Source : Bloomberg, RBC GMA. Rendements en dollars américains. Du 1er janv. 2020 au 31 mai 2026. Les « sept magnifiques » sont Meta, Apple, Alphabet, Microsoft, Amazon, NVIDIA et Tesla. « S&P 500 excluant les sept magnifiques » correspond au rendement qu’aurait l’indice si on enlevait les « sept magnifiques » et qu’on rajustait proportionnellement la pondération des autres titres. Nota : Vous ne pouvez investir directement dans un indice. Tesla fait partie du S&P 500 depuis le 18 décembre 2020. Les rendements antérieurs ne sont pas garants des résultats futurs. La somme des chiffres peut ne pas correspondre au total indiqué, en raison des valeurs résiduelles et de la composition.

Enfin, nous croyons que la forte valorisation des marchés boursiers américains par rapport à leurs pairs est en partie justifiée par la croissance plus élevée que prévu des bénéfices aux États-Unis comparativement aux autres marchés développés en 2026 (à l’exception du Canada) et en 2027.

Tableau de données intitulé « Estimations et valorisations de la croissance du BPA des marchés développés » au 25 juin 2026. Les colonnes présentent les estimations du cours au bénéfice et les estimations de la croissance du bénéfice par action d’une année à l’autre pour 2026 et 2027 sur cinq marchés. La ligne du S&P 500 est surlignée en orange, affichant le P/E 2026E le plus élevé à 21,6x, la croissance du BPA 2026E de 23,0 %, le P/E 2027E de 18,7x et la croissance du BPA 2027E de 15,2 %. L’indice composé S&P/TSX a affiché la plus forte croissance du BPA en 2026E, soit 27,5 % (surlignée en orange). MSCI EMU affiche la plus faible croissance du BPA 2026E à 12,6 % (surlignée en gris-bleu). Le FTSE 100 a le P / E le plus bas des deux années à 13,0x (2026E) et 12,3x (2027E), tous deux mis en évidence en gris-bleu, et la plus faible croissance du BPA 2027E à 5,9%. La Bourse de Tokyo affiche un P / E 2026E de 18,4x avec des estimations de croissance du BPA modérées.
Source : Bloomberg. Nota : Au 15 juin 2026. C/B = ratio cours-bénéfice ; BPA = bénéfice par action. Croissance du BPA sur 12 mois. Les valeurs les plus fortes et les plus faibles sont en surbrillance dans chaque colonne.

Nous croyons qu’il sera difficile pour les investisseurs de parier contre les marchés boursiers américains, étant donné qu’ils sont à la tête de la révolution de l’IA. Nous estimons qu’une légère surpondération de cette catégorie d’actifs est raisonnable, mais les investisseurs devraient être conscients de la concentration de l’indice mentionnée ci-dessus. Dans les portefeuilles, la discipline en ce qui a trait à la gestion du risque d’évaluation, au rééquilibrage et à la diversification (parmi les actions et les catégories d’actifs) demeure essentielle.

Code et capital : évaluation de la course à l’IA

L’un des principaux piliers de la concentration croissante du secteur de la technologie sur les marchés boursiers américains est la course à l’IA, dominée par une poignée de fournisseurs de services infonuagiques à mégacapitalisation. Les dépenses en immobilisations des principaux fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle sont tout simplement sans précédent, les investissements dans le secteur étant estimés à plus de 750 milliards de dollars pour l’année. Ce chiffre est supérieur de 80 % aux niveaux de 2025 et dénote la poursuite de l’un des cycles d’investissements les plus rapides et les plus importants depuis des décennies.

Les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle devraient continuer d’accroître leurs dépenses en capital

Graphique à barres et en courbes empilés combinés montrant les investissements annuels des dépenses en immobilisations en IA en dollars américains (milliards de dollars) de 2020 à 2028 (estimation), avec une variation en pourcentage d’une année à l’autre superposée à une ligne sombre de la marine sur l’axe de droite.   Les barres empilées décomposent les investissements par entreprise : Amazon (marine sombre), Alphabet (orange), Meta (vert), Microsoft (gris-bleu) et Oracle (bleu clair).   L’investissement total passe de 97 milliards de dollars en 2020 à 154 milliards de dollars en 2023, puis s’accélère fortement pour atteindre 240 milliards de dollars en 2024, 416 milliards de dollars en 2025E, 738 milliards de dollars en 2026E, 900 milliards de dollars en 2027E et 950 milliards de dollars et plus en 2028E.   La croissance d’une année sur l’autre culmine à 78 % en 2026E, avec un creux à -3 % en 2023 avant la forte accélération.   D’ici 2028E, la croissance ralentit à 8%, bien que les niveaux d’investissement absolus restent proches de 950 milliards de dollars.   Amazon est toujours le plus grand contributeur de toutes les années.
Nota : Au 3 juin 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA.

Les dépenses en immobilisations annoncées pour 2026 représentent actuellement 2 % du PIB des États-Unis, et elles augmenteront probablement au cours des deux prochaines années. Selon les estimations générales des dépenses en immobilisations dans le domaine de l’IA, celles-ci pourraient dépasser un billion de dollars en 2027.

Le niveau sans précédent des dépenses, conjugué à la valorisation relativement élevée des titres liés à l’IA et des actions connexes, a suscité des comparaisons avec la bulle Internet de la fin des années 1990. Nous considérons toutefois qu’il s’agit du premier stade d’un supercycle de l’IA plutôt que d’une bulle. D’une part, ces dépenses sont principalement financées à l’aide des bénéfices des sociétés plutôt que d’obligations spéculatives. Le financement est concentré de façon disproportionnée dans le segment des grandes sociétés technologiques établies à mégacapitalisation, qui regorgent de flux de trésorerie et dont les bilans sont sains, et non dans celui des entreprises en démarrage qui consomment beaucoup de liquidités. Du point de vue des marges d’investissement, les dépenses en immobilisations demeurent inférieures à ce qu’elles étaient lors de la bulle technologique et de l’âge d’or, malgré leurs niveaux inédits.

Investissements en pourcentage des revenus*

Diagramme à barres comparant les dépenses en immobilisations en pourcentage des revenus au cours de trois cycles d’investissement historiques. Les chemins de fer (1869-1888) affichent un ratio dépenses d’investissement / revenus de 189%. La bulle Point-Com (1997-2000) affiche le ratio le plus élevé à 408%. Les 5 grands hyperscalers (estimés en 2026) montrent un ratio de 36%, annoté avec un chiffre d’affaires de 2,0 billions de dollars et des dépenses d’investissement de 0,7 billion de dollars, reliés par une flèche vers le bas. Le graphique montre que, bien que l’investissement dans l’IA hyperscaler soit important en dollars absolus, il représente une part significativement inférieure des revenus par rapport aux booms précédents des investissements technologiques.
*Chemins de fer : selon la Réserve fédérale de St Louis | Bulle technologique : Réserve fédérale de San Francisco et l’OCDE | Cinq fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle : Morgan Stanley Tech Research et documents publics.

Parmi les autres caractéristiques de cette révolution technologique figure la rareté – et non l’excédent – résultant d’un manque structurel de puissance de calcul, de capacité du réseau électrique, de centres de données et de mémoire à large bande passante. En d’autres termes, la construction massive d’infrastructures matérielles pour soutenir le développement de l’IA et répondre à la forte demande n’en est qu’à ses débuts et les signes de surconstruction sont rares. Plutôt que d’être dépensées pour des idées abstraites, les liquidités sont investies dans des infrastructures matérielles afin de faire face à l’accroissement de la demande.

Accélération de la demande pour les centres de données

Nouveaux crédits-bails aux É.-U. (MW)

Graphique par secteur montrant la croissance exponentielle dans une mesure (non étiquetée sur l’axe vertical) de 2016 à 2025. La valeur était relativement stable de 314 en 2016 à 359 en 2019, puis a bondi de façon spectaculaire , augmentant fortement à partir de 2020 et atteignant 13 416 en 2025. Une flèche incurvée et une étiquette mettent cela en évidence comme une augmentation de 37x. La zone bleue ombrée sous la courbe souligne l’échelle d’accélération, en particulier de 2023 à 2025.
Nota : Rien ne garantit qu’un fonds ou un placement Blackstone atteindra ses objectifs ou évitera des pertes importantes, ni que l’une ou l’autre des tendances décrites dans les présentes sera maintenue ou ne s’inversera pas. Voir la section « Renseignements importants », notamment les « Tendances ».

Il ne fait aucun doute que l’attention des investisseurs se portera désormais sur le rendement du capital investi pour ces dépenses en immobilisations colossales. Sur le plan positif, RBC Gestion mondiale d’actifs note qu’au cours des dernières années, les capacités des grands modèles de langage ont plus que sextuplé annuellement.

Les modèles d’IA gagnent en puissance à un rythme exponentiel

Nuage de points avec un axe vertical logarithmique montrant les performances du modèle AI sur le score de l’horizon temporel de 50 % du TEMI (mesuré en minutes) de janvier 2024 au début de 2026. Une ligne de tendance diagonale va d’environ 5 minutes en janvier 2024 à environ 300 minutes au début de 2026, indiquant une amélioration exponentielle constante. Les points de données (représentés par des cercles bleu-gris) suivent de près la ligne de tendance. Les modèles étiquetés les plus récents sont Claude Opus 4.5 et Claude Opus 4.6, avec Claude Opus 4.6 obtenant un score supérieur à 512 minutes - la valeur la plus élevée indiquée. Le graphique illustre l’amélioration rapide et soutenue de l’autonomie des tâches d’IA au cours de la période.
Nota : Au 20 mars 2026. Sources : METR, RBC GMA.

RBC GMA estime également que les dépenses en infrastructures pour l’IA ont contribué à hauteur d’environ 0,5 % à la croissance du PIB des États-Unis en 2025. Cet apport substantiel compense partiellement la perte de croissance économique (-0,75 %) résultant de l’imposition de droits de douane. Une contribution similaire provenant de l’expansion de l’IA est prévue pour 2026.

L’adoption de l’IA par les entreprises est en hausse dans le monde entier. Selon un rapport de McKinsey, un peu moins de 20 % de la population en âge de travailler aura recours à l’IA d’ici la fin de 2026. En ce qui concerne les entreprises, plus de 85 % d’entre elles utilisent l’IA pour au moins une fonction, mais il reste beaucoup de travail à accomplir au cours de la phase des projets pilotes ou des essais. Plus de 60 % des entreprises ayant répondu au sondage s’attendent à ce que l’IA augmente directement la productivité. Cependant, le tiers d’entre elles entrevoit des perturbations touchant certains postes en raison d’une plus grande automatisation suscitée par l’IA. RBC Gestion mondiale d’actifs signale une accélération de la croissance de la productivité aux États-Unis depuis le lancement de ChatGPT, ce qui laisse croire que les avantages de cette technologie transformationnelle se font déjà sentir.

La croissance de la productivité de la main-d’œuvre aux États-Unis s’est accélérée depuis le lancement de ChatGPT

Carte à deux lignes suivant les États-Unis indice de productivité du travail de 2015 à 2026. La ligne orange représente la tendance de productivité de 2015-19, qui augmente régulièrement en ligne droite d’environ 98 à 116. La ligne sombre de la marine représente la productivité réelle des entreprises non agricoles, qui suit près de la ligne de tendance avant 2020, atteint des sommets à la hausse au cours de 2020-2021 (annotée comme « distorsions pandémiques »), puis retombe à la tendance d’ici 2022. Après la première sortie commerciale de ChatGPT en novembre 2022 (marquée par une ligne pointillée verticale), la productivité réelle s’accélère au-dessus de la ligne de tendance d’avant la pandémie, atteignant environ 119 d’ici 2026 - ce qui provoque l’annotation « AI boost ? » Le graphique soulève la question de savoir si l’adoption de l’IA commence à générer des gains de productivité supérieurs à la tendance historique.
Nota : Au T1 de 2026. Sources : Macrobond, RBC GMA.

En ce qui concerne le potentiel de monétisation, les analystes de Wall Street font remarquer que les commandes en attente parmi les principaux fournisseurs de services infonuagiques sont estimées à 2 000 milliards de dollars. Ce carnet de commandes représente les futurs revenus tirés de contrats d’infonuagique, principalement attribuables à l’augmentation de la demande des entreprises en infrastructures pour l’IA. L’important est de savoir si ces énormes dépenses favoriseront l’efficacité des calculs et finiront par entraîner une expansion notable des marges de ces sociétés. À court et à moyen terme, nous croyons qu’il convient de s’attendre à une certaine compression des marges avant que celles-ci s’accroissent sensiblement à long terme.

En fin de compte, la promesse de l’IA visant à remodeler la productivité mondiale est convaincante et fait écho aux vagues transformatrices engendrées par le moteur à vapeur et l’Internet. L’histoire nous enseigne toutefois que les voies du progrès tracées par de telles révolutions technologiques sont parsemées de soubresauts et n’empruntent pas une trajectoire linéaire. La révolution de l’IA traversera probablement ses propres périodes de turbulences semblables à celles occasionnées par le déploiement de l’électricité ou le lancement des services Internet initiaux à large bande, qui se sont heurtés à d’énormes obstacles au chapitre des infrastructures, et ont provoqué une forte volatilité du marché et certains bouleversements douloureux avant de transformer fondamentalement notre économie.

Les investisseurs doivent se montrer disciplinés face à l’inévitable volatilité. Les portefeuilles les plus résistants seront composés par ceux qui savent concilier la sensibilité au potentiel incommensurable de l’IA et la reconnaissance pragmatique du fait que la voie d’une adoption généralisée est toujours marquée par des difficultés de croissance.


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