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1 décembre 2021

Frédérique Carrier
Première directrice générale et chef, Stratégies
de placement - RBC Europe Limited

Par Frédérique Carrier et Jasmine Duan

Le Parti communiste chinois (PCC) a récemment célébré son 100e anniversaire, preuve de sa longévité remarquable, même si le pays existe depuis 5 000 ans. Peu de régimes de l’ère moderne sont demeurés au pouvoir plus de 70 ans.

Sous la houlette du parti, la Chine s’est profondément transformée, passant d’un pauvre pays agraire dirigé par Mao Zedong dans les années 1960 au titan économique d’envergure mondiale que nous connaissons aujourd’hui. Le pays a donné naissance à des géants technologiques, a construit des infrastructures ultramodernes, a intégré les forces du marché libre à son économie et est devenu un rouage essentiel de la chaîne d’approvisionnement mondiale. Tout au long de ce processus, le PCC est parvenu à changer sa stratégie pour s’adapter aux circonstances et favoriser une modernisation rapide.

Aujourd’hui, malgré sa puissance, la Chine est aux prises avec deux tendances qui se sont confirmées au cours de la dernière décennie : le déclin persistant de sa population en âge de travailler et le ralentissement de la croissance de sa productivité. Ensemble, ces forces pourraient réduire de moitié la croissance de l’économie chinoise par rapport à ses niveaux récents, selon les prévisions de la Banque mondiale, qui s’attend à ce que cette croissance diminue à 4,5 % par année de 2019 à 2031, puis à 3,5 % au cours de la décennie suivante.

Le défi de la productivité

Le défi de la Chine lié à sa situation démographique, qui résulte en grande partie de la politique de l’enfant unique en vigueur de 1979 à 2015, est bien connu. Le vieillissement rapide de la population du pays, dont près du tiers est actuellement âgé de plus de 50 ans, a récemment incité le gouvernement à assouplir encore plus ses mesures de planification familiale pour permettre aux couples d’avoir trois enfants.

Le recul de la productivité nationale ces dernières années représente un défi moins connu, mais tout aussi formidable.

Le vieillissement de la population et la baisse de la productivité menacent la croissance économique

Croissance annuelle du PIB de la Chine, de 1961 à 2020

Le graphique linéaire illustre la croissance annuelle du PIB de la Chine, de 1961 à 2020.

Le graphique linéaire illustre la croissance annuelle du PIB de la Chine, de 1961 à 2020. Le graphique est divisé en trois sections : De 1961 à 1978, « les communes du peuple de Mao Zedong ont des résultats économiques contrastés » ; de 1979 à 2012, « les réformes de Deng Xiaoping font sentir leurs effets » ; de 2012 à 2022, « Xi Jinping prépare la Chine en vue de la prochaine étape de son développement ».

  1. 1961–1978: les communes du peuple de Mao Zedong ont des résultats économiques contrastés
  2. 1979–2012: les réformes de Deng Xiaoping font sentir leurs effets
  3. 2013–2022: Xi Jinping prépare la Chine en vue de la prochaine étape de son développement
  4. Crise financière de 2008
  5. Crise de la COVID-19

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Banque mondiale

Les réformes et l’industrialisation stimulent la croissance

À compter de la fin des années 1970, les réformes favorisant l’économie de marché ont entraîné une importante amélioration de la productivité, permettant à de grandes sociétés d’État d’accroître leur productivité pour rattraper leur retard à ce chapitre sur le secteur privé. Cette amélioration, conjuguée au passage de l’agriculture à l’industrie, a propulsé la croissance de l’économie chinoise à une moyenne de 10 % par année jusqu’à la crise financière de 2008.

La mise en œuvre de ces réformes a été attribuable en grande partie à Deng Xiaoping, qui s’est imposé comme leader quelques années après la mort de Mao Zedong, en 1976. Rompant catégoriquement avec l’héritage de Mao, Deng a démantelé les « communes du peuple » mises en place par son prédécesseur et qui avaient anéanti la productivité, décidant plutôt de s’appuyer sur les forces du marché en milieu rural. De nombreuses sociétés d’État ont été fermées et celles qui sont restées ont obtenu une plus grande autonomie. Deng a autorisé l’entrée sur le marché de sociétés n’appartenant pas à l’État et a été le fer de lance de l’ouverture au monde du pays, suscitant ainsi la concurrence. Les réformes se sont poursuivies dans les années 1990, alors que la restructuration des sociétés d’État s’est accentuée et que leur consolidation s’est accélérée.

En même temps, la réorientation de la main-d’œuvre chinoise de l’agriculture vers l’industrie a rendu possible une croissance plus forte de la productivité. La main-d’œuvre agricole, qui représentait environ 75 % de tous les travailleurs à la fin des années 1970, a diminué de façon constante pour atteindre moins de 25 % quarante ans plus tard.

Expansion du secteur des services et évolution du rôle des sociétés d’État

Cependant, après la crise financière de 2008, le taux de croissance de la productivité a commencé à fléchir. Un rapport de la Banque mondiale datant de 2020 signale qu’une décélération similaire de la productivité s’est produite dans de nombreuses autres économies en raison de l’essoufflement du boom des technologies de l’information, du vieillissement de la main-d’œuvre et du ralentissement de l’intégration du commerce mondial. Toutefois, le rapport cerne aussi deux facteurs propres à la Chine, soit l’accent croissant mis par l’économie sur les services et le rôle des sociétés d’État dans l’offre de « biens publics ».

Dans la foulée de la crise, la Chine a amorcé un rééquilibrage de son économie au détriment de la demande étrangère et de la fabrication, et au profit de la consommation intérieure et des services.

La main-d’œuvre, qui était passée sans cesse de l’agriculture à l’industrie au cours des 30 années précédentes, a alors commencé à être réaffectée principalement vers les services. Cette transition a pesé sur la productivité. Les secteurs des services, comme la finance, les loisirs et les divertissements, sont moins ouverts à la concurrence et aux investissements directs étrangers que l’industrie. À cause de la diminution de la concurrence, la productivité du travailleur moyen a commencé à s’étioler dans l’ensemble de l’économie. Le nombre de nouvelles entreprises arrivant sur le marché a diminué, de même que celui des entreprises non rentables ayant fermé leurs portes. Le problème a été exacerbé par la croissance des entreprises non commerciales, comme celles des services sociaux et communautaires, dont la croissance de la productivité est fondamentalement lente.

Par ailleurs, selon la Banque mondiale, les sociétés d’État ont été appelées à atteindre des objectifs de politique publique dans la foulée de la crise financière mondiale, ce qui a aussi contribué à entraver l’amélioration de la productivité. Il est important de comprendre que les sociétés d’État jouent un rôle essentiel dans la stabilisation macroéconomique de la Chine. Principalement engagées dans la construction d’infrastructures, elles peuvent coopérer avec les gouvernements locaux en prenant part à la construction et à l’administration de projets d’infrastructures, souvent au détriment de leur propre performance financière.

Croissance soutenue par l’endettement

Cette diminution de la productivité générale est toutefois passée largement inaperçue, étant donné que la croissance économique restait vigoureuse grâce à un important programme de relance du secteur public financé par emprunt. Mis en place en 2008, il mettait l’accent sur les dépenses des gouvernements locaux dans les infrastructures et le logement en réaction aux répercussions économiques de la crise financière mondiale. Selon le South China Morning Post (qui appartient à Alibaba Group), environ 4 000 milliards de yuans (600 G$) ont été investis dans les infrastructures depuis 2008.

Les responsables des gouvernements locaux ont été fortement encouragés à stimuler la croissance dans leurs régions, étant donné qu’une bonne performance économique aide grandement les responsables à gravir les échelons du PCC. Par conséquent, quiconque se retrouve à la tête du pays est un administrateur efficace.

Grâce à cette politique, qui exige que les gouvernements provinciaux et les administrations municipales financent leurs projets d’infrastructures, la dette du gouvernement central de la Chine est environ deux fois moins élevée que celle des pays occidentaux ; selon la National Institution for Finance and Development, un centre de réflexion lié au gouvernement chinois, la dette totale du gouvernement central n’équivaut qu’à 45 % du PIB du pays.

Pour financer leurs programmes de dépenses, les autorités locales mettent sur pied des entreprises appelées « instruments de financement des gouvernements locaux » (IFGL). Les gouvernements contractent des emprunts auprès de ces entreprises en donnant des terrains en garantie. L’endettement aux fins de financement des dépenses est nécessaire, étant donné que le pouvoir de percevoir des taxes et des impôts est principalement réservé à Beijing. Par conséquent, les titres émis par les IFGL représentent pas moins de 10 % du marché obligataire chinois.

Ces IFGL, ainsi que les emprunts des sociétés d’État, forment la plus grande partie des titres de créance de sociétés chinoises et s’élèvent désormais à un niveau inquiétant égal à 200 % du PIB. En particulier, les dettes des IFGL sont actuellement évaluées par le Fonds monétaire international à quelque 40 000 milliards de yuans, soit plus de 6 000 milliards de dollars, ou un peu plus de 40 % du PIB.

L’endettement des sociétés chinoises a fortement augmenté

Dette de la Chine en pourcentage du PIB annuel

Le graphique linéaire illustre les catégories de dette en Chine entre 2004 et 2020.

Le graphique linéaire illustre les catégories de dette en Chine entre 2004 et 2020 : dettes des ménages, des sociétés, du gouvernement et dette totale. Toutes les catégories de dette ont augmenté au cours de la période visée, en particulier les dettes des sociétés.

Dette totale
Sociétés
Ménages
Gouvernement
  • La dette des sociétés comprend les instruments de financement des gouvernements locaux et la dette des sociétés d’État.
  • La dette des ménages est comparable à celle des autres pays et est alimentée par l’accroissement de la classe moyenne. Elle est composée à plus de 50 % d’emprunts hypothécaires. Les prêts à la consommation ont augmenté considérablement ces dernières années.
  • La dette générale des gouvernements est environ deux fois moins élevée que celle des pays occidentaux.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg ; données annuelles depuis 2004

Lorsque la croissance a brusquement diminué lors de la pandémie mondiale de COVID-19, surtout en raison des mesures de confinement imposées pour circonscrire la propagation du virus, S&P Global Ratings a abaissé la note de crédit de certains IFGL qui étaient devenus de plus en plus tributaires des prêts bancaires pour payer les intérêts sur leurs obligations. La faillite de certaines sociétés d’État en 2021 a aussi perturbé les marchés obligataires. La Banque populaire de Chine a laissé les taux d’intérêt à des creux historiques et a veillé à ce que la liquidité soit suffisante pour réduire la probabilité d’une crise généralisée.

Sachant qu’un endettement massif est susceptible de compromettre la stabilité, la Chine a déclaré que le désendettement et la réduction du risque étaient l’une des cinq tâches fondamentales auxquelles le gouvernement devait s’atteler en 2021. Le pays a légèrement diminué ses quotas pour l’émission d’obligations spéciales par les gouvernements locaux, resserré la supervision des IFGL et annoncé que ceux-ci devraient se restructurer ou faire faillite s’ils étaient incapables de rembourser leurs dettes. Ces mesures sont de nature à inciter les IFGL à réduire leur endettement à moyen et à long terme.

Malgré cela, nous croyons que les difficultés auxquelles sont confrontés les IFGL sont symptomatiques des défis structuraux qui attendent la Chine. Selon nous, le pays ne pourra maintenir un tel niveau d’investissements en immobilisations dans les infrastructures (40 % du PIB, soit près de deux fois la moyenne mondiale), compte tenu de la baisse persistante de la productivité.

Par ailleurs, nous croyons que des réformes fiscales sont de mise pour mieux faire coïncider le pouvoir de taxation des gouvernements locaux et leurs besoins de dépenses. Les médias chinois ont déjà fait savoir que des taxes foncières, déjà mises à l’essai à Shanghai, pourraient être appliquées de façon plus générale. Cette décision serait conforme aux objectifs explicites des autorités chinoises, soit une redistribution de la richesse et une réduction de la spéculation dans certains secteurs en pleine effervescence, comme l’immobilier.

Le défi à relever

Le potentiel de croissance de la Chine demeure supérieur à celui de la plupart des pays développés, mais nous pensons que les perspectives à long terme du pays dépendent du renversement du déclin de la productivité. Le gouvernement chinois semble en être conscient, comme le montrent les mesures prises récemment par le président Xi Jinping.

À l’instar de Deng Xiaoping, qui avait rejeté l’héritage de son prédécesseur, le président Xi imprime sa marque sur le pays. Alors que Deng Xiaoping prônait la séparation des fonctions du PCC et du gouvernement, Xi Jinping les a liées plus étroitement en mettant clairement le PCC à la tête du gouvernement et en réaffirmant sa mainmise sur l’économie. Comme le souligne Eric Lascelles, économiste en chef de RBC Gestion mondiale d’actifs, l’accroissement de l’autorité du PCC se produit au moment où la technologie – en particulier les réseaux sociaux – menace d’éroder l’influence traditionnelle du gouvernement.

Plans quinquennaux de la Chine

  • Les budgets annuels et les objectifs économiques s’inscrivent dans le contexte du plan quinquennal en vigueur.
  • Les premiers plans quinquennaux étaient rigides ; ils établissaient pour les produits de base, comme l’acier et les céréales, des quotas de production que les unités de travail devaient atteindre.
  • Sous la direction de Deng Xiaoping, les objectifs ont été moins stricts et indiquaient l’orientation que le parti voulait donner au pays.
  • Les gouvernementaux locaux, les sociétés d’État et les entreprises privées font concorder leurs stratégies en conséquence.

Voici quelques objectifs énoncés dans le quatorzième plan quinquennal, présenté en novembre 2020 :

  • Atteindre le statut de « pays à revenu élevé » qui, selon la définition de la Banque mondiale, correspond à un revenu national brut (RNB) annuel par habitant de plus de 12 700 $ (il se situe actuellement à 10 500 $).
  • Mettre en œuvre la stratégie de « double circulation » du président Xi Jinping, qui consiste à réduire la dépendance envers les marchés étrangers (en particulier dans le domaine de la technologie) tout en demeurant ouvert au monde extérieur et en accueillant favorablement les investissements étrangers.
  • Obtenir une croissance stable, équitable et durable.
  • Accroître les investissements en recherche et développement d’au moins 7 % par année.
  • Faire la transition vers une économie verte en réduisant la dépendance envers le charbon et en augmentant les capacités de production d’énergie renouvelable de 40 % d’ici 2025 ; les véhicules électriques devraient représenter 20 % des ventes de nouvelles voitures d’ici 2025, contre 5 % actuellement.

Le quatorzième plan quinquennal de la Chine, annoncé en novembre 2020, souligne l’abandon marqué de l’approche capitaliste résolument axée sur la croissance de l’ère Deng au profit d’une nouvelle approche favorisant l’intervention du gouvernement pour promouvoir une croissance plus stable et généralisée.

Le durcissement récent de la réglementation par le gouvernement chinois témoigne de cette nouvelle orientation. Comme le souligne M. Lascelles, les nouvelles mesures semblent à première vue peu compatibles avec l’objectif de dynamiser la productivité ; à court terme, la plupart d’entre elles auront pour effet de réduire les bénéfices des sociétés et la croissance économique. Mais puisque ces mesures font diminuer graduellement la concentration des entreprises, encouragent la concurrence et éliminent les excès, elles pourraient se révéler bénéfiques pour l’économie, la société et les marchés financiers à long terme. Il reconnaît toutefois que dans l’ensemble, les bénéfices pourraient être réduits en raison des répercussions de certaines mesures qui semblent avant tout traduire une démonstration de force des autorités.

Comme l’indique aussi M. Lascelles, des tendances similaires de resserrement de la réglementation se dessinent dans d’autres régions. L’Europe a adopté des mesures antitrust musclées à l’égard des géants de la technologie, et les États-Unis – sous la houlette de Donald Trump, puis sous celle de l’actuel président Joe Biden – semblent prendre la même direction. En raison du resserrement de la réglementation en Chine, il pourrait être plus facile pour les États-Unis de mettre en place leurs propres mesures antitrust à l’endroit du secteur technologique, car ce resserrement diminue le risque que les sociétés américaines perdent des parts du marché mondial au profit de concurrentes chinoises exerçant leurs activités dans un contexte réglementaire qui était considéré jusqu’à présent comme moins strict.

Resserrement de la réglementation par le gouvernement

Objectif Mesures gouvernementales Exemples
Maintenir la stabilité financière Mettre en place et consolider une législation anti-monopole Le détaillant Internet Alibaba a été condamné à une amende de 2,8 G$ US à l’issue d’une enquête anti-monopole. Meituan, une société de livraison de repas, a écopé d’une amende de 500 M$ US pour avoir enfreint les règles anti-monopole.
Limiter les interventions du gouvernement et les renflouements Huarong Asset Management, l’un des quatre gestionnaires d’actifs nationaux, en difficulté, mais considéré comme étant d’importance systémique, a bénéficié d’une injection de liquidités de 7,7 G$. Jusqu’à présent, le gouvernement a refusé de renflouer Evergrande, l’un des plus importants promoteurs immobiliers du pays, qui éprouve des difficultés à effectuer ses paiements d’intérêts sur sa dette de 300 G$, estimant que le risque peut être maîtrisé.
Réglementer le secteur des technologies financières Le premier appel public à l’épargne d’Ant Group, le géant des technologies financières, soutenu par Alibaba, a été suspendu de façon unilatérale, et le groupe a été invité à se restructurer en société de portefeuille financière afin que ses entreprises soient pleinement réglementées.
Stabiliser les prix des produits de base Les autorités ont annoncé qu’elles prendraient des mesures pour stabiliser les prix des marchandises et réprimer la spéculation.
Répression de la négociation et du minage de cryptomonnaies La banque centrale chinoise considère désormais que toutes les opérations liées aux cryptomonnaies représentent des activités financières illégales.
Viser un modèle de capitalisme social-démocrate, plutôt qu’un capitalisme axé sur le profit comme aux États‑Unis Protéger les employés vulnérables La société de livraison de repas Meituan a été contrainte d’assouplir ses délais de livraison et de veiller à ce que ses travailleurs soient rémunérés au-dessus du salaire minimum et qu’ils bénéficient d’une assurance sociale de base.
Arrimer les pratiques commerciales aux objectifs nationaux Le secteur lucratif du tutorat a été frappé d’une interdiction de faire des bénéfices. Les frais de tutorat prohibitifs sont devenus l’un des principaux facteurs qui dissuadent les familles d’avoir plus d’enfants, ce qui aggrave le problème démographique du pays.
Exiger que les sociétés contribuent à la société Alibaba s’est engagée à verser près de 15,5 G$ US pour favoriser la « prospérité commune » au moyen de programmes, notamment l’amélioration des infrastructures numériques dans les régions sous-développées. Tencent consacrera 15 G$ US à des programmes de responsabilité sociale, notamment d’assistance médicale.
Veiller à ce que les répercussions sociales soient prises en compte La Chine a limité à trois heures par semaine le temps que les enfants peuvent consacrer aux jeux vidéo en ligne.
Renforcer la sécurité des données et la protection des renseignements personnels des utilisateurs Décourager l’inscription de sociétés chinoises à des bourses américaines, afin d’éviter la divulgation de renseignements aux autorités réglementaires des États-Unis. L’application de la société de véhicules de tourisme avec chauffeur Didi, qui a mobilisé des fonds aux États-Unis, a été retirée des plateformes officielles d’applications chinoises ; la société a reçu l’ordre de cesser d’accepter de nouveaux utilisateurs jusqu’à ce qu’un examen de cybersécurité soit effectué.
Protéger les renseignements personnels des utilisateurs Les craintes que les géants chinois du numérique deviennent trop puissants et que leurs pratiques à l’égard des données de leurs utilisateurs soient inadéquates ont incité les autorités chinoises à serrer la vis aux sociétés technologiques dominantes du pays. Ainsi, Ant Group devra renforcer la protection des données des utilisateurs.

Source : RBC Gestion de patrimoine

D’autres mesures, comme la réaffectation de fonds consacrés aux dépenses d’infrastructure en faveur d’investissements visant l’amélioration de la productivité, devraient aussi aider la Chine à relever son défi lié à la productivité. L’administration Xi a prévu des dépenses de 621 G$ pour la recherche et le développement en 2021, soit plus que tout autre pays dans le monde et un peu plus que les États-Unis (598 G$). Par ailleurs, l’acquisition par la Chine de 783 000 robots industriels en 2019 marquait une hausse de 21 % par rapport à l’année précédente ; selon l’International Federation of Robotics, la Chine comptait cette année-là près du tiers des robots industriels installés dans le monde. Si ces tendances persistent, elles devraient contribuer à améliorer la productivité.

Quelques répercussions pour les placements

La taille de l’économie chinoise, son apport à la croissance du PIB mondial et son appétit pour les produits de base industriels en ont fait une puissante locomotive de l’économie mondiale et ont eu des effets transformateurs sur la plupart des autres économies, grandes et petites. Maintenant que les autorités du pays cherchent à mettre en place des mesures autocentrées pour obtenir une économie intérieure plus équilibrée dans son ensemble et regagner son avantage concurrentiel sur la scène internationale, les événements qui se produisent en Chine sont susceptibles d’entraîner de nouveaux effets économiques au-delà de ses frontières.

La perspective d’un ralentissement accru de la croissance du PIB chinois dans une fourchette comprise entre 3 % et 4 %, voire moins ; la réorientation de la politique au détriment des dépenses dans les infrastructures au profit des investissements dans les technologies visant à accroître la productivité ; la volonté de promouvoir le développement de l’énergie renouvelable afin de réduire la dépendance aux importations énergétiques de l’étranger ; la répression à l’égard d’un capitalisme sans borne et d’une richesse insolente au profit d’un accroissement des gains pour le citoyen moyen – selon nous, toutes ces mesures auront d’importantes ramifications pour quiconque tentera de faire des affaires en Chine et pour ceux qui entreront en concurrence avec des entreprises chinoises sur le marché mondial.

Un accès plus difficile au marché. Après que Deng Xiaoping a exhorté la population chinoise à chercher à s’enrichir, une aura a vite entouré la possession ou la consommation de biens de marques mondiales bien connues – qu’il s’agisse de hamburgers, de jeans, de vêtements griffés, de coûteuses bouteilles de Bordeaux et de voitures de luxe. Toutefois, ces dernières années, des marques nationales sont apparues qui ont rapidement gagné une importante part de marché, grâce au marketing numérique. Dans le segment des produits de luxe, où les marques mondiales ont régné pendant trente ans grâce à la richesse de la classe moyenne chinoise, en rapide expansion, la consommation ostentatoire n’est plus considérée comme un signe que la Chine est devenue une grande puissance économique. Une richesse insolente qui ne correspond pas à l’orientation et aux objectifs fixés par les autorités du pays sera vraisemblablement découragée. L’accès au marché chinois, convoité par de nombreuses entreprises à l’échelle mondiale, mais toujours difficile à obtenir, semble se restreindre encore plus au vu des objectifs fixés par les autorités chinoises.

Fléchissement des perspectives des produits de base industriels. La diminution de l’importance accordée aux dépenses dans les infrastructures, afin d’atteindre les cibles de croissance régionales, de même que ce qui paraît être un désendettement forcé du très important secteur de la promotion immobilière (où les besoins en logements modernes ont été comblés en grande partie), pourrait se traduire par un ralentissement de l’utilisation de nombreux produits de base industriels. L’hypothèse selon laquelle le développement des infrastructures demeurerait la mesure budgétaire préférée en Chine représente un élément important de la thèse du « supercycle des produits de base ». Or, les infrastructures ne figurent pas parmi les principaux objectifs du plan quinquennal en cours, et certaines indications donnent à penser qu’elles seront désormais utilisées avec plus de parcimonie et plus délibérément.

Les investissements de la Chine visant à accroître la productivité exigeront une réaction des sociétés concurrentes dans les économies développées. La relocalisation généralisée en Chine des installations de production des fabricants du monde entier a pris fin il y a quelques années, car les entreprises à l’échelle mondiale ont été confrontées à de nombreuses difficultés, notamment le changement rapide et arbitraire de la réglementation, les problèmes de logistique, la piètre sécurité technologique ainsi que la hausse rapide des coûts de main-d’œuvre. Si les investissements considérables de la Chine dans les biens d’équipement visant l’amélioration de la productivité se poursuivent au rythme souhaité par ses dirigeants, les fabricants et les autres entreprises partout dans le monde devront prendre des mesures comparables.

Selon nous, les tendances principales qui dictent les changements de nos jours se maintiendront dans l’avenir : la numérisation tous azimuts s’accélérera, les robots deviendront omniprésents et élargiront leur présence aux petites et moyennes entreprises, et l’intelligence artificielle sera considérée comme un outil concurrentiel essentiel. Il n’est pas certain que toutes ces mesures apporteront les gains de productivité requis, en Chine ou dans le reste de l’économie mondiale, mais si une entreprise engage des dépenses élevées pour se procurer une technologie ou un produit transformateur, il serait peut-être trop risqué pour ses rivales de ne pas en faire autant. Une nouvelle et longue période d’importantes dépenses axées sur la technologie semble donc nous attendre.


Au Québec, les services de planification financière sont fournis par RBC Gestion de patrimoine Services Financiers. qui est autorisé comme une société de services financiers dans cette province. Dans le reste du Canada, les services de planification financière sont disponibles à travers RBC Dominion valeurs mobilières.


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