Cette semaine a eu lieu la première réunion très attendue sur la politique monétaire sous le régime de M. Warsh à la Fed. Nous examinons comment s’est amorcée l’ère Warsh et comment la banque centrale pourrait évoluer sous son nouveau président.
18 juin 2026
Thomas Garretson, CFA Premier stratégiste, PortefeuillesStratégies des titres à revenu fixeServices-conseils en gestion de portefeuille – États-Unis
Pour quelqu’un qui a explicitement appelé à un « changement de régime » à la Réserve fédérale américaine, la première réunion de Kevin Warsh à la présidence de la banque centrale n’aurait probablement pas dû être une surprise, mais selon la réaction initiale des marchés, il est clair que c’en était une.
Bien qu’une grande partie de la réunion de cette semaine ait porté sur les changements potentiels à la façon dont la Fed exerce ses activités, nous croyons que les propositions initiales de M. Warsh sont largement superficielles. La surprise la plus importante a été un changement fondamental dans l’orientation que le comité décisionnel entrevoit pour les taux, qui pourrait tendre à la hausse.
M. Warsh n’a pas caché qu’il n’aimait pas les prévisions ni les communications excessives de la Fed. Le débit de la Fed sous ses divers présidents est passé de pratiquement rien pendant l’ère Alan Greenspan au début des années 1990 à la première conférence de presse trimestrielle sous la direction de Ben Bernanke en 2007, puis aux documents de la Fed contenant des projections économiques et de taux d’intérêt, et enfin aux conférences de presse après chaque réunion sous la direction de Jerome Powell à compter de 2019, ainsi qu’à d’autres initiatives. Selon les estimations de Bloomberg, cette activité a culminé avec la publication de plus de 75 000 mots en 2025 dans les divers documents de la Fed, comparativement à à peine 300 en 1995.
Peut-être que la situation aurait pu évoluer au point que, si vous vouliez inviter M. Powell à la fête d’anniversaire de votre enfant pour expliquer la dernière décision de la Fed en matière de taux tout en gonflant des ballons, vous auriez pu. Il y avait peut-être peu de chances qu’il se présente, mais elles n’étaient pas nulles.
Donc, il y avait certainement place pour diminuer l’ampleur des communications, et c’est ce que Warsh a fait. L’énoncé de politique de cette semaine a chuté à 130 mots, comparativement à 341 à la réunion d’avril.
Mais nous pensons qu’un changement plus important est peut-être passé sous le radar. Au cours des 25 dernières années environ, les résultats des votes en faveur et contre la politique ont été publiés dans l’énoncé.
Mais voici ce qu’indiquait le début de l’énoncé de politique de cette réunion : « Le Federal Open Market Committee a approuvé la publication de l’énoncé suivant par 12 voix contre 0 »; (nous soulignons). Bien qu’il s’agisse bel et bien du résultat d’un vote, des déclarations antérieures mentionnaient le vote pour ou contre une mesure de politique monétaire. Nous pensons que la distinction est importante.
Nous sommes d’avis que le changement a été apporté pour refléter la réduction massive de la taille et de la portée de l’énoncé de politique et pour indiquer que le changement a été unanime, et que ce n’est pas parce que Warsh s’est présenté en voulant faire table rase. Mais nous pensons également que cette phrase sera supprimée et que les résultats du vote sur la politique monétaire ne seront plus publiés dans les énoncés de politique officielle.
Si c’est le cas, M. Warsh pourrait être protégé. De nombreux participants au marché ont souligné la possibilité que le président de la Fed vote de façon dissidente sur les décisions de politique monétaire, ce qui est sans réel précédent. Par exemple, si la majorité simple des membres du comité de vote, soit 12 personnes, votait en faveur d’une hausse des taux – ce qui représente un risque réel, dont nous parlerons plus tard –, le risque lié à l’actualité serait moindre lors des jours de décision, du moins immédiatement après.
Quoi qu’il en soit, il semble que M. Warsh veuille vraiment couvrir les fenêtres de la Fed de stores. Même si nous ne considérons pas qu’il s’agit d’un problème important pour les marchés, cette situation pourrait entraîner une certaine volatilité dans un contexte d’incertitude accrue.
En parlant de stores, la Fed garde le cap quant à son taux directeur, du moins pour l’instant. La grande surprise de la réunion de cette semaine a été, selon nous, le nombre de décideurs qui ont noté des hausses de taux cette année : neuf des dix-huit soumissions prévoient au moins une hausse, cinq prévoient deux hausses et une en prévoit trois (M. Warsh n’a pas soumis de prévisions, car, encore une fois, il ne croit pas qu’il faille offrir des prévisions).
Même si l’on a beaucoup parlé de l’incidence du conflit au Moyen-Orient sur les cours du pétrole, de l’inflation, et de l’évolution connexe des anticipations du marché quant aux hausses de taux par les banques centrales, nous avons maintenu que le point clé a été négligé et qu’il avait perdu de son importance en ce qui concerne les perspectives des taux d’intérêt.
Comme le montre le graphique, les nouvelles données économiques aux États-Unis ont rarement été meilleures et ont affiché une forte corrélation avec les anticipations de baisses et de hausses de taux fondées sur le marché. Comme les données économiques surprenantes frôlent des sommets inégalés depuis des années, les marchés entrevoient simplement des arguments fondamentaux en faveur de hausses de taux, d’autant plus que l’inflation demeure supérieure à la cible de 2 % de la Fed et risque d’augmenter encore si l’économie surchauffe.
Remarque : L’indice des surprises économiques est devancé de huit semaines; taux prévisionnel sur un an fondé sur les données des swaps indexés sur le taux du financement à un jour.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, Citigroup
Le graphique compare l’indice Citigroup des surprises économiques et les prévision de taux des fonds fédéraux pour l’année à venir en fonction des données sur les swaps indexés sur le taux du financement à un jour depuis mars 2023. L’indice des surprises économiques est devancé de huit semaines pour faciliter la comparaison. L’indice des surprises et le taux implicite des fonds fédéraux ont évolué à peu près en parallèle au cours de la période indiquée. Les deux affichent une tendance généralement à la hausse depuis la fin de 2025.
Quiconque a déjà travaillé dans une entreprise a probablement déjà vu quelque chose de ce genre. M. Warsh a annoncé la création de cinq groupes de travail sur les communications, le bilan de la Fed, les sources de données, la productivité et l’emploi, et les cadres d’inflation. Il a souvent cité ces groupes de travail lorsqu’on lui a posé des questions précises et, même si ces groupes ont fortement été mis à l’avant-plan durant sa conférence de presse comme étant une initiative clé, nous pensons que la vérité universelle qui sous-tend ces types d’examens demeure : certaines choses changent, mais la plupart ne changent pas. De plus, une grande partie de ce que M. Warsh a proposé existe déjà à la Fed, ou ces examens ont déjà été effectués.
Notre scénario de base est toutefois que les conférences de presse sont ramenées à une base au besoin et que le sommaire des projections économiques de la Fed – ou du moins le « graphique à points » (les projections du comité en ce qui concerne les taux directeurs) – subira le même sort que les dinosaures. Mais en réalité, à notre avis, la Fed n’est pas douée pour prévoir les taux. Les marchés ne sont pas doués pour prévoir les taux. Tout le monde est plutôt mauvais pour prévoir les taux. Le graphique à points était une bonne chose à avoir, mais peut-être pas nécessaire. Encore une fois, des ajustements apportés ici et là, mais rien n’est susceptible de faire bouger les choses de façon importante.
La réunion de la Fed a déclenché d’importantes fluctuations sur les marchés, le taux de rendement des obligations du Trésor à 2 ans, qui sont sensibles aux politiques monétaires, ayant fortement fluctué parallèlement aux replis des marchés boursiers, mais les deux ont déjà été balayés à divers degrés. Même si l’incertitude demeure élevée quant à ce qui nous attend, la barre a certainement été abaissée pour les hausses de taux.
Mais si nous devions déterminer pour les investisseurs à quoi ressemblera la première année sous Warsh, voici à quoi l’on pourrait s’attendre. Même si le président Trump l’a probablement fait venir pour qu’il mène la charge vers une baisse des taux d’intérêt, nous croyons que ces éléments sont fermement écartés. M. Warsh pourrait tenter d’éviter les hausses, mais sa réputation a toujours été celle d’être belliqueux quant à l’inflation. Par conséquent, même s’il ne votera peut-être pas en faveur d’une hausse des taux, nous ne pensons pas qu’il entravera le comité si les votes vont dans cette direction. Lors de sa conférence de presse, il n’a certainement pas masqué le sentiment de hausse du taux directeur qui semble se manifester au sein du comité.
En fin de compte, M. Warsh pourrait considérer des hausses de taux à court terme comme nécessaires pour finalement ramener l’inflation à la cible de 2 %. De plus, les chiffres de l’an prochain devraient favoriser une baisse de l’inflation, alors que les données « chevaucheront » les taux d’inflation élevés actuels supérieurs à 4 %. Selon nos prévisions actuelles, l’inflation globale mesurée par l’indice des prix à la consommation s’établira à seulement 1,5 % au deuxième trimestre de l’an prochain. À ce moment, il pourrait revendiquer la victoire sur l’inflation qui a échappé à M. Powell jusqu’ici et mobiliser les troupes autour d’un important cycle d’assouplissement qui est peut-être favorisé par un essor de la productivité induit par l’IA qui alimente une forte croissance économique et la vigueur du marché de l’emploi, mais sans les pressions inflationnistes.
Nous verrons, mais cette semaine aurait pu marquer une secousse plus importante, ou du moins plus précoce, au sein de la Fed que ce à quoi beaucoup étaient prêts.
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