Les taux de rendement obligataires mondiaux ont atteint de nouveaux sommets inégalés depuis plusieurs décennies, mais est-ce un signal d’alerte ou un rajustement normal du marché? Dans cet article, nous examinons les forces structurelles qui remodèlent les taux d’intérêt à l’échelle mondiale.
6 octobre 2026
Thomas Garretson, CFA Premier stratégiste, PortefeuillesStratégies des titres à revenu fixeServices-conseils en gestion de portefeuille – États-Unis
Lorsque la Réserve fédérale a commencé à réduire son taux directeur, qui était de 5,5 % le 18 septembre 2024, le taux de rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans était de 3,7 % et celui des obligations du Trésor américain à 30 ans, de 4,0 %, et aucun des deux n’a baissé au cours des deux années suivantes. De plus, ils ont à présent atteint des niveaux inégalés depuis près de 30 ans.
Même si la Réserve fédérale américaine (comme de nombreuses banques centrales mondiales) a considérablement réduit son taux directeur à court terme au cours des dernières années, les taux des obligations à long terme ont augmenté de façon constante tout au long de cette période. Les taux des obligations d’État à 10 ans et à 30 ans de la plupart des pays développés ont même atteint de nouveaux sommets inégalés depuis plusieurs décennies au cours des dernières semaines et des derniers mois.
Le graphique à la page suivante illustre cette dynamique. Le taux de rendement de l’indice ICE BofA 1-3 Year Global Sovereign Plus est passé de 4,0 % en 2023 à 2,8 % plus tôt cette année. Toutefois, alors que les taux à court terme ont commencé à baisser au cours des dernières années, les taux à long terme ont augmenté en continu. Le taux de rendement de l’indice ICE BofA 10+ Year Global Sovereign Plus se situe désormais à 4,9 %, soit son plus haut niveau depuis 2002.
À l’évidence, les taux à court terme sont maintenant en train de rattraper leur retard; ils ont progressé de plus de 100 points de base au cours des six derniers mois seulement, et sont maintenant sur le point de dépasser même les taux records de 2023, lorsque l’inflation mondiale était supérieure à 10,0 %, comparativement à environ 4,5 % aujourd’hui. Pour beaucoup, cette équation peut sembler difficile à résoudre, mais nous y viendrons dans un moment.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, indice ICE BofA Global Sovereign Plus 1-3 Year, indice ICE BofA Global Sovereign Plus 10+ Year; données jusqu’au 23 septembre 2026.
Le graphique linéaire compare les taux des obligations mondiales dont l’échéance se situe entre 1 an et 3 ans (représentées par l’indice ICE BofA Global Sovereign Plus 1-3 Year) aux taux des obligations dont l’échéance est d’au moins 10 ans (représentées par l’indice ICE BofA Global Sovereign Plus 10+ Year) entre décembre 1996 et septembre 2026. Les taux des obligations à court terme ont été inférieurs aux taux des obligations à long terme pendant la récession américaine de 2020 et ont augmenté comme les taux à long terme en 2021 et 2022. Les taux à court terme ont divergé en s’orientant à la baisse en 2024 et 2025, mais ont récemment commencé à rattraper les taux à long terme.
Quoi qu’il en soit, les taux obligataires à long terme font clairement remarquer quelque chose que les banques centrales, les taux directeurs à court terme et les marchés en général n’ont peut-être pas signalé. Il semble d’ailleurs que de nombreux problèmes couvaient sur les marchés obligataires mondiaux depuis des années, et qu’ils arrivent maintenant à un point critique, puisque les marchés obligataires font de nouveau les manchettes.
Il n’y a désormais plus de doute possible selon nous : le temps des faibles taux d’intérêt est définitivement révolu. Mais dans ce cas, que nous réserve l’avenir?
Depuis l’an 2000, les faibles taux d’intérêt sont la norme. La Réserve fédérale américaine (la « Fed ») et la Banque centrale européenne (la « BCE ») ont abaissé leur taux directeur à 1,0 % en 2004, avant que la crise financière mondiale déclenche une période de taux d’intérêt nuls (et, dans certains cas, négatifs) qui ont persisté pendant des années.
Dans ce contexte, la forte augmentation récente des taux de rendement peut sembler déconcertante, voire alarmante. Pourtant, d’après les données historiques, les taux actuels ne se situent qu’à la limite inférieure de ce qui pourrait être considéré comme la fourchette « normale ».
Des parallèles sont souvent établis avec les années 1990, une période en apparence idyllique de croissance économique robuste, d’inflation stable portée par de très bons gains de productivité, et d’investissements massifs. Bien évidemment, ces parallèles sont encore plus faciles à établir aujourd’hui compte tenu de l’ampleur du développement des infrastructures liées à l’IA, de son incidence sur l’activité économique et du potentiel d’augmentation de la productivité économique.
La demande de capitaux des sociétés est maintenant en concurrence avec la demande de capitaux des gouvernements, car la dette et les déficits mondiaux demeurent élevés même en période de forte croissance économique. Par conséquent, le coût de l’argent augmente, tout simplement.
Nous pensons donc que les taux de rendement observés à la fin des années 1990 ne constituent pas une estimation plus plausible qu’une autre du niveau auquel les taux de rendement mondiaux finiront par se stabiliser.
Compte tenu de la forte hausse des taux de rendement, beaucoup d’éléments sont déjà pris en compte par les marchés. Mais le délestage des obligations mondiales approche-t-il de la fin, ou simplement de la fin du début?
Aux États-Unis, les négociateurs s’attendent maintenant à ce que la Fed relève son taux directeur à 5,00 % (actuellement à 4,00 %), la Banque d’Angleterre à 5,00 % (actuellement à 3,75 %), la BCE à 3,50 % (actuellement à 2,50 %), la Banque du Canada à 3,50 % (actuellement à 2,50 %) et la Banque du Japon à 2,00 % (actuellement à 1,25 %).
Même si les taux de rendement intègrent désormais de nombreux risques, nous continuons de penser que des facteurs persistants pourraient entraîner une nouvelle hausse.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, département du Trésor américain; données jusqu’au 23 septembre 2026.
Le graphique linéaire montre le montant des titres de créance souverains des États-Unis détenus par le Japon et le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans, de 2000 au milieu de 2026. Alors que les titres du Trésor américain détenus par le Japon sont passés de 300 milliards de dollars en 2000 à plus de 1 300 milliards de dollars en 2020, le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans a affiché une tendance baissière. Depuis 2020, le taux des obligations à 10 ans est passé d’environ 1 % à 5 %. Les titres de créance détenus par le Japon ont modérément diminué pour s’établir, après une plus forte baisse récemment, à environ 1 100 milliards de dollars.
Cela dit, comme c’est souvent le cas, la solution aux taux de rendement élevés, ce sont les rendements élevés eux-mêmes : soit ils augmentent à tel point que les investisseurs ne peuvent pas ignorer la valeur qu’ils représentent et se précipitent pour acheter les titres, soit quelque chose finit par céder. Pour le moment, nous ne pensons pas que le risque que l’une ou l’autre situation se matérialise soit particulièrement élevé, et c’est pourquoi notre opinion n’a pas changé depuis le début de l’année : les taux de rendement mondiaux sont plus susceptibles de continuer à augmenter.
En définitive, il n’y a pas un seul facteur qui explique la hausse continue des taux de rendement mondiaux, ni deux ni même trois facteurs. Des dizaines de facteurs entrent en jeu.
Même si nous pensons que la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix du pétrole ont joué un rôle important dans la hausse des taux obligataires à long terme et la révision rapide des attentes de hausse des taux des banques centrales, nous croyons que leur importance est quelque peu surestimée. La hausse constante des taux obligataires à long terme a commencé avant la flambée des prix du pétrole cette année et témoigne d’une évolution plus profonde, guidée par les facteurs structurels à l’œuvre.
Cependant, en prenant un peu de recul, il semble simplement que tous les signaux normaux provenant des marchés et de l’économie révèlent une simple vérité : les taux d’intérêt doivent simplement être plus élevés, et les marchés sont en train d’intégrer cette réalité.
Sources : RBC Gestion de patrimoine, indice Bloomberg US Treasury; indice Bloomberg US Aggregate Corporate; Association américaine des prêteurs hypothécaires (MBA); données jusqu’au 21 septembre 2026.
Le graphique montre les taux des titres de créance de sociétés américaines (représentés par l’indice Bloomberg Aggregate US Corporate) et des titres du Trésor américain (représentés par l’indice Bloomberg US Treasury), ainsi que le taux hypothécaire américain moyen à 30 ans, de décembre 1996 à septembre 2026. Ces trois taux ont augmenté rapidement après la fin de la brève récession américaine de 2020, et continuent de progresser depuis la fin de 2025.
Le taux de rendement de l’obligation du Trésor à 10 ans retient beaucoup l’attention; Kevin Warsh, le président de la Fed, en a d’ailleurs récemment parlé en ces termes : « [il s’agit de] l’actif le plus important au monde, de l’actif sans risque auquel sont liés tous les cours de presque tous les actifs dans le monde ». Il est donc important d’étayer notre réflexion à ce sujet. À court terme, nous pensons que son taux finira par se stabiliser entre 5,25 % et 5,75 %. Si le taux de rendement de l’obligation du Trésor à 30 ans franchit la barre des 6,00 %, ce qui, selon nous, est possible, l’obligation à 10 ans pourrait également se rapprocher de ce niveau. Cependant, nous partons pour l’instant du principe que si la Fed portait son taux directeur à 5,00 %, nous ajouterions 25 pb à ce taux pour obtenir un taux cible de rendement des obligations du Trésor à 2 ans d’environ 5,25 %, puis 25 pb supplémentaires pour obtenir un taux cible de rendement des obligations du Trésor à 10 ans d’environ 5,50 %, car la forte croissance économique et les faibles risques de récession devraient maintenir les courbes des taux sur une pente positive plutôt que de les inverser.
Enfin, évidemment, si les rendements sur les marchés obligataires mondiaux semblent s’être envolés, que se passera-t-il lorsqu’ils atteindront leur point de rupture? Eh bien, soit la situation dégénérera soit, espérons-le, il ne se passe rien.
Pour faire court, nous pensons qu’il ne se passera rien. Les taux de rendement obligataires peuvent augmenter pour de « mauvaises » raisons, mais ils peuvent aussi augmenter pour de « bonnes » raisons. Pour l’instant, nous pensons que cette hausse est en grande partie soutenue par des facteurs positifs : forte croissance économique, taux d’intérêt neutres plus élevés à l’échelle mondiale et placements alternatifs intéressants. Bien sûr, il y a toujours un risque que certains facteurs défavorables de la hausse des taux de rendement entrent en jeu, comme l’inflation ou les primes de durée, mais pour l’instant, nous pensons qu’il s’agit d’un rajustement normal.
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