Le casse-tête de l’ACEUM se poursuit.
18 juin 2026
Tasneem Azim-Khan Stratégiste en chef, Placements, RBC PH&N Services-conseils en placements inc.
Avec la contribution de Noha Fazili, analyste de recherche
Veuillez noter : Tous les commentaires, renseignements et données sont en date de la fin de la journée du vendredi 19 juin 2026.
Le Canada a connu plusieurs bonnes évolutions après le « jour de la libération » (c.-à-d. le 2 avril 2025 où l’annonce de droits de douane du président Trump est entrée en vigueur).
L’an dernier, le Canada a réussi à diversifier ses échanges commerciaux en dehors des États-Unis. Selon Services économiques RBC , la part des États-Unis dans les exportations canadiennes totales a chuté sous la barre des 70 % à la fin de 2025, alors qu’elle était de plus de 75 % en 2024. Le Canada a enregistré une augmentation de 29 milliards de dollars de ses exportations vers d’autres partenaires commerciaux que les États-Unis, ce qui a largement compensé une baisse de 6 % sur un an de ses exportations vers les États-Unis. Cette diversification a été principalement soutenue par la flambée des prix de l’or : en 2025, l’or représentait la deuxième source d’exportations, après le pétrole brut.
L’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) a continué de servir de bouclier crucial contre les changements imprévisibles et souvent brutaux de la politique des droits de douane imposée par l’administration Trump. À la suite de l’arrêt de la Cour suprême des États-Unis déclarant que M. Trump a outrepassé les limites du pouvoir exécutif en invoquant l’IEEPA pour imposer des droits de douane généralisés au fondement des risques pour la sécurité nationale, le représentant américain au Commerce a ouvert une enquête en vertu de l’article 301 de la Trade Act of 1974 (loi américaine sur le commerce de 1974), ciblant 60 pays. Le représentant américain au Commerce a ainsi proposé un droit additionnel de 10 % sur les biens en provenance du Canada et d’autres pays, au motif que ces pays n’avaient pas interdit les importations issues du travail forcé. Le représentant américain au Commerce a également proposé l’imposition d’une taxe de 12,5 % pour 44 partenaires commerciaux supplémentaires. Il est toutefois important de noter que ces droits de douane supplémentaires ne s’appliqueraient pas aux marchandises visées par l’ACEUM.
En réponse à la proposition du représentant américain au Commerce, le Canada a indiqué que des mesures supplémentaires visant à renforcer ses interdictions à l’égard des importations de marchandises issues du travail forcé seront bientôt présentées au Parlement.
Au moment de la rédaction du présent document, le 1er juillet s’annonce comme une date butoir dans l’esprit des Canadiens et marque la date fatidique de renégociation de l’ACEUM. Les représentants officiels des trois parties à l’accord ont indiqué que les discussions se prolongeront probablement après cette date. Trois options sont envisageables relativement à l’alliance commerciale, qui régit le commerce continental d’un montant de 2 000 milliards $ US : conclure un accord et le renouveler pour 16 ans ; manquer l’échéance et entrer dans un cycle d’examens annuels réguliers, ou dissoudre l’accord purement et simplement.
En l’absence d’une résolution le 1er juillet, l’accord demeurera en vigueur au moins jusqu’en 2036, à moins que l’un des pays partenaires se retire complètement et procède à des révisions annuelles mobiles. Pour l’heure, nous avançons que cette option est plus appropriée que la cessation de l’AEUM, mais l’incertitude persiste. Les responsables canadiens se prépareraient à un scénario dans lequel les négociations sur les droits de douane s’éterniseraient pendant des années, possiblement jusqu’à la fin du mandat de M. Trump au début de 2029.
La demande d’Ottawa reste simple : un allègement des droits de douane sectoriels en vertu de l’article 232, qui frappent de plein fouet les automobiles, l’acier, l’aluminium et le bois d’œuvre. Les demandes de Washington sont moins catégoriques : relèvement des règles sur le contenu nord-américain (surtout dans le secteur de l’automobile), resserrement des règles d’origine et longue liste de concessions politiques, allant des quotas laitiers aux réglementations sur la diffusion en continu.
Même si le Premier ministre, M. Carney, a passé la majeure partie de l’année à se montrer sceptique quant à l’intégration économique étroite du Canada avec son partenaire commercial du Sud, son point de vue est devenu plus conciliant ces derniers temps. Au début du mois de mai, il a commencé à faire référence à la « forteresse nord-américaine », un cadre commercial et économique stratégique qui souligne la valeur essentielle du Canada pour les États-Unis par le biais d’une intégration continentale solide, de chaînes logistiques étroitement intégrées et d’un alignement sur les politiques économiques et de sécurité des États-Unis. Nous estimons que le calendrier de ce revirement a pour objectif – judicieux – de détendre l’atmosphère des négociations imminentes relatives à l’ACEUM.
Néanmoins, ces discussions exigeront de la finesse et de la dextérité de la part du gouvernement canadien. Les efforts vers ce type de cadre pour préserver l’alliance commerciale transcontinentale doivent être mis en balance avec le maintien de la souveraineté canadienne et la préservation d’autres alliances commerciales internationales. Malgré les concessions déjà faites par le Canada (notamment sur les services numériques, la sécurité des frontières et les engagements militaires), nous pensons que les investisseurs doivent s’attendre à une escalade de la rhétorique belliqueuse de la part de l’administration Trump, ce qui pourrait potentiellement provoquer une certaine volatilité sur les marchés.
À moyen et à long terme, nous croyons toujours que toutes les parties concernées parviendront à s’entendre et conclure l’ACEUM 2.0. Toutefois, nous estimons que les États-Unis vont tirer parti de leur puissance en tant que premier débouché commercial de leurs partenaires de l’ACEUM pour obtenir des concessions du Canada et du Mexique, bien que l’essentiel du traité devrait selon nous demeurer inchangé.
La renégociation réussie de l’ALENA (qui a précédé l’ACEUM) au cours du premier mandat de M. Trump donne des raisons d’être optimiste. Selon nous, la décision du président d’accorder des exemptions de droits de douane aux produits conformes à l’ACEUM est aussi un signe encourageant.
Même si l’attitude de l’administration Trump peut laisser penser le contraire, il est important de rappeler que cette alliance est économiquement bénéfique pour les États-Unis : selon les estimations de Services économiques RBC, au moins 95 % des marchandises américaines exportées vers le Canada en 2024 faisaient l’objet d’une exonération totale des droits de douane grâce à cet accord. Il est à noter que le Canada constitue le premier marché d’exportation pour plus de 50 % des États américains. Dernièrement, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a reconnu que les négociations relatives à l’alliance commerciale nord-américaine dureront probablement après la date limite du 1er juillet et qu’elles pourraient aboutir à des ententes distinctes avec le Canada et le Mexique, en plus de l’accord tripartite existant. Autrement dit, l’essentiel de l’accord demeurerait probablement en vigueur, puisque les États-Unis chercheraient à régler des différends précis avec le Canada et le Mexique dans des accords connexes distincts. Pour les Canadiens, comme toujours, l’espoir fait vivre.
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