Panorama de mi-année 2026 : Royaume-Uni

Analyse
Perspectives

Les actions britanniques font face à des difficultés politiques, mais la composition sectorielle offre de l’espoir. Les risques d’inflation au Royaume-Uni demeurent maîtrisés.

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15 juin 2026

Par Guy Foster, CFA; Thomas McGarrity, CFA; Frédérique Carrier; Rufaro Chiriseri, CFA

Actions du Royaume-Uni

Pour évaluer le rendement du marché boursier du Royaume-Uni par rapport aux autres marchés, il faut comprendre sa composition sectorielle unique plutôt que d’évaluer les spécificités de son contexte macroéconomique.

Le Royaume-Uni fait face à des difficultés précises, comme la perception généralisée selon laquelle il y aura un changement de premier ministre. Selon nous, le remplaçant le plus probable est Andy Burnham, qui a été maire de Manchester. M. Burnham est perçu comme étant un candidat moins favorable au marché, car il a exprimé son soutien à la nationalisation des services publics et à l’introduction d’un impôt sur les actifs. Ses politiques pourraient, à notre avis, pousser le gouvernement à emprunter davantage, ce qui doit être justifié compte tenu du ratio de la dette au PIB déjà élevé et de la hausse des frais d’intérêt.

Le débat sur le choix du prochain premier ministre par le parti travailliste au pouvoir cache une incertitude encore plus grande quant à savoir qui remportera les prochaines élections (elles ne sont pas attendues avant 2029), car les deux partis traditionnels (travaillistes et conservateurs), qui avaient à eux deux remporté 57 % des votes en 2024, ne cumulent que 37 % des intentions de vote selon les récents sondages.

Malgré la nature internationale du marché boursier du Royaume-Uni, les flux de capitaux vers cette catégorie d’actif ont tendance à être corrélés avec l’économie nationale, avec comme référence l’indice composé des directeurs d’achats du Royaume‑Uni. Par conséquent, à court terme, nous sommes d’avis que l’incertitude politique et la faiblesse de la croissance économique du pays devraient freiner les flux de capitaux vers les actions britanniques.

De plus, depuis de nombreuses années, les investisseurs britanniques délaissent graduellement leur biais pour les actions britanniques (préférence pour les actions de leur propre pays au détriment de celles d’autres pays), ce qui pèse sur le marché britannique. Cela reflète en partie la composition sectorielle distincte du marché boursier britannique. Par rapport au marché mondial, le secteur de la technologie de l’information n’y est presque pas représenté. Pour cette raison, il a très peu souffert de la baisse des titres des logiciels, mais il a encore moins profité de la hausse des titres des sociétés de matériel informatique et de l’IA. Il est toutefois fortement exposé à des secteurs et segments importants comme l’énergie, les soins de santé (produits pharmaceutiques) et la consommation de base. Au Royaume‑Uni, ces secteurs se sont très bien comportés par rapport à d’autres pays.

Selon nous, le secteur qui reflète étroitement l’économie britannique est le secteur bancaire, qui représente environ 16 % du marché boursier. Les banques britanniques se distinguent des banques des autres marchés par leurs valorisations qui semblent beaucoup moins élevées malgré une rentabilité semblable.

Il est difficile de voir le Royaume‑Uni sortir entièrement, au cours des prochains mois, de la morosité causée par l’incertitude politique. Toutefois, lorsque les conditions des marchés boursiers mondiaux semblent exagérées dans les secteurs auxquels la Grande-Bretagne n’est pas exposée, comme la technologie de l’information et l’IA en particulier, nous croyons que le marché britannique pourrait dégager un rendement supérieur, comme cela a été le cas au cours des années précédentes.

Les banques britanniques ont enregistré un excellent rendement malgré les perspectives moroses du pays

Rendement total relatif des indices UK-DS Banks et World DS-Banks du LSEG

Rendement total relatif des indices UK-DS Banks et World DS-Banks du LSEG

Sources : RBC Gestion de patrimoine, LSEG; données jusqu’au 5 juin 2026

Le graphique montre le rendement des banques britanniques par rapport aux banques mondiales, de 2017 au 5 juin 2026. Le rendement relatif des banques britanniques a reculé de 2018 à la fin de 2020, puis a augmenté en dents de scie jusqu’en 2024; la tendance à la hausse a été plus stable jusqu’en juin 2026.

Titres à revenu fixe du Royaume-Uni

Le Royaume-Uni fait face à un choc des prix de l’énergie, mais la baisse de la demande des consommateurs et l’assouplissement du marché de l’emploi réduisent, à notre avis, le risque que l’augmentation des prix alimente la hausse des salaires, ce qui était une préoccupation il y a trois ans. En effet, le sondage mené en mai par le groupe de décideurs de la Banque d’Angleterre pointait vers une légère baisse de l’inflation au cours des 12 prochains mois, mais surtout, vers la poursuite du ralentissement de la croissance de l’emploi et des salaires. Comme la politique monétaire est déjà restrictive à 3,75 %, la Banque d’Angleterre peut, à notre avis, procéder à un resserrement inférieur aux 35 points de base (pb) actuellement prévus par les marchés d’ici décembre 2026.

Nous entrevoyons deux scénarios possibles pour le deuxième semestre de 2026. Selon le premier, l’inflation revient à la cible de 2 % de la Banque d’Angleterre au cours des deux prochaines années, ce qui s’accompagne d’une légère augmentation des salaires et d’une faible croissance. Il s’agit de notre scénario de base, et nous nous attendons à ce que la Banque d’Angleterre relève son taux directeur une fois cette année. Selon le deuxième scénario, le pire à notre avis, le conflit se prolonge sans résolution claire, les prix de l’énergie restent élevés sur une longue période, l’inflation flambe et la croissance économique se contracte. Cette situation entraînerait un resserrement supplémentaire et l’intensification des pressions secondaires dues aux salaires. Nous notons que les attentes d’inflation à long terme du marché demeurent stables, ceux-ci traitant le choc énergétique comme transitoire, ce qui limite le risque de pressions secondaires persistantes.

Les données d’avril sur les finances publiques montrent une détérioration des perspectives budgétaires, les emprunts ayant dépassé les prévisions. Nous prévoyons d’autres pressions budgétaires en raison de la hausse des taux de rendement obligataires (qui se situent maintenant entre 55 pb et 80 pb sur l’ensemble de la courbe des taux depuis le 27 février), des mesures de soutien ciblées pour l’énergie et de l’affaiblissement de l’économie. Même si les émissions d’obligations d’État britanniques ont probablement atteint un sommet, l’offre étant majoritairement constituée d’obligations à plus courte échéance, nous continuons de sous-pondérer les obligations à long terme. Les investisseurs à long terme peuvent obtenir des taux de rendement intéressants lorsque ceux-ci semblent plus élevés que ce que justifient les données fondamentales.

Bien que l’offre d’obligations soit un problème moins important au Royaume‑Uni qu’aux États-Unis et en Europe, l’important volume d’émissions dans le secteur des technologies a limité le resserrement des écarts de taux, comparativement à d’autres secteurs, où les écarts sont plus faibles. Nous croyons que les écarts de taux pourraient s’élargir à partir de maintenant, en raison de l’incertitude entourant la capacité des entreprises à transmettre la hausse du coût de l’énergie, du ralentissement de la croissance et des risques politiques. Nous préférons sous-pondérer les obligations de sociétés, en privilégiant les secteurs défensifs par rapport aux secteurs cycliques.


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