Actions mondiales : Des forces en action

Analyse
Perspectives

Les perspectives selon lesquelles les prochaines étapes du développement de l’IA pourraient être plus compliquées et la réapparition de la volatilité causée par la situation géopolitique ont récemment limité la progression du marché boursier. Toutefois, si les prévisions de bénéfices exceptionnelles pour 2026 et 2027 s’avéraient atteignables, la progression pourrait se poursuivre.

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5 août 2026

Jim Allworth
Stratégiste, Portefeuilles
RBC Dominion valeurs mobilières

Principaux points

  • Dans l’état actuel des choses, les ratios cours-bénéfice ne sont pas ce qui risque de faire chavirer les marchés boursiers; il s’agit plutôt de déterminer si les prévisions optimistes de croissance des bénéfices continueront d’alimenter l’enthousiasme des investisseurs.
  • La fermeture prolongée du détroit d’Hormuz laisse sur la table le risque d’une forte augmentation des coûts et peut-être d’une pénurie pure et simple de pétrole, de gaz naturel et d’engrais; les conséquences seraient négatives pour l’économie de tous les pays et pour les bénéfices des sociétés en général. Selon nous, le plus grand risque qui guette les bénéfices et la tendance haussière du marché est la perception qu’auront les investisseurs des perspectives de l’écosystème de l’IA.
  • La plus grande menace liée à la politique monétaire viendrait d’une nouvelle flambée généralisée de l’inflation qui forcerait la Fed et d’autres banques centrales à relever les taux de nouveau.
  • Les inquiétudes suscitées par tout ce qui précède pourraient rendre les marchés volatils, alors que la disparition de l’un de ces risques pourrait propulser les marchés vers de nouveaux sommets.

Tous les principaux indices boursiers du monde ont touché de nouveaux sommets depuis le bref plongeon déclenché par le début du conflit en Iran. Il en va de même pour les mesures de largeur du marché, y compris les versions équipondérées de la plupart des indices et les lignes hausse-baisse des indices S&P 500, S&P SmallCap 600, S&P MidCap 400 et NYSE.

À notre avis, le fait que les mesures de largeur du marché ont atteint de nouveaux sommets parallèlement aux indices eux-mêmes augmente la probabilité que tout repli du marché lors des prochains mois soit une correction plutôt que le début d’un marché baissier prolongé. Par le passé, les mesures de largeur du marché, en particulier la ligne hausse-baisse de l’indice S&P 500, ont eu tendance à atteindre leur sommet plusieurs mois avant le dernier sommet d’un marché haussier.

Les bénéfices sont ce qu’ils sont

Lorsque l’on tente de déterminer si la tendance haussière (ou baissière) du marché boursier devrait se prolonger ou s’approche d’un revirement, ne regarder que les cours revient à deviner. Toutefois, le fait de prendre du recul pour adopter une vision plus large, en tenant compte des données passées et des bénéfices, élimine immédiatement le besoin de deviner. La raison est que par le passé l’évolution du marché boursier a été étroitement liée à celle des bénéfices.

Les graphiques ci-dessous révèlent que, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’indice S&P 500 a progressé à un taux de 7,8 % par année. Au cours de la même période de 80 ans, la croissance du bénéfice par action de l’indice a été de 7,4 % par année. De plus, les fluctuations connues par les deux en cours de route ont été presque identiques.

Ce qui nous amène à aujourd’hui. L’indice S&P 500 a inscrit un rendement très semblable à la croissance des bénéfices. En fait, la corrélation entre les deux est plus étroite que la normale depuis la fin de la crise financière mondiale. Le ratio cours-bénéfice de l’indice S&P 500 est de 20, selon les prévisions consensuelles de bénéfices sur 12 mois. Ce ratio est un peu élevé d’un point de vue historique (la moyenne à long terme étant de 18), mais, à notre avis, il n’est pas exagéré pour un marché où le bénéfice par action a augmenté de 13 % en 2025 et devrait progresser de 26 % cette année et de 17 % en 2027, selon les prévisions consensuelles.

Le risque ne vient donc pas du ratio cours-bénéfice. Ce qui nous donne à réfléchir est que l’augmentation des bénéfices de l’indice S&P 500 s’est accélérée de façon stable depuis la fin de la crise financière mondiale, et elle a même été encore plus rapide au cours des six dernières années. Sur cette période de 17 ans, les technologies sont devenues le principal facteur de croissance de l’économie, des bénéfices et du marché boursier. Ce phénomène est encore plus marqué depuis la fin de la pandémie, l’avènement de l’IA en tant que technologie émergente portant la valorisation des sociétés technologiques et des sociétés connexes à 30 % de la capitalisation boursière totale de l’indice S&P 500, alors que ce même groupe représente seulement 12 % du PIB. La situation nous semble précaire. Beaucoup de choses dépendent de la concrétisation des perspectives de l’IA et de son potentiel prévu, et ce, dans un délai raisonnable.

Presque à égalité

Le S&P 500 et son bénéfice par action sont indexés à 100 pour l’année 1945 (échelle logarithmique)

Le S&P 500 et son bénéfice par action sont indexés à 100 pour l’année 1945
  • Indice S&P 500
  • BPA du S&P 500

Sources : RBC Gestion de patrimoine, FactSet et Bloomberg

Le graphique compare la valeur annuelle de l’indice S&P 500 et son bénéfice par action (BPA) depuis 1945. Les données sont indexées à une valeur de 100 en 1945 et affichées sur une échelle logarithmique. La valeur de l’indice et du BPA ont augmenté parallèlement au cours de la période indiquée, l’indice affichant une progression d’environ 7,8 % par année, tandis que les bénéfices ont augmenté d’environ 7,4 % par année.

À long terme, l’indice s’est apprécié de 7,8 % par année, alors que les bénéfices ont augmenté de 7,4 % par année, les deux ayant largement évolué dans le sillage du PIB nominal.

Même trajectoire

Le S&P 500, son bénéfice par action et le PIB nominal des États-Unis sont indexés à 100 pour l’année 1945 (échelle logarithmique)

Le S&P 500, son bénéfice par action et le PIB nominal des États-Unis
      sont indexés à 100 pour l’année 1945
  • Indice S&P 500
  • BPA du S&P 500
  • PIB nominal des États-Unis

Sources : RBC Gestion de patrimoine, FactSet et Bloomberg

Le graphique ajoute le produit intérieur brut nominal des États-Unis à la comparaison entre l’indice S&P 500 et son bénéfice par action, illustrée sur le graphique précédent. Le PIB nominal a augmenté d’environ 6,3 % par année au cours de la période indiquée, ce qui est à peu près semblable à la progression de l’indice et des bénéfices.

L’IA reste le principal moteur

Jusqu’à présent, le potentiel de l’IA s’est matérialisé d’une manière qui lui a permis de fortement contribuer aux bénéfices des sociétés et au rendement des marchés boursiers. Tout a commencé avec l’arrivée du modèle ChatGPT d’OpenAI en 2022. Les modèles concurrents ont rapidement suivi, tout comme la multiplication des centres de données et la forte demande pour les unités de traitement graphique de NVIDIA.

La construction de centres de données a eu un effet multiplicateur pour l’économie aux États-Unis et dans certains pays asiatiques. Les principaux bénéficiaires sont :

  • l’ensemble des fabricants de puces ainsi que les fabricants et les concepteurs de matériel de fabrication de puces;
  • les producteurs d’électricité (énergies renouvelables, renaissance du nucléaire, gaz naturel), ainsi que les fournisseurs de centrales électriques, de composants du réseau et de systèmes d’exploitation;
  • les fabricants de matériel de refroidissement;
  • les sociétés de logiciels qui agissent à titre de consultants auprès des sociétés cherchant à intégrer l’IA à leurs activités;
  • le secteur financier.

Le résultat que tout le monde vise est l’adoption de l’IA par les entreprises et les consommateurs en tant qu’outil efficace et capable de générer d’importants gains de productivité, et ce, dans toutes les branches de l’économie pendant au moins dix ans. Pour l’instant, sur le terrain, les progrès vers cet objectif sont faibles. La plupart des dirigeants de grandes entreprises parlent des progrès déjà réalisés, mais soulignent le « potentiel ».

Le taux d’adoption de l’IA augmente rapidement. Il serait très difficile de trouver une société cotée en bourse prête à admettre qu’elle n’intègre pas l’IA à ses activités. Toutefois, il n’est pas non plus facile de trouver un lien convaincant entre une augmentation sensible de la rentabilité et l’IA. Il est cependant encore tôt pour se prononcer.

Les perspectives des centres de données se compliquent

Par ailleurs, la construction massive de centres de données n’est pas terminée, selon la plupart des observateurs du secteur, mais la concurrence abonde, les perspectives se compliquent et les coûts augmentent. Les promoteurs de centres de données se battent pour obtenir des composantes dont l’offre est limitée : par exemple, l’eau pour le refroidissement, mais aussi l’équipement de refroidissement nécessaire. De plus, les puces et l’électricité ne sont pas toujours immédiatement disponibles. Le prix de ces composantes et de la plupart des autres est nettement plus élevé qu’il ne l’était l’an dernier ou l’année d’avant.

La construction de nouvelles centrales électriques prend plus de temps que celle des centres de données et peut nécessiter de se conformer à diverses exigences réglementaires. Leur construction conduit souvent à une hausse des tarifs d’électricité pour tous les clients. Bien entendu, cela ne plaît pas aux ménages pour qui l’essence et l’alimentation pèsent déjà lourd dans le budget. L’État de New York a décrété un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données. D’autres États américains prennent du temps pour délivrer des permis ou envisagent d’imposer aux promoteurs de centres de données le coût de la nouvelle capacité de production d’électricité. De plus, les nouvelles capacités de production d’électricité et les centres de données se concurrencent pour trouver les capitaux, la main-d’œuvre qualifiée et les matières nécessaires.

Un ralentissement se profile à l’horizon. Selon les estimations de Bloomberg, les dépenses en immobilisations de huit des plus grandes sociétés technologiques ont bondi de 76 % par rapport à l’année dernière, où elles avaient déjà augmenté de 73 % par rapport à 2024. Toutefois, les estimations de croissance de ces dépenses pour 2027 s’établissent actuellement à 30 %, indiquant un net ralentissement.

Les dépenses en immobilisations totales de ces sociétés s’établiront tout de même à plus de 1 000 milliards de dollars en 2027, en hausse de plus de 200 milliards de dollars par rapport à 2026. En outre, Bloomberg estime que la hausse des dépenses en immobilisations se chiffrera à 340 milliards de dollars en 2026. En conséquence, le ralentissement prévu en 2027 marquera un point d’inflexion majeur dans la croissance des investissements destinés aux centres de données. Les marchés boursiers ont tendance à se préoccuper davantage des points d’inflexion que des chiffres absolus. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles l’action de NVIDIA et celles de la plupart des « sept magnifiques » ont dégagé un rendement inférieur à celui du marché sur les 12 derniers mois.

Les dépenses en immobilisations des géants technologiques devraient ralentir, mais ne pas diminuer

Dépenses en immobilisations annuelles combinées d’Alphabet, Amazon.com, Apple, Broadcom, Meta Platforms, Microsoft, NVIDIA et Oracle

Dépenses en immobilisations annuelles combinées d’Alphabet, Amazon.com, Apple, Broadcom, Meta Platforms, Microsoft, NVIDIA et Oracle
  • Dépenses en immobilisations (milliards)
  • Variation sur 12 mois

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg

Le graphique montre les dépenses en immobilisations annuelles combinées et la variation sur 12 mois des dépenses en immobilisations d’un groupe de sociétés technologiques à très grande capitalisation : Alphabet, Amazon.com, Apple, Broadcom, Meta Platforms, Microsoft, NVIDIA et Oracle. Les données de 2015 à 2026 sont présentées, ainsi que l’estimation consensuelle actuelle pour 2027. Les dépenses en immobilisations totales se sont chiffrées à environ 39 milliards de dollars en 2015; elles ont augmenté de façon inégale pour s’établir à 168 milliards de dollars en 2023, le taux de croissance de ces dépenses ayant ralenti en 2019 et en 2022-2023. Après 2023, les dépenses en immobilisations ont commencé à augmenter plus rapidement, de 52 % à 256 G$ en 2024, puis de 73 % en 2025 et de 76 % en 2026. Même si les dépenses en immobilisations totales devraient passer de 781 G$ en 2026 à 1 019 M$ en 2027, le pourcentage d’augmentation est nettement plus faible, seulement 30 %, par rapport à 2026.

De plus, la concurrence s’intensifie dans le domaine de l’IA. Un certain nombre de modèles chinois sont apparus sur le marché, le plus avancé étant moins d’un pas derrière les modèles « pionniers » de pointe – ChatGPT et Claude. D’autre part, selon l’indice Artificial Analysis Intelligence, son utilisation est également beaucoup moins chère. Il est probable que de nombreux utilisateurs potentiels de l’IA, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers, qui n’ont pas besoin de vitesses de transmission très rapides ou d’un accès à une grande quantité de données – deux caractéristiques des modèles de pointe – optent pour des modèles plus lents, leur donnant accès à une moins grande quantité de données, mais à un coût beaucoup plus faible.

Selon un rapport du Wall Street Journal, certaines entreprises qui ont beaucoup investi dans l’expérimentation de l’IA se sont retrouvées à devoir assumer des coûts de calcul beaucoup plus élevés que prévu. Le même rapport indique que de nombreuses sociétés limitent l’utilisation de l’IA à l’interne. Si la concurrence réduit considérablement le coût d’utilisation, cela devrait permettre une plus large utilisation, adoption et intégration de l’IA. Cela pourrait également signifier qu’il faudra plus de temps aux très grandes sociétés pour tirer un rendement qui justifie leurs investissements colossaux dans les centres de données.

L’inflation, principal enjeu du côté des politiques

Outre la possibilité que la construction de centres de données ralentisse, nous entrevoyons d’autres difficultés qui pourraient avoir des répercussions négatives sur les marchés boursiers. L’inflation est en tête de liste. Elle s’avère « persistante » partout et le retour des droits de douane américains suggère que les prix vont continuer d’augmenter. Toutefois, au-delà des droits de douane, la reprise du conflit dans le golfe Persique risque de faire entrer l’économie mondiale dans une phase plus difficile. Dans notre publication Perspectives mondiales – Perspectives de mi-année 2026 parue en juin, nous avons présenté un point de vue teinté d’espoir :

« … Toutefois, la trajectoire des différentes économies dépend, dans une certaine mesure, du moment où le détroit rouvrira. Le rétablissement de la libre circulation des marchandises contribuerait à faire baisser les prix du pétrole et du gaz naturel et à éliminer ou à réduire la menace d’une pénurie pure et simple, non seulement de pétrole et de gaz naturel liquéfié, mais aussi d’engrais et de certains produits chimiques industriels essentiels. La réouverture du détroit réduirait considérablement les coûts d’exploitation pour de nombreuses entreprises et de nombreux secteurs, en particulier l’agriculture, où les combustibles et les engrais sont les principaux intrants et ont une incidence directe sur le prix des aliments partout dans le monde. La baisse du prix de l’essence et des aliments allégerait le budget des ménages et stimulerait l’optimisme des consommateurs à l’échelle mondiale. »

Malheureusement, avec la reprise des hostilités, ces perspectives optimistes ne sont plus tout à fait d’actualité. Les prix du pétrole et de l’essence ont déjà augmenté, tandis que de douloureuses pénuries et la hausse des prix des aliments se profilent à l’horizon. Les banques centrales, y compris la Réserve fédérale américaine, ne peuvent plus garder une position attentiste. Les taux obligataires ont déjà augmenté.

Les perspectives demeurent encourageantes

Toutefois, à notre avis, rien, à l’exception d’un resserrement monétaire comptant de multiples hausses du taux directeur, ne devrait pousser l’économie américaine vers la récession ou faire dérailler les perspectives de croissance des bénéfices cette année. Cependant, pour la plupart des autres pays développés, les perspectives sont moins évidentes.

Nous croyons que tout ce qui précède laisse entrevoir la possibilité d’une correction du marché boursier cet été ou cet automne. Cela dit, nous nous attendons à ce que les parties finissent par accepter un accord qui mettra fin au conflit avec l’Iran et permettra la réouverture du détroit d’Hormuz, même si les modalités ne feront pas nécessairement d’heureux. Lorsque cela se produira, nous nous attendons à ce que les marchés boursiers repartent à la hausse.

Au risque de nous répéter, notre conseil en matière de positionnement n’a pas changé : les portefeuilles doivent conserver des placements en actions jusqu’à la pondération cible à long terme fixée par l’investisseur, sans toutefois la dépasser. Se doter d’un plan pour rendre un portefeuille plus défensif, si les conditions l’exigent, est toujours prudent et doit être réalisé avant que cela devienne une nécessité.


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