Le conflit au Moyen-Orient pèse sur les actions européennes, mais des facteurs structurels favorables présentent une occasion. La Banque centrale européenne adopte un ton ferme, malgré les risques liés à la croissance.
15 juin 2026
Par Frédérique Carrier; Thomas McGarrity, CFA; Rufaro Chiriseri, CFA
Depuis le début du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, les actions européennes, mesurées par l’indice STOXX Europe 600 hors Royaume-Uni, ont dégagé un rendement décevant. Les investisseurs se sont intéressés à la dépendance de la région aux importations d’énergie et ont craint une vague inflationniste semblable à celle qui a suivi la réduction de l’offre de gaz par la Russie en 2022. L’exposition limitée de l’indice à l’IA, un puissant facteur de rendement des actions américaines, a également pesé sur le rendement.
Il ne fait aucun doute que le conflit au Moyen-Orient cause des difficultés en Europe. La baisse de la confiance des consommateurs pourrait limiter la capacité des sociétés à répercuter la hausse des coûts, ce qui pourrait faire baisser les marges. L’inflation dans la zone euro a augmenté pour atteindre 3,2 % sur 12 mois en mai, ce qui pourrait inciter la Banque centrale européenne à relever son taux directeur, actuellement à 2 %, plusieurs fois cette année.
Néanmoins, nous croyons que les dommages économiques causés par la crise pourraient être relativement limités. Une analyse de RBC Gestion mondiale d’actifs suggère que l’Europe utilise beaucoup moins de pétrole et de gaz naturel par unité de production économique que les États-Unis, ce qui témoigne de son recours croissant aux énergies renouvelables et à l’énergie nucléaire.
De plus, la plupart des pays ont commencé à subventionner les prix élevés de l’énergie, réduisant ainsi les pressions économiques. Cette situation va créer un fardeau budgétaire, mais avant le conflit, plus de la moitié des États membres de la zone euro étaient en voie d’atteindre le plafond de déficit budgétaire de 3 % du PIB en 2026, selon les prévisions de la Commission européenne. Il s’agit en particulier de l’Italie et de la Grèce, des pays qui ont par le passé eu des difficultés financières. Cela dit, les prévisions consensuelles de croissance du PIB pour l’ensemble de l’année 2026 n’ont été ramenées qu’à 0,8 %, alors qu’elles étaient de 1,2 % plus tôt cette année.
Selon nous, tant que le conflit au Moyen-Orient se poursuivra et que la navigation dans le détroit d’Hormuz demeurera perturbée, les actions européennes devraient évoluer dans une fourchette limitée. Si le détroit rouvrait à la navigation ou si des progrès notables étaient réalisés en vue d’un règlement du conflit entre la Russie et l’Ukraine, les actions européennes connaîtraient probablement une forte progression.
Selon nous, le secteur européen des produits industriels offre toujours des occasions de placement intéressantes à long terme, car il est soutenu par divers facteurs structurels favorables, tandis que la croissance des bénéfices des banques demeure positive et que les valorisations continuent de ne pas être élevées par rapport au rendement généré.
L’intensité énergétique est mesurée en mégajoules d’énergie provenant de la consommation de pétrole et de gaz naturel par dollar américain de PIB (dollars constants de 2015).
Sources : RBC Gestion mondiale d’actifs, BP Statistical Review of World Energy, Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement; données en date du 24 mai 2026.
Le graphique montre la quantité de pétrole et de gaz naturel que chaque pays du G7 consomme par dollar de production économique, par rapport aux États-Unis, qui servent de référence (100 %). Tous les membres européens du G7 consomment beaucoup moins que les États-Unis. Le Royaume-Uni et la France consomment environ 50 % moins de pétrole et de gaz que les États-Unis par dollar du PIB. À l’autre extrémité du spectre, l’intensité au Canada est plus élevée (supérieur de 150 % pour le pétrole et de 180 % pour le gaz naturel par rapport aux États-Unis par dollar de PIB).
L’incertitude entourant le conflit au Moyen-Orient et le choc des prix de l’énergie continuent de soutenir une tendance au resserrement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). Selon le scénario de base de RBC Marchés des Capitaux, la situation devrait retrancher de 0,3 à 0,4 point de pourcentage à la croissance du PIB cette année, le pire scénario retranchant 1,2 point de pourcentage.
Nous présentons deux scénarios pour le deuxième semestre de 2026. Le premier, si le conflit se règle d’ici la fin du troisième trimestre de 2026, l’inflation restera vraisemblablement élevée, avant de revenir à la cible de 2 % de la BCE d’ici deux ans. Le deuxième, si le conflit se prolonge au-delà du troisième trimestre, il est probable que les prix de l’énergie demeurent élevés, que les pressions inflationnistes persistent sous l’effet de la hausse des salaires et que la croissance du PIB s’affaiblisse davantage. Nous soulignons que les prévisions de la BCE pour juin intègrent trois hausses du taux directeur : l’inflation devrait s’établir à 3,6 % cette année et la croissance économique, à 0,8 %, sans ralentissement significatif. Par conséquent, l’intégration d’un moins grand nombre de hausses dans les prévisions de la BCE aurait entraîné l’augmentation de l’inflation et l’accélération de la croissance du PIB. Nous concluons que la BCE pourrait relever son taux directeur en septembre et en décembre d’un total de 50 pb, ce qui serait supérieur aux 40 pb attendus par le marché.
Selon nous, il est peu probable que les écarts de taux des obligations d’État italiennes – par rapport aux obligations d’État allemandes – se resserrent à court terme, malgré les récentes améliorations budgétaires. Les écarts de taux des obligations de la France et de la Belgique demeureront probablement plus élevés, en raison de la détérioration de la situation budgétaire, tandis que les écarts de taux des obligations de l’Espagne et du Portugal devraient demeurer relativement faibles, en raison de la forte croissance et l’amélioration des finances publiques. Les taux de rendement obligataires, en particulier ceux des obligations à long terme, pourraient s’orienter à la hausse en raison de l’augmentation des émissions cette année et du fait que la BCE a continué de réduire son bilan en ne réinvestissant pas le produit des obligations arrivées à échéance. À court terme, nous restons réticents à augmenter la duration des obligations d’État, mais nous voyons des occasions pour les investisseurs à long terme lorsque les taux de rendement atteignent leur plus haut depuis le début de l’année.
Les obligations de sociétés font face à un contexte difficile marqué par l’accélération de l’inflation et le ralentissement de la croissance. Même si la note de crédit de certains émetteurs s’est améliorée, nous prévoyons un élargissement des écarts de taux, reflétant la rémunération supplémentaire que les investisseurs exigeront pour le risque de crédit. Dans la situation actuelle, nous continuons de sous-pondérer les titres de créance de sociétés, en particulier dans les secteurs cycliques et axés la consommation, dans lesquels le coût de l’énergie comprime les marges et le salaire réel des ménages. Nous privilégions les secteurs défensifs : télécommunications, services publics et soins de santé. Nous continuons de voir des occasions dans les secteurs de la finance, de l’énergie et des matières.
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