Analyse du protocole d’entente et de la suite des événements.
19 juin 2026
Tasneem Azim-Khan Stratégiste en chef, Placements, RBC PH&N Services-conseils en placements inc.
Avec la contribution de Noha Fazili, analyste de recherche
Nota : Tous les commentaires, renseignements et données datent de la fin de la journée du vendredi 19 juin 2026 (peu après l’annonce du protocole d’entente).
Cela fait plusieurs semaines que les négociateurs américains et iraniens s’escriment à mettre fin à la guerre avec l’Iran, tout en prolongeant un cessez-le-feu déjà fragile. Les marchés ont donc poussé un soupir de soulagement le 14 juin, lorsque, après 15 semaines de conflit, les États-Unis et l’Iran ont conclu un accord de paix provisoire. Les deux parties devaient signer un protocole d’entente officiel en Suisse le 19 juin. Voici les principales conditions de ce protocole :
Le protocole d’entente actuel ne répond qu’à une partie des demandes fondamentales de l’administration Trump (présentées dans le plan de paix israélo-américain en 15 points remis à Téhéran en mars), les deux points ci-dessous demeurant en suspens. Peu d’informations ont filtré quant à la manière où les exigences suivantes seront intégrées aux négociations, ou sur le calendrier de leur inclusion :
Pour sa part, l’Iran exigeait :
Le protocole d’entente traite du déblocage des avoirs et les États-Unis devraient débloquer des avoirs pouvant atteindre 24 milliards de dollars, bien que l’ordre de priorité des étapes demeure un point de discorde crucial. Selon RBC Marchés des Capitaux, Téhéran insiste pour que les fonds soient versés avant la signature du protocole d’entente, alors que Washington fait pression pour un décaissement basé sur le respect des engagements. Au moment de la rédaction de cet article, les deux exigences demeurent toutefois non résolues ou activement contestées.
Selon un récent rapport, la signature du protocole d’entente prévoit un délai de 30 jours pour la réouverture du détroit, aux termes des accords avec l’Iran, et une période distincte de 60 jours, jusqu’à la mi-août, pour les négociations sur le plan nucléaire. Pour être plus précis, le protocole d’entente n’est pas un traité finalisé – une rupture des discussions et même un retour à un conflit militaire direct demeurent possibles, comme c’est le cas à tout moment dans ce qui s’annonce comme une série de négociations agressives pour toutes les parties.
Il existe plusieurs enjeux qui risquent de faire dérailler la mise en œuvre complète et l’application d’une résolution exécutoire. Israël a fortement critiqué les conditions du protocole d’entente, surtout en ce qui a trait à sa confrontation directe (et continue) avec le Hezbollah au Liban. L’Iran affirme qu’il conservera le contrôle opérationnel du détroit ainsi que le pouvoir d’imposer des « frais de service maritime » après la période initiale de 60 jours sans péage. Il s’agit d’une position que la Maison-Blanche rejette formellement, mais qui, en l’état actuel, pourrait entraver de manière significative la normalisation complète des flux maritimes. Parmi les autres risques à court terme, mentionnons les interprétations divergentes des conditions de l’accord, l’opposition nationale croissante pour chacune des parties et la complexité des futures négociations sur le nucléaire.
Les marchés pétroliers se sont fortement ajustés après l’annonce du protocole d’entente. Le pétrole brut Brent a chuté de plus de 30 % par rapport à son sommet de la fin d’avril depuis l’annonce de l’accord, alors que les marchés intègrent un apaisement des tensions géopolitiques, une réduction des « primes de guerre » et une lente reprise des expéditions par le détroit d’Ormuz.
Pourtant, les marchés de l’énergie laissent toujours entendre que le retour à la « normale » n’est pas encore terminé. Le pétrole brut Brent a maintenant effacé la majeure partie de sa prime de guerre et se situe à environ 7 % au-dessus de son niveau au début du conflit à la fin février. Cela représente un changement marqué par rapport à la prime de plus de 10 % observée il y a à peine quelques semaines. Ce resserrement reflète en grande partie les prix du marché qui anticipent une normalisation des flux d’approvisionnement par le détroit, plutôt qu’une confirmation que l’approvisionnement s’est réellement normalisé. La reprise physique des expéditions, la modification des primes d’assurance et la reconstitution des stocks prendront sans doute plus de temps qu’il en a fallu pour s’ajuster. Les prix pourraient donc encore évoluer dans un sens ou dans l’autre à mesure que se resserrera l’écart entre les attentes et la réalité sur le terrain. Les frictions persistantes et les obstacles physiques à la suppression de ce goulot d’étranglement maritime assurent un « escompte d’optimisme », plutôt qu’un véritable retour à la normale des données fondamentales, qui dictera probablement les prochaines fluctuations quotidiennes.
Dans son rapport sur le marché pétrolier du mois de juin, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dit qu’il faut s’attendre à une baisse de la demande mondiale de pétrole de 1,1 million de barils par jour, soit une baisse de 700 000 barils par jour par rapport à ses prévisions antérieures. Les prix élevés de l’énergie et la disponibilité limitée imputables au conflit ont nui aux consommateurs et aux raffineurs, et l’AIE a indiqué que les livraisons de pétrole avaient chuté de 5 millions de barils par jour au deuxième trimestre.
Sur le plan de l’offre, l’AIE a abaissé ses prévisions de 3,9 millions de barils par jour d’une année sur l’autre en 2026, pour les ramener à 102,4 millions de barils par jour. Les stocks de pétrole ont déjà atteint leur plus bas niveau en huit ans, car selon la firme d’analyse Kpler, l’arrêt des expéditions de pétrole du Moyen-Orient au cours des quatre derniers mois s’est traduit par la perte d’un milliard de barils de pétrole. Les réserves stratégiques de pétrole de l’AIE ont atteint leur plus bas niveau depuis 1990, tandis que la réserve d’urgence des États-Unis se situe à un creux qui n’avait plus été atteint depuis 43 ans, car le déblocage de stocks d’urgence s’est accéléré.
Pourtant, l’AIE semble prévoir le passage d’une crise de l’offre à une surabondance de celle-ci pour 2027. L’agence s’attend à ce que l’offre (qui devrait augmenter de huit millions de barils à 110 millions de barils par jour) surpasse la reprise de la demande mondiale de pétrole (estimée à deux millions de barils par jour pour atteindre 105 millions de barils par jour). L’AIE est d’avis qu’un tel répit sera peut-être bien accueilli par le marché, car il permettrait aux pays de renflouer leurs stocks épuisés, de constituer de nouvelles réserves stratégiques ainsi que de réévaluer et de renforcer leurs politiques relatives à la sécurité énergétique nationale.
Quoi qu’il en soit, l’attention restera concentrée cette année sur la résorption du surplus et la normalisation du trafic maritime. La réouverture opérationnelle du détroit se fera progressivement grâce à un exercice de dextérité logistique après plus de 100 jours d’immobilisation des navires sur les eaux du golfe. La spécialiste de l’énergie, Helima Croft à RBC Marchés des Capitaux, prévoit qu’il faudra des mois pour restaurer des niveaux de trafic proches de ceux avant la guerre, surtout si le contexte de la sécurité demeure instable.
Sur une note plus légère, si l’on peut se fier aux marchés de paris dans une certaine mesure (un grand « si »), il pourra encore y avoir lieu d’être optimiste. Au début de juin, les marchés de paris étaient résolument pessimistes quant à la probabilité d’une résolution à court terme de la guerre avec l’Iran et la réouverture subséquente du détroit d’Ormuz. Les négociateurs sur Polymarket n’attribuaient qu’une probabilité inférieure à 30 % à la conclusion d’un accord permanent entre les États-Unis et l’Iran d’ici la fin juin, alors qu’elle atteignait 75 % à la fin mai. De plus, la plateforme suggérait une probabilité d’environ 20 % de voir le transport maritime transitant par le détroit revenir à la normale au cours de la même période, alors que cette probabilité était proche de 60 % le mois précédent.
À peine quelques semaines plus tard, après l’annonce d’un protocole d’entente, les marchés prédictifs sont devenus plutôt optimistes quant à la probabilité d’une normalisation du trafic au niveau du goulot d’étranglement qui relie le golfe Persique au golfe d’Oman.
Entre-temps, les marchés boursiers continuent de progresser depuis le début de l’année, particulièrement aux États-Unis. Il faut cependant reconnaître que les marchés boursiers américains ont subi une correction d’environ 8 % depuis le début des frappes entre les États-Unis et Israël, avant de toucher un creux le 30 mars. Depuis lors, le marché a amorcé ce qui semble être une reprise en « V », remontant de plus de 15 %, repassant au-dessus des niveaux avant le conflit et atteignant de nouveaux sommets.
Bien que la capacité du marché à « faire abstraction » du conflit géopolitique en cours puisse sembler contre-intuitive, elle est, en réalité, tout à fait normale. Selon l’analyse des épisodes historiques de RBC GMA , les chocs géopolitiques ont tendance à provoquer des réactions éphémères sur les marchés.
Lors des conflits armés passés, la tendance médiane s’est soldée par un recul d’environ 3 % de l’indice S&P 500. Précisons que nous croyons fermement que la persistance du conflit au Moyen-Orient pourrait fort bien accentuer la volatilité sur le marché. En fin de compte, l’attention du marché se recentra sur la capacité à générer des bénéfices. Nous croyons que cette résilience peut largement s’expliquer par la vigueur de la capacité bénéficiaire des entreprises, la vague d’investissements dans l’intelligence artificielle et une économie américaine qui a jusqu’ici mieux absorbé que prévu la hausse des prix de l’énergie. L’interprétation qui prévaut toujours est celle d’une perturbation temporaire de l’offre, et non du début d’une détérioration structurelle.
Ces évolutions méritent d’être suivies de près et les investisseurs devraient se préparer à des négociations jalonnées de rebondissements. Selon nous, le risque lié à l’actualité géopolitique demeure élevé.
Dans l’ensemble, nous croyons que le nouveau protocole d’entente est une bonne nouvelle. Les premiers indices de ce qui pourrait dessiner les contours d’un règlement officiel entre les parties en conflit, parallèlement aux négociations en cours, laissent présager qu’un certain terrain d’entente en vue d’une stabilisation pourrait être imminent.
Nous soupçonnons une certaine urgence de la part de l’administration Trump à vouloir afficher une « victoire » avant les élections de mi-mandat qui pointent à l’horizon cet automne, la guerre au Moyen-Orient étant profondément impopulaire auprès des électeurs. En outre, ce conflit a des conséquences directes sur l’inflation et les taux d’intérêt, tandis que la crise de l’accessibilité aux États-Unis risque de peser lourd dans l’esprit des électeurs au moment de voter.
Comme nous l’avons mentionné dans un article précédent sur le sujet, les précédents historiques témoigneraient de la résilience des marchés lorsque l’horizon temporel des investisseurs se prolonge. Nous maintenons notre recommandation : privilégier une approche calme, la diversification et des placements dans une perspective à long terme.
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