IA : signaux de valorisation

Analyse
Perspectives

Le segment du marché boursier le plus directement lié à l’IA a fait l’objet d’un rajustement notable de sa valorisation en raison de la surveillance plus étroite de la durabilité des dépenses en immobilisations liées à l’IA, des échéanciers de monétisation et des risques de perturbation persistants. Les sociétés peuvent-elles répondre aux attentes de rentabilité?

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27 août 2026

Par Joseph Wu, CFA

Révision de la valorisation

Les discours sur l’IA continuent d’osciller entre l’enthousiasme à l’égard de son potentiel de transformation et les préoccupations à l’égard de l’ampleur des dépenses en immobilisations, de la monétisation et des risques de perturbation.

Comme les dépenses en immobilisations de huit des plus grandes sociétés technologiques américaines devraient dépasser 1 000 G$ en 2027, selon Bloomberg, nous estimons que le scepticisme à l’égard du thème des placements en IA est sain et justifié. Mais il est tout aussi important de reconnaître que les marchés ne sont pas demeurés stables. Les valorisations se sont déjà considérablement rajustées et tiennent compte de multiples incertitudes et risques.

Un panier général de sociétés technologiques liées à l’IA se négocie maintenant à environ 20 fois les bénéfices prévisionnels, en baisse de près de 30 % par rapport à 28,5 fois en octobre 2025, ce qui est nettement inférieur à sa moyenne de 24,5 fois depuis 2015. La correction des valorisations relatives a été tout aussi prononcée. De 2015 à 2025, cette cohorte d’IA a affiché une prime moyenne du ratio cours/bénéfice prévisionnel de 30 % par rapport à l’indice S&P 500. Cette prime a fortement diminué, ce qui rapproche la cohorte de la parité avec l’ensemble du marché.

La prime de valorisation a presque disparu

Panier général de titres liés à l’IA par rapport à l’indice S&P 500

Panier général de titres liés à l’IA par rapport à l’indice S&P 500
  • Ratio C/B prévisionnel relatif
  • Rendement moyen (2015–2022)
  • Rendement moyen (depuis 2015)
  • Rendement moyen (2023–aujourd’hui)

Remarque : le panier général de titres liés à l’IA comprend le secteur des technologies de l’information de l’indice S&P 500 (70 %) et les titres d’Amazon, Alphabet et Meta Platforms équipondérés (30 %). Les différentes moyennes du graphique mettent en contraste deux périodes distinctes autour du cycle de l’IA. La prime moyenne de 2015 à 2022 (1,33 fois, 33 %) reflète la période précédant le début du cycle d’investissement dans l’IA. La prime moyenne de 2023 à aujourd’hui (1,25 fois, 25 %) reflète la période suivant le début du cycle d’investissement dans l’IA.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données jusqu’au 21 août 2026

Il s’agit d’un graphique linéaire montrant le ratio cours/bénéfice (C/B) prévisionnel relatif d’un panier d’actions largement défini axé sur l’IA composé à 70 % de sociétés du secteur des technologies de l’information de l’indice S&P 500 et à 30 % d’Amazon, d’Alphabet et de Meta Platforms, équipondérées, par rapport à l’indice S&P 500. De 2015 à 2025, cette cohorte d’IA a affiché une prime moyenne du ratio C/B prévisionnel de 30 % par rapport à l’indice S&P 500. Cette prime a fortement diminué au cours des 12 derniers mois, le groupe se négociant maintenant près de la parité avec l’ensemble du marché selon le ratio C/B prévisionnel.

Thèmes de billions de dollars

Les facteurs potentiels derrière cette révision des valorisations peuvent être globalement distillés en plusieurs thèmes interreliés. Le premier concerne la marge de manœuvre du cycle des dépenses en immobilisations et le financement. Pendant la majeure partie des trois dernières années, les plus grandes sociétés technologiques ont été en mesure de financer leurs programmes d’investissement à partir de flux de trésorerie générés à l’interne. Cette équation a changé, car les dépenses en immobilisations ont augmenté beaucoup plus rapidement que les flux de trésorerie. Les géants conservent de solides bilans et un accès amplement suffisant au capital, mais l’intensité croissante du capital signifie que la dette et les autres formes de financement externe deviennent plus importantes pour la construction liée à l’IA. Le cycle de placement est ainsi plus sensible au coût du capital et à la volonté des investisseurs et des prêteurs de fournir du financement. Selon l’un de nos fournisseurs de recherche tiers, les émissions de titres de créance liés aux dépenses en immobilisations associées à l’IA depuis le début de l’année ont déjà dépassé les 250 G$, soit près du double du rythme enregistré l’année dernière.

Vient ensuite la monétisation. Pour que le cycle des dépenses en immobilisations demeure durable, plusieurs choses doivent se produire. Les géants doivent générer une croissance plus rapide de leurs revenus et des rendements intéressants provenant des centres de données (services d’infonuagique) qui dépassent leur coût du capital. Les innovations dans les produits et services d’IA doivent se poursuivre à un rythme soutenu pour stimuler l’adoption et la croissance de la demande de puissance de calcul et les entreprises doivent transformer leurs expérimentations en matière d’IA en améliorations mesurables sur le plan des ventes, des coûts ou de la productivité. Selon nous, la période de publication des résultats du deuxième trimestre de 2026 a fourni des signes encourageants indiquant que la demande demeure vigoureuse. Microsoft, Amazon et Alphabet, les trois plus importants fournisseurs d’infrastructures infonuagiques et les plus grands investisseurs en IA, ont toutes fait état d’une accélération de la croissance de leurs revenus, de fortes marges et d’un carnet de commandes record.

Nous pensons qu’un élan soutenu sur le plan des résultats financiers sera essentiel pour renforcer la confiance dans la capacité des investissements en IA à générer un rendement adéquat sur le capital investi. Cette situation a des répercussions sur les principaux bénéficiaires initiaux de l’essor de l’IA, à savoir les fournisseurs d’infrastructures, en particulier les fabricants de semi-conducteurs et de puces mémoire, qui se sont taillé une part disproportionnée des retombées économiques grâce à une rentabilité exceptionnellement élevée. Mais, comme les secteurs du matériel technologique ont depuis longtemps l’habitude de connaître des corrections brutales après des périodes de demande maximale, le marché s’interroge, à juste titre, pour savoir si la rentabilité actuelle correspond à une augmentation durable de la base de bénéfices ou à un gain exceptionnel temporaire qui pourrait s’estomper à mesure que les contraintes d’approvisionnement s’atténuent.

Les sociétés technologiques peuvent-elles conserver leur avantage en matière de rendement des capitaux propres?

Les sociétés technologiques peuvent-elles conserver leur avantage en matière de rendement des capitaux propres?
  • Panier général de l’IA
  • S&P 500

Remarque : le rendement des capitaux propres est une mesure de la façon dont une société utilise ses capitaux propres, calculé en divisant le bénéfice net par les capitaux propres moyens des actionnaires.

Sources : RBC Gestion de patrimoine, prévisions consensuelles de Bloomberg, données jusqu’au 21 août 2026

Il s’agit d’un graphique à barres montrant le rendement des capitaux propres (RCP) sur une année civile d’un panier d’actions largement défini axé sur l’IA composé à 70 % de sociétés du secteur des technologies de l’information de l’indice S&P 500 et à 30 % d’Amazon, d’Alphabet et de Meta Platforms, équipondérées, par rapport à l’indice S&P 500 depuis 2023. Le panier d’actions largement défini axé sur l’IA maintient un RCP plus élevé que l’indice S&P 500, mais cet écart devrait se rétrécir au cours des deux prochaines années, selon les données consensuelles de Bloomberg. En 2023, le RCP du panier élargi d’IA était de 29 %, contre 18 % pour l’indice S&P 500; en 2024 : 30 % contre 18 %; en 2025 : 33 % contre 19 %; estimation pour 2026 : 40 % contre 23 %; estimation pour 2027 : 37 % contre 23 %; et estimation pour 2028 : 32 % contre 22 %.

Enfin, les risques de perturbation persisteront probablement. Les logiciels ont été à l’épicentre des préoccupations initiales et des pressions sur les valorisations récemment, mais l’IA pourrait remodeler les modèles d’affaires dans un éventail beaucoup plus large de secteurs au fil du temps. Par ailleurs, la rentabilité unitaire des produits et applications d’IA n’est toujours pas établie, et l’arrivée de modèles à moindre coût proposés par des développeurs chinois ajoute une couche supplémentaire de complexité que les marchés ont du mal à assimiler.

Fardeau de la preuve

Nous croyons que l’IA a le potentiel de devenir une technologie fondamentale pour l’économie, avec des applications s’étendant aux consommateurs et aux entreprises. Toutefois, l’optimisme qui a propulsé les actions axées sur l’IA depuis 2023 a cédé la place à un contexte plus avisé et rigoureux.

Malgré une forte adoption et des tendances de croissance marquées, les valorisations du secteur des actions liées à l’IA se sont resserrées, les acteurs du marché ayant pris davantage conscience des besoins en capitaux considérables, des perspectives de monétisation incertaines et de la grande dispersion des résultats potentiels à long terme associés à une technologie en pleine évolution, mais qui n’en est encore qu’à ses balbutiements. Les marchés ont tendance à prendre en compte cette incertitude en exigeant une plus grande marge de sécurité, et nous pensons que ce rajustement semble avoir eu lieu dans une certaine mesure. Il faudra du temps pour déterminer si les valorisations d’aujourd’hui, qui semblent plus raisonnables, ont adéquatement pris en compte ces risques et la probabilité de résultats moins favorables.

Comme le thème des investissements dans l’IA entre dans la phase où il doit « faire ses preuves », nous croyons que chaque période de présentation des résultats trimestriels devrait apporter des éléments supplémentaires permettant de déterminer si les dépenses en immobilisations génèrent une croissance des revenus et des flux de trésorerie à la hauteur de ces investissements. Pour que les valorisations se stabilisent ou se négocient à nouveau à prime, nous pensons que les marchés devront constater que les sociétés les plus directement liées à l’IA continuent d’afficher une dynamique de demande durable, une amélioration de la monétisation et une capacité à maintenir une rentabilité supérieure à celle du marché à long terme.


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